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  • Entre deux songes

    Ce soir-là, entre chien et loup, sous le halo bleu de la lune,
    Jeune apprenti, les yeux bandés, j’allais à mon adoubement
    Dans le silence un peu jaloux des vaguelettes inopportunes
    Que les rameurs vilipendés provoquaient dans l’attroupement.

    Soudain la nuit devint violette sous l’épais rideau de velours
    Et l’on me demanda d’entrer dans un château plongé dans l’ombre.
    Je troquai mon corps obsolète qui me semblait comme un poids lourd
    Pour un d’égrégore concentré car je faisais partie du nombre.

    Tableaux de Lidia Postma.

  • Le summum

    Le summum

    Le pied du mur voit le maçon, le haut du mur sert de leçon ;
    Le progrès demande du cran mais les moyens lui font écran.
    Sans cesse se remettre à l’ouvrage demande plus que du courage ;
    La fin n’est que l’ensemencement d’un éternel recommencement.

    J’ai bâti depuis mon enfance mes protections et mes défenses ;
    J’ai cru aux projets d’avenir qui feraient de beaux souvenirs.
    Mais une fois atteint la retraite, la vie s’arrête d’une traite
    Et le bonheur tant espéré suit une fuite désespérée.

    Tableau d’Erik Johansson.

  • Art is an Art

    Avant tout, l’art ne sert à rien sinon à exposer son cœur,
    Sculpter son amour dans la glaise, peindre ses tripes sur la toile.
    L’artiste, sorte de fou épicurien, transcende d’un regard moqueur
    Ses euphories et ses malaises, l’âme dans le chœur des étoiles.

    Mais quand l’artiste reproduit, mêlant technique et mécanique,
    Ses œuvres stéréotypées soi-disant proches du nirvâna,
    Il devient lui-même un produit d’une industrie économique
    Pour des galeries constipées plus proches de l’artisanat.

    Illustrations de Joost Swarte.

  • Demain les chiens

    Demain les chiens n’écouteront plus que la voix de leurs chers maîtres
    En observant tous les jalons que leurs idoles auront semés.
    Les chiens de garde goûteront l’ordre nouveau au périmètre
    Tandis que les chiens de salon se retrouveront clairsemés.

    Demain les chiens navigueront pour porter la bonne parole
    À tous les chiens de Terre-Neuve, épagneuls bretons, pékinois.
    Puis, ceux-ci se fatigueront d’obéir à ces jeux de rôles
    D’anciens maimaitres qui n’émeuvent plus que les saint-bernards sournois.

    Tableaux de Michael Sowa sur http:www.margarethe-illustration.commichael-sowa.html .

  • Demain les oiseaux

    Demain, les oiseaux sont bottés ; eux aussi se sont adaptés.
    Les pieds des mouettes rieuses conviennent aux bottes jaune paille.
    Les anges admirent leurs beautés ; même Dieu les a adoptées
    Pour leurs rigolades ébrieuses dont la Trinité fait ripaille.

    Demain, les pieds en éventails, eux aussi ont évolué.
    Les corbeaux fiers d’être chaussés en paire de bottes de sept lieues.
    Avec leur souci du détail, ils ont pour rôle d’évaluer,
    Au rang de la maréchaussée, les rusés renards du milieu.

    Tableaux de Rudi Hurzlmeier.

  • L’absurdité du temps

    Je pensais mon présent absurde jusqu’au jour où j’ai découvert
    Le gène d’autodestruction implanté dans ma génétique
    Qui m’infléchit, qui me perturbe et me fait tout voir de travers
    En falsifiant les constructions de ma mémoire hypothétique.

    Lorsque j’ai compris que ce gène d’absurdité se réveillait
    Plutôt que m’en épouvanter, j’ai pris parti de l’accepter.
    Devant les problèmes et leurs gênes, je ne cesse de m’émerveiller
    Et même, je peux me vanter, d’être un marginal excepté.

    Illustrations de Joost Swarte.

  • La bibliothèque de qui-vous-savez

    Selon l’âge du capitaine et selon ses rêves d’enfance,
    Sa bibliothèque offrira tous ses récits numérotés
    En France métropolitaine ou en pays de connaissance,
    Partout où il naviguera aux ordres de l’amirauté.

    Ce petit coin dédicacé à tous les maîtres de la planche,
    Lui rappelle avec nostalgie ses voyages au-delà des mers.
    Et même s’il en a assez d’avoir passé trop de nuits blanches,
    Il y soigne sa lombalgie avec un vieux rhum doux-amer.

    Illustrations d’Yves Chaland.

  • Reine des villes, reine des champs

    Dans le palais fortifié de sa citadelle royale,
    Une Reine à l’épée phallique administre ainsi sa justice :
    Des jugements justifiés par sa lame oblongue et loyale
    Qui va, d’un verdict métallique, du conflit jusqu’à l’armistice.

    Dans son domaine pastoral qui s’étend sur monts et campagnes,
    Une Reine à la longue verge ne juge point mais s’accommode
    Avec raison du bon moral de ses compagnons et compagnes
    Et d’une sagesse qui diverge des connaissances à la mode.

    Voici que la Reine à l’épée visite la Reine à la verge
    Et s’amuse à lui critiquer sa réglementation lascive.
    Un code civil, guère épais, n’ayant que trois lois qui convergent
    Et des édits sophistiqués signés d’une plume passive.

    Du coup, la Reine du bâton accourt chez la Reine du sabre
    Mais elle s’ennuie à mourir auprès de ces gens formatés
    Qui se nourrissent de ducatons et d’interminables palabres ;
    Alors elle préfère courir loin de cette uniformité.

    Illustrations de Moebius.

  • N’importe quoi fort de café !

    Avion cassé, avion foutu ; la carlingue a cassé du bois ;
    Café brûlé, café fichu ; ma cafetière est fissurée ;
    D’un trou d’air à l’odeur goûtue, l’appareil s’est mis aux abois ;
    La route du Machu-Pichu plus jamais ne sera assurée.

    Tous les chemins mènent à Rome ; il suffit de passer le pont
    Pour contrer les mésaventures et les dangers qui se démarquent.
    En suivant les meilleurs arômes, des arbres à café du Gabon,
    On obtient la bonne mixture le bon goût et le meilleur marc.

    J’en ai tellement l’eau à la bouche que j’en verse une larme amère ;
    Une larme de crocodile surtout quand le déca y ment.
    Alors j’en reprends une louche ; le bon café est éphémère
    Et il faut le boire – c’est le deal – quand il est prêt, au bon moment.

    Quand il est fort, gare au gorille ! Je reprends du poil de la bête
    Car cette douçâtre amertume me cause toujours cet effet !
    Je sens dans ma peau qui s’étrille toute la joie d’une conquête
    Depuis laquelle je m’accoutume par l’arôme d’un bon café.

    Illustrations de Moebius.

  • La porte des étoiles

    La porte des étoiles

    L’intimité de mon journal m’ouvre une porte sur les étoiles
    Qui me confère un raccourci vers les quatre horizons du monde.
    Un sas estival-hivernal, une scène où tombe le voile
    De la vérité obscurcie par les mystères qui abondent.

    Lundi, je marche sur la Lune ; mardi, je flâne au Champ-de-Mars ;
    Mercredi, une virée opportune, je dis, avec quelques comparses ;
    Vendredi, au Mont de Vénus ; ça me dit, l’amour inopiné ;
    Et le dimanche, terminus ! Je fais la grasse matinée.

    Tableau de Julie Dillon.

  • Voyages intérieurs

    Les rendez-vous manqués au fond de mon armoire,
    Les passages oubliés au fond de mes tiroirs,
    Les trésors disparus dans mes trous de mémoire,
    Les vérités perdues derrière le miroir,

    Les hautes étagères qui servent rarement,
    La commode coincée depuis la nuit des temps,
    Les deux compartiments ceints dans l’encadrement,
    Les secrets de famille souvent compromettants.

    Tous ces mondes intérieurs marqués du temps perdu
    M’attirent dans la griffe de mes vieux souvenirs.
    Certains restent intacts et d’autres distordus
    À force de les voir sans arrêt revenir.

    Peut-être qu’une porte s’ouvre à la dérobée,
    Un passage obligé sur la clef du mystère.
    J’aimerais m’y glisser tout nu et enrobé
    Du liquide amniotique pour renaître sur Terre.

    Tableaux d’Alex Alemany.

  • Fin de tout

    Fin de tout

    La fin de la journée … qui se répète tous les soirs,
    La fin de la semaine … qui revient à chaque week-end,
    La fin du mois … qui tombe régulièrement à pic,
    La fin du trimestre … qui fait tomber les primes maladie,
    La fin de l’année … qui boucle le tour du soleil,
    La fin des illusions … qui sonne l’heure de la retraite,
    La fin de vie … qui aspire mon dernier souffle,
    La fin du monde … qui fait écho au plan de Dieu…

    Que j’aime la fin du voyage où j’arrive en villégiature
    Après tous les itinéraires, les haltes et les déviations !
    Que j’aime poser mes bagages et mettre fin à l’aventure
    D’une vie employée à soustraire mes erreurs jusqu’à expiation !

    Illustration de Hergé.

  • Nouvelle Terre

    Qu’adviendra-t-il de notre Terre pour les futures générations ?
    Des villes bâties à la campagne selon le souhait d’Alphonse Allais ?
    Des architectes de caractère qui chercheront l’inspiration
    Auprès des hommes et leurs compagnes pour leur construire des palais ?

    Nos gènes se seront transformés pour s’adapter aux catastrophes
    Que nous avons occasionnées depuis plus d’un million d’années.
    Nos petits-enfants informés dès à présent nous apostrophent
    D’un progrès désillusionné mais trop tard pour le condamner.

    Illustrations de François Schuiten.

  • Les tournesols de la fortune

    Les tournesols de la fortune

    En effeuillant les fleurs du mal, je découvre au petit bonheur
    Une réponse à mes problèmes en fonction du temps des amours.
    Tant pis pour le flux lacrymal qui s’écoule en bien tout honneur
    Lorsque se présente un dilemme entre « pas du tout » et « toujours ».

    Mais en passant aux tournesols, alors la roue de la fortune
    Tourne si vite que le hasard écoute la rose des vents.
    Ainsi le temps devient boussole vers la solution opportune
    Qui disparaît dans le blizzard des jours qui passent en se suivant.

    Pour hier, c’était un an de moins, pour aujourd’hui, un an de plus,
    La nuit, quand le temps disparaît, les heures dansent et me sourient.
    Mais le tournesol néanmoins poursuit son astral stimulus,
    Et chaque journée m’apparaît comme un soleil qui me nourrit.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Le cinéma à la petite semaine

    Le cinéma à la petite semaine

    Lundi démarre par une intrigue qui s’égare dans le mystère ;
    Mardi, le crime ne paie pas mais les héros sont triomphants ;
    Mercredi un homme investigue auprès d’une femme adultère ;
    Jeudi, il succombe aux appâts puis, il aura beaucoup d’enfants.

    Vendredi, sous les avalanches, les catastrophes se déchaînent ;
    Le samedi on s’encanaille dans l’art de la pornographie.
    Pas de cinéma le dimanche. On fait relâche. À la prochaine !
    On fait l’amour fou, aïe aïe aïe, au risque d’une échographie !

    Tableau de Jack Vettriano.

  • Chacun se fait son cinéma

    Chacun se fait son cinéma

    Madame se fait son cinéma avec Monsieur, son cinéphile,
    Qui lui propose une aventure en plongée dans la pellicule.
    Un éclairage au minima pour suivre le film qui défile
    D’abord de poursuites en voiture jusqu’en cascades de véhicules.

    Dans le faisceau du projecteur qui déchire l’obscurité,
    Les drames se mêlent aux romances avec un zeste introspectif.
    Monsieur d’un regard objecteur, Madame d’un trait d’hilarité,
    S’extasient sur la performance de leurs avatars respectifs.

    Tableau de Jack Vettriano.

  • Préparation au rêve

    Avant de glisser dans son lit, Madame va se faire les yeux ;
    Un peu de Rimmel ou de khôl pour mettre en valeur son regard ;
    Un peu de lapis-lazuli sur les paupières en camaïeux ;
    Un peu de rouge qui racole, un peu de folie qui s’égare.

    Madame ne sort pas ce soir ; elle se prépare à fantasmer
    Pour une aventure éthérée dans des rêves sans lendemain.
    Jamais ne désire surseoir à ses délices enthousiasmées
    D’une rêveuse invétérée qui tient l’amour dans chaque main.

    Tableaux de Jack Vettriano.

  • Propositions indécentes

    Un inconnu vous offre un verre. Accepter sa proposition
    Pourrait évoquer un dilemme dont en dépend le contenu.
    Si cet inconnu persévère à conforter sa position
    En vous en offrant un deuxième, abandonnez toute retenue.

    Enfin quand il proposera de boire le dernier chez lui,
    À cet instant vous fléchirez au risque d’une peccadille.
    Alors il vous tendra les bras et ça finira dans son lit
    Et puis, vous vous réveillerez avec le chat qui vous mordille.

    Tableaux de Jack Vettriano.

  • Terre sous globe

    Terre sous globe

    Peut-être vivrons-nous sous serre, protégés de la pollution,
    Immunisés des maladies et garantis des pandémies.
    Nous aurons saccagé la Terre sans trouver d’autre solution
    Que s’inventer le paradis d’une nouvelle académie.

    Les anciens dieux de la nature trouveront leurs places au musée ;
    La liberté et l’insouciance appartiendront à la légende.
    Et quant à moi, si d’aventure j’éprouve l’envie de m’amuser,
    J’écrirai la folle inconscience d’un avenir que j’appréhende.

    Illustration de François Schuiten.

  • Le monde à l’envers

    Comme un parfum de Baudelaire échappé d’un flacon bouché,
    Toutes les richesses terrestres bientôt seront évaporées.
    Les poissons pluriséculaires ne seront plus effarouchés
    Car ils seront mis sous séquestre dans de belles cages dorées.

    Les oiseaux ne voleront plus que dans des couloirs réservés
    Et la colombe de la paix boira des accords mensongers.
    Si mon histoire vous a plu ou si elle vous a énervés
    Sachez que rien n’est encore fait mais il serait temps d’y songer.

    Tableaux de Gurbuz Dogan Eksioglu sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201105gurbuz-dogan-eksioglu-ordu-turkey.html .

  • Du rouge et or au lapis-lazuli

    De l’infrarouge au rouge vif, ainsi la lumière balaye
    L’horizon que m’ouvre l’aurore pour mon voyage élémentaire.
    Dans un rayon d’or intensif, cet émissaire du soleil
    Crève l’azur et le dévore de sa couleur complémentaire.

    Quand la frontière est dépassée, la mer empourpre son devenir,
    Le ciel d’azur vire au vermeil sous un soleil noir occultiste.
    J’abandonne les rêves au passé et mets le cap sur l’avenir
    Teinté du pays des merveilles dans ce crépuscule améthyste.

    Illustrations de Franklin Booth.

  • Liberté évoquée ou révoquée ?

    Quand l’oppression solidifie intensivement la prison,
    Quand la pression rigidifie les murs qui ferment l’horizon,
    L’espoir fait craquer la coquille, la liberté prend son envol
    Et il ne reste que brindilles d’un asservissement frivole.

    Or il existe des enfants qui ne quittent jamais leur cocon ;
    Pour eux, l’inconnu étouffant ne leur paraît qu’un piège à cons.
    Ainsi, de peur qu’à l’extérieur ils ne soient capables de vaincre,
    Ils se replient à l’intérieur et s’obstinent à s’en convaincre.

    Tableaux de Mihai Criste et Henriette Sauvant.

  • En quête d’absolu

    En quête d’absolu

    Pourquoi s’en aller aux confins d’un monde pavé d’habitudes
    Sinon pour se renouveler et s’emplir d’un air différent ?
    Franchir les espaces sans fin, les mers sous d’autres latitudes,
    Une éternité écoulée dans un parcours itinérant.

    J’aime respirer la sagesse en fioriture d’aventures
    Vers une quête d’absolu vers des synergies concourantes
    Plutôt qu’entasser des richesses, toujours ces mêmes fioritures,
    Relevant du passé révolu d’une routine récurrente.

    Illustrations de Hugo Pratt.

  • L’inexorable chute

    L’inexorable chute

    Le passé tombe dans l’abîme où tous les souvenirs s’engouffrent
    Et le présent est entraîné par ce courant inexorable.
    Je me raccroche et je m’abîme les mains tant mes ongles en souffrent
    Dans ce jour à peine étrenné qui fuit dans l’incommensurable.

    Là-bas où commence la chute, cette démarcation mortelle,
    Démarre un voyage sans fin, sans doute le retour aux sources.
    Ô Dieu, faut-il que je réfute cette angoisse qui me martèle
    Et qu’en atteignant les confins, Tu sois ma dernière ressource ?

    Photo de Erik Johansson.

  • Méditation en blues

    Méditation en blues

    Les jours pluvieux et camaïeux plongent mon corps dans l’eau dormante
    Et mes mémoires se dissolvent dans l’infime homéopathie.
    Je rejoins alors mes aïeux dans cette psyché déformante
    Que seuls mes souvenirs résolvent dans une mielleuse apathie.

    Entre deux vagues de sommeil où mon esprit vient chavirer,
    J’hume la houle qui me saoule par ses volutes et ses rondeurs.
    J’erre sur les mers sans soleil et mon cœur se sent attiré
    Vers les abîmes où je refoule toute l’ivresse des profondeurs.

    Tableau de Louis Ritman.

  • La savate

    La savate

    Après le bras d’honneur,
    Après le doigt d’honneur,
    Voici le pied d’honneur
    En tout bien tout honneur.

    L’honneur de la savate
    Qui mate les pirates
    Et l’élite scélérate
    Qui porte la cravate.

    C’est la boxe française
    Que l’on peut sans malaise
    En pratiquer l’ascèse
    Chaussé en charentaises.

    Enfants, si vous voyez
    Des hommes dévoyés,
    Aussitôt envoyez
    Ce fameux coup de pied !

    Illustration de Hergé extraite de « Vol 714 pour Sydney ».

  • Selon la lumière

    Selon la lumière dans la chambre qui salue le soleil levant,
    Je sors d’un cauchemar sans fin ou bien d’un rêve illuminé.
    L’obscurité se fond dans l’ambre que l’aube répand dans le vent
    Et disparaît dans les confins qui s’enfuient par la cheminée.

    Selon la lumière au salon qui salue le soleil couchant,
    Je parachève la journée avec un verre dans la main.
    L’ombre descend sur les vallons dans le halo effarouchant
    De l’astre qui vient ajourner tous mes programmes au lendemain.

    Tableaux de Damian Elwes.

  • Le cristal magique – 2

    Demain, peut-être qu’un garçon découvrira la pyramide
    Issue du cristal initial, venu des poussières d’étoiles.
    Peut-être aura-t-il le soupçon que, mis dans un milieu humide,
    Ce nouveau réseau coaxial pourrait y étendre sa toile.

    Demain, peut-être qu’une fille récoltera la fleur de vie
    Issue du terrain végétal, sorti du cristal minéral.
    Peut-être aura-t-elle l’estampille qui lui assure la survie
    Avec terre-eau-air-feu-métal – du nouvel être sidéral.

    Demain, peut-être qu’une mère enfantera dans la lumière
    L’enfant issu de l’animal, né de l’évolution terrestre.
    Peut-être est-elle l’Ève primaire qui est apparue la première
    Pour mêler le bien et le mal au cœur de la flore rupestre.

    Illustrations de Moebius.

  • Le cristal magique – 1

    Je crois que tout a commencé au cours des civilisations
    Qui ont existé sur la Terre à l’ère des glaces astrales.
    Quelque chose a ensemencé le sol de cristallisations
    D’une énergie alimentaire pour notre planète ancestrale.

    Alors ils ont proliféré comme un réseau cristallisé
    Qui a donné une conscience à la matière planétaire.
    Ce phénomène a différé la vie puis, l’a catalysée
    En distribuant sa science à l’expérience humanitaire.

    Il subsiste encore aujourd’hui des cristaux témoins du passé
    Qui communiquent avec les sages qui s’en transmettent le savoir.
    Malgré ce qu’ils en ont déduit, des hommes auraient outrepassé
    Le vrai contenu du message comme une fin de non-recevoir.

    Illustrations de Moebius.

  • Surgie du néant

    Surgie du néant

    Elle a tant voulu exister qu’elle a forcé la destinée
    Et, franco, obligé son père à accomplir tous ses devoirs.
    Or sa femme eut beau résister, la mère a dû se coltiner
    Durant neuf mois, dans son repaire, une merveille à concevoir.

    Et c’est ainsi qu’un premier mai, la petite fée apparut,
    Née sous le signe du taureau, timorée mais jamais déçue.
    Et sa famille désormais, alors obligeamment férue,
    Cria de tous ses pectoraux « bienvenue à l’ange fessue ! »

    Tableau de Jim Warren.

  • … et le chat bouda.

    … et le chat bouda.

    D’abord promu gardien du temple en gage de sa fidélité,
    Notre sauveur vint parmi nous, chasser les souris d’ici-bas.
    Enfin lassé qu’on le contemple pour l’art de sa félinité,
    Il fut peiné, pauvre minou, et le petit chaton bouda.

    Il regagna son couvre-chef, chapeau melon de cavaillon
    Mais ne trouva point de repos à cause des nombreux lapins
    Qui se multipliaient derechef lorsqu’il piquait un roupillon.
    Alors les nerfs à fleur de peau, il quitta son petit lopin.

    Tableau de René Magritte.

  • Bouddha floral

    Bouddha floral

    Si Bouddha était né en mai, Dieu aurait dédié ce jour
    Pour célébrer la renaissance d’un brin de muguet au printemps.
    Si Bouddha s’était transformé en belle-de-nuit, belle-de-jour,
    Il serait fleur de connaissance semée depuis la nuit des temps.

    Si Bouddha était né en mai, il arborerait en boutons
    Hortensia et rose des vents, fleur de lotus et fleur de lys.
    Si Bouddha s’était parfumé aux pommes d’amour, fruits gloutons,
    Il luirait au soleil levant tout en délices, fleurs de mélisse.

    Si Bouddha était né en mai, il porterait un nom de fée ;
    Morgane, Viviane ou Clochette en l’honneur des fleurs de muguet.
    Si Bouddha s’était exprimé en gerbes de fleurs et trophées,
    Il serait rosée qui projette sa première goutte aux aguets.

    Si Bouddha était né en mai, j’aimerais qu’il soit mon enfant
    Que j’aurais eu avec Vénus, Déméter ou bien Artémis.
    J’aurais chanté sa renommée par un poème triomphant
    Dans la position du lotus avec des rimes qui frémissent.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Roulez jeunesse !

    Roulez jeunesse !

    La vie d’avril tient à un fil sur le départ du mois de mai
    Et les heures à toute berzingue commencent déjà à dériver ;
    Les dernières minutes défilent, elles sont déjà périmées,
    Et les secondes deviennent dingues à franchir la ligne d’arrivée.

    Top chrono ! La première seconde a explosé le chronomètre
    D’ores et déjà se précipitent les premières heures de la journée.
    Aujourd’hui s’ouvre un nouveau monde, un nouvel ordre vient de naître
    Tous les brins de muguet palpitent et moi, je vous paie ma tournée !

    Illustration d’après Hergé.

  • L’astrologie érotique

    Quand le temps jouxte l’interstice entre les mois et les saisons,
    Les signes s’alignent et s’embrassent selon les astres en conjonction.
    À l’équinoxe ou au solstice, l’astrologie voit ses maisons
    Trembler sous les courants que brasse l’amour selon sa conduction.

    Entre Monsieur du mois d’avril et Madame du mois de mai,
    Les traditions parlent d’elles-mêmes selon la mode de Vénus.
    Monsieur se découvre d’un fil, Madame fait ce qui lui plait ;
    Et pour un court instant, ils s’aiment jusqu’à minuit, au terminus.

    Tableaux d’Emily Winfield Martin.

  • Le cycle de la Lune – 2

    Au pied de l’arbre du vivant, racines infinitésimales,
    Mon existence n’est un maillon issu du monde minéral.
    Mes pensées s’en vont dérivant vers leur destinée animale
    En transitant par le sillon du degré d’ordre végétal.

    Je suis dans la petite graine qui pousse sous l’action lunaire
    Afin de produire le fruit qui nourrit l’oiseau solitaire.
    Je serai l’instinct qui l’entraîne dans sa migration millénaire,
    Lui, qui jouit de l’usufruit dont la Terre est propriétaire.

    Tableaux de Toni Demuro sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201307Toni-Demuro.html?m=1 .

  • Le cycle de la Lune – 1

    La mort n’est qu’un arbre de vie qui s’évapore vers la Lune ;
    Lune qui absorbe l’essence de cette substance organique.
    La Terre, elle-même pour sa survie, lui envoie sa manne opportune
    Pour ballotter en connaissance dans ses marées océaniques.

    Moi, l’être humain, au même rythme, je sens vibrer dans mes racines
    Une poussée énergétique qui remonte dans mes cheveux.
    Ce n’est que l’ancien paradigme (source d’origine divine ?)
    Antique oracle prophétique qui exaucera tous mes vœux.

    Tableaux de Toni Demuro sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201307Toni-Demuro.html?m=1 .

  • L’univers réductionniste

    L’univers réductionniste

    En poussant le raffinement de ce charmant confinement,
    La société réductionniste devra être évolutionniste
    Afin que chaque appartement soit doté d’un encastrement
    Dans des jeux de rôles sociaux auprès de voisins très spéciaux.

    Peut-être qu’une âme holistique naîtra de cette logistique
    Du salaire unique pour tous doublé de quelques arnaques en douce.
    Chacun choisira sa couleur, chacun souffrira sa douleur
    Dans son univers cloisonné d’un avenir empoisonné.

    Illustration de Kastner and Partners Agency à Los Angeles sur https:theinspirationgrid.comcalifornia-market-center-campaign-by-kastner-los-angeles .

  • Château chez moi

    Château chez moi

    J’ai tant arrosé mon château que je voyais dans le vallon
    De pluies d’aromathérapie que m’a déversé le printemps,
    Que ses graines ont pris le bateau pour accoster dans mon salon
    Et ont germé sur le tapis par ses tourelles serpentant.

    Juste une tour le premier jour puis, un donjon, un pont-levis
    Et les murailles ont mûri sous le halo du lampadaire.
    Il occupe tout mon séjour mais j’ai établi un devis
    Pour le céder à la mairie qui veut en faire son belvédère.

    Tableau de Jacek Yerka.

  • La sirène synthétique

    Parmi les ondes Bluetooth foncées, j’entends des sirènes numériques
    Dont le chant transporte un virus qui ensorcelle les internautes.
    Même l’Ethernet annoncé sécurisé contre les risques
    Entretient dans son thésaurus des liens pirates entre ses notes.

    Selon l’Operating System et ses divers périphériques,
    Vous trouverez dans chaque port, port parallèle ou port série,
    Des chants émis par le modem ou tout autre réseau chimérique
    Afin de changer de support pour un modèle plus aguerri.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Monotone printemps

    Je perds mes feuilles et mes idées, je perds le fil de mes pensées,
    Je perds mon regard optimiste sous le changement climatique.
    Autant hier j’étais décidé, autant j’ai peine à compenser
    Les actualités pessimistes, et monotones, et médiatiques.

    Et je m’en vais au vent mauvais observer la fuite du temps
    Qui emporte un peu chaque jour mes dernières désillusions.
    Adieu le temps où j’innovais ma fantaisie à chaque instant ;
    J’attends au prochain carrefour quelle en sera ma conclusion.

    Tableaux de Gürbüz Dogan Eksioglu sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201105gurbuz-dogan-eksioglu-ordu-turkey.html .

  • La femme aux neuf têtes

    Semblable à la chatte aux neuf vies, la femme possède neuf têtes
    Reliées au réseau du cœur afin de pulser d’émotions.
    Voici pourquoi elle survit jour après jour sur la planète
    Grâce au stratagème vainqueur du fruit de ses adéquations.

    Car le chiffre neuf est magique et résout la preuve par neuf
    Grâce à ses circonvolutions qui retombent sur un chiffre rond.
    La garantie systématique de l’avantage de la meuf
    Siège en ses circonlocutions acérées comme un éperon.

    Sculptures de Yoshitoshi Kanemaki sur http:hifructose.com20190516the-recent-cerebral-sculptures-of-yoshitoshi-kanemaki .

  • Les cités en villégiatures

    L’homme a désiré voyager de toute son aspiration ;
    L’homme a bâti sa destinée en lui repoussant ses frontières.
    Demain, il va s’aménager un habitat d’exploration
    Et des cités prédestinées à bourlinguer la vie entière.

    Des maisons flottantes en bateaux, des villes volantes en oiseaux,
    Des chambres qui navigueront pour que l’amour rêve d’ivresse.
    Des îles agencées en châteaux, des terres reliées en réseaux
    Et les gens s’imagineront d’autres paradis d’allégresse.

    Illustrations de François Schuiten.

  • Selon la taille de mes rêves

    Selon la taille de mes rêves

    Petit projet deviendra grand selon la taille de mes rêves
    À condition, au demeurant, de les perpétuer sans trêve !
    Je n’ai pas peur d’imaginer un objectif presqu’impossible
    Au risque de contaminer ma conscience au flegme impassible.

    Comme on ne fait pas d’omelette sans toutefois casser les œufs,
    Aurais-je droit de saccager la Terre pour y arriver ?
    Combien craquerai-je d’allumettes à mettre la planète en feu
    Pour voir mon projet packagé et tous ses produits dérivés ?

    Sculptures d’après Hergé.

  • Tout ça pour ça !

    Tout ça pour ça !

    Comptez plusieurs millions d’années pour façonner l’humanité
    Qui elle-même se surpassera pour sortir ses plus beaux fleurons.
    Malgré tant d’efforts surannés à atteindre sa finalité,
    La cruche à l’eau se cassera lorsque nous nous essoufflerons.

    Mais rendons grâce à l’insouciance de l’homme, invétéré gaffeur,
    Qui scie soigneusement la branche sur laquelle il ne voit rien venir ;
    Ou son chef en toute inconscience qui signe dans le parapheur
    L’ordre de faire une coupe franche dans le budget pour l’avenir.

    Gaston Lagaffe par André Franquin.

  • Le vieux trappeur

    « Méfiez-vous bien du hasard ; car il vous fixe dans un cadre. »
    Ainsi parlait un vieux trappeur qui pourchassait le bison blanc
    Puis, s’est perdu dans le blizzard avec le vent pour toute escadre,
    Abandonnant toutes ses peurs derrière l’horizon troublant.

    Dernier témoin de l’aventure avant la civilisation
    Lorsque la Terre était offerte à l’homme qui voulait être libre.
    Dernier témoin de la nature, loin de la mondialisation
    Dont la plus grande découverte semble un maudit déséquilibre.

    Tableaux d’Alexandre Degtev.

  • Mes châteaux d’eau

    Dans la famille des châteaux, j’imaginais les châteaux d’eau
    Garnis de pompes et de fontaines et de tourelles en pilotis.
    J’aimais, cerise sur le gâteau, rêver de cascades en rideau
    Et sources vives par centaines coulant des murs en chuchotis.

    Plus tard, j’y aurais fait bombance dans la vallée du bordelais ;
    J’aurais convié la Reine Margot à régner dans mon château-d’eau.
    J’imaginais ma descendance, Château-de-thé, Château-de-lait,
    Château-Limonade à gogo et même les Châteaux-Bordeaux.

    Tableaux de Jacek Yerka.

  • Les gorges-rouges

    Les gorges-rouges

    Chez la tribu des gorges-rouges, les têtes sont couronnées d’or.
    Une distinction honorable que tous leurs ancêtres attestent.
    Un héritage des carouges, des passereaux du Labrador
    Faisant l’erreur impondérable d’avoir fait route vers l’ouest.

    Serait-ce un cousin éloigné de la famille des dindons
    Qui mêla ses gènes colorés comme un tartan calédonien ?
    Seule pourrait en témoigner une légende à l’abandon
    Qui court encore dans la forêt parmi d’autres oiseaux daltoniens.

    Malheureusement ceux-ci confondent le vert le rouge avec l’azur !
    Leur témoignage est entaché d’une sévère confusion.
    Ainsi, puisque rien ne se fonde par une garantie sur mesure,
    On dit que l’oiseau panaché est joli, sans trop d’effusion.

    Taureau-Rouge, un amérindien, criait à gorge déployée
    Pour convier l’oiseau sanguin à se poser sur son épaule.
    Leur conciliabule quotidien de philosophie émaillé
    Offrait à son peuple un regain dont il avait le monopole.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Mes plans sur la comète

    Mes plans sur la comète

    À partir des constellations, je fais des plans sur la comète
    Que j’enregistre sur le cadastre de l’Hôtel de la Galaxie.
    J’y note les révélations que les officiers me soumettent
    Avec l’emplacement des astres requis par leur bureaucratie.

    Au matin, j’ai tout oublié mais j’en récolte les messages
    Parmi les rêves éveillés qui passent par le canal du cœur.
    Jusqu’à présent, j’ai publié des Reflets-Vers plus ou moins sages
    Mais ils sont tous estampillés du sceau de mes dieux chroniqueurs.

    Tableau de Rafal Olbinski.

  • Tranches de vie

    Tranche au plus vif de ta mémoire pour en extraire un souvenir ;
    Recommence encore et encore jusqu’au premier cri de naissance ;
    Sépare ensuite les idées noires des plus beaux projets d’avenir
    Jusqu’à l’ultime partie du corps, le seul gène de connaissance.

    Écris alors chaque émotion, retranscris ce qui t’a fait peur !
    Décris les moments querelleurs, tous tes chagrins, toutes tes joies !
    Enfin, fais-en la promotion auprès des plus grands éditeurs
    Qui t’en feront un best-seller lequel te laissera sans voix.

    Audrey Hepburn vue par Human Wreckage et Ralph Ueltzhöffer et d’autres victimes par ici : https:ueltzhoeffer2textportrait.wordpress.comcategoryactress .

  • Demain, le futur – 2

    Les parents ne s’accoupleront plus que par la télépathie
    Qui produira un ectoplasme cristallisé en chrysalide
    Dont les gènes se dédoubleront et créeront l’être d’empathie,
    Du noyau vers le cytoplasme, pour un nouvel enfant valide.

    Les filles naîtront dans un cône évoquant la rose bleutée
    Et connaîtront déjà l’histoire de leur branche d’humanité.
    Elles incarneront l’icône d’une nouvelle chasteté
    Pas pour autant contradictoire mais d’une pure nudité.

    Les garçons naîtront d’une sphère évoquant le chou bigarré
    Qui représente l’origine de la procréation du monde.
    Mais ils seront à leur affaire, entièrement accaparés
    À créer ce qu’ils imaginent par une inspiration féconde.

    Illustrations de Moebius.