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  • Il était une fois… qu’on en a marre !

    Bien qu’il ait été plusieurs fois en plusieurs lieues, en plusieurs temps
    Beaucoup d’amour entre les princes, les rois, les reines et les princesses,
    Il s’avèrerait toutefois que leurs enfants, représentant
    Toute leur descendance, grincent des dents car ils s’ennuient sans cesse.

    Évidemment, Ils ont tout fait ; combattu sorcières et dragons
    Gardé contre vents et marées leur royaume à chaque victoire.
    Et leurs enfants insatisfaits de ruminer dans leur jargon
    Qu’il serait temps de démarrer une autre page de l’Histoire.

    Tableau de Rafal Olbinski

  • La porte de l’hiver

    Presque sorti de février sur le seuil de l’intersaison
    Quand les beaux jours font l’alternance avec la froidure navrée.
    Les odeurs des genévriers plantés aux enclos des maisons
    Délivrent au matin leurs fragrances de fusions boisées et poivrées.

    Soudain un rayon de soleil qui prolonge au loin la vision
    Comme un chemin qui mène au seuil entre l’hiver et le beau temps.
    Les senteurs que le vent balaye comme un oracle en prévision
    De la sève qui monte aux feuilles et nous annonce le printemps.

    Tableaux d’Alfred Sisley

  • Les esprits en escalier

    J’ai un esprit en escalier qui descend tout droit de mon père
    Qui faisait des tours et des tours dans son clos en colimaçon.
    Un caractère fou à lier véritable nœud de vipères
    Qui font des tours et des retours et galipettes sans façon.

    Heureusement, j’ai des paliers et des portes sur le côté
    Qui me permettent d’échapper au cycle infernal des descentes
    Et remontées pour pallier une mauvaise foi chicotée
    Pour ne pas me faire attraper par une ascension oppressante.

    Tableaux de Cordovelian

  • Rêveries

    La nuit, Morphée m’ouvre ses portes et mon lit devient un bateau
    Qui accueille les naufragées de tous mes rêves récurrents.
    Je prends ce que les flots m’apportent souvent, cerise sur le gâteau,
    Je vois venir la Fée-Dragée, de tout son charme aventurant.

    Sur un air de Casse-Noisette et ses notes en pizzicato
    Jouées sur un vieux Célesta qui flotte au gré d’un courant doux,
    Quelques sirènes en nuisette dansent un passage en staccato
    Et moi, sur mon aérostat, je chante, vêtu comme un hindou.

    Tableaux de Julia Klimova

  • Sous une mer de moutons verts

    Sous une mer de moutons verts, agitée d’une tempête démone,
    Le vaisseau s’était retourné et ressemblait à une maison.
    Puis, sous les flots de ciel couvert, les marguerites en anémone
    Semblaient attendre une fournée de poissons clowns en déraison.

    Quand le tonnerre eut éclaté d’innombrables coups de canon,
    La pluie inverse sortit des larmes qui coulaient des pistils en peur.
    Alors la maison frégatée trembla comme un vieux cabanon
    Tandis que résonnait l’alarme issue des cœurs de mille fleurs.

    « Mammatus Cloud » au Dakota photographié par Aaron J. Groen

  • Avant, après

    D’abord, son regard bleu me glace et son air triste m’interpelle
    Comme une frontière invisible qui la défend pudiquement.
    Après, je ne sais pas ce qui se passe mais tout ce dont je me rappelle
    M’évoque un lien indivisible qui s’établit subitement.

    D’abord, d’un geste un peu timide, elle n’ose se montrer toute nue
    Comme une ultime pruderie qu’elle m’oppose imparfaitement.
    Après, ne sais-je qui m’intimide mais, d’une intention soutenue,
    Elle s’extrait de sa bouderie et arrache ses vêtements.

    Tableaux de Julia Klimova

  • La relativité des pommes

    Du grand ruisseau du paradis, débordaient les immenses pommes
    Que les filles d’Ève précipitaient sur les fils d’Adam de passage.
    Les anges étaient en maladie, les démons confinés at home
    Tandis que Dieu sollicitait Lucifer d’être un peu plus sage.

    Le serpent avait échoué et le fruit s’était répandu
    Puis, avait démesurément poussé comme des champignons.
    Les femmes s’étaient dévouées, les hommes leur avaient répondu
    Et le bordel assurément régna parmi ces compagnons.

    On ne sait comment débuta la guerre de la pomme de discorde;
    Il dut y avoir un pépin dans la création en foutoir.
    Finalement Dieu s’en dégoûta mais, pour que l’histoire concorde,
    Il en tira un papier-peint dont il tapissa son boudoir.

    Tableau de Rafal Olbinski

  • La relativité des femmes

    Quand elle s’est déshabillée tout l’univers s’est entrouvert ;
    Le puceau devint étalon et la pucelle devint chatte.
    Après l’avoir estampillée, à cœur perdu, à cœur ouvert,
    Il enfila son pantalon puis, il renoua sa cravate.

    Mais elle ne put se rhabiller car il avait, dans les orties,
    Jeté sa jupe et sa culotte pour garder l’œil sur le minou.
    Elle laissa s’éparpiller toute sa pudeur assortie
    À l’exhibition rigolote du mâle se mettant à genoux.

    Tableaux de Rafal Olbinski

  • La fondue marseillaise

    Bien que ce ne soit pas Venise, ici, le soleil nous gondole
    Toutes les images, peuchère, trois cent soixante-cinq jours par an.
    Autant la chaleur galvanise, autant le pastis nous console,
    À l’ombre des portes cochères, à la santé de nos parents.

    Tableau de Tinou Grimal

  • La dame avec la tête en fleurs

    La dame sortit de l’auto arborant une tête en fleur ;
    Fleurs magnifiques de surcroît qui lui camouflaient le visage
    Comme ornements sacerdotaux qui dissimuleraient les pleurs
    D’une déesse de qui l’on croit obtenir un tendre présage.

    Elle fit quelques pas à droite et s’agenouilla sur la berge
    De la rivière dont les eaux transportaient les neiges fondues.
    Dans une action souple et adroite la dame dégaina sa flamberge
    Solennellement de son fourreau dans le silence répandu.

    Tableaux d’Anna Kincaide

  • Manifestement

    Manifestement alarmistes sur les dangers qui les menacent,
    Les oiseaux commencent à crier comme les Oies du Capitole.
    Assez craintifs et pessimistes, ils ne s’en affichent pas moins tenaces
    Dans le milieu approprié des domaines arboricoles.

    Manifestement trop nombreux sur la planète fragilisée,
    Les oiseaux commencent à pleurer avec les mouettes rieuses.
    Qu’ils soient blancs ou bien ténébreux, ils se sont tous coalisés
    Avec les poissons apeurés par la pollution injurieuse.

    Manifestement trop à dire, trop à se plaindre et protester,
    Les oiseaux commencent à maudire les cargos et les pétroliers
    À qui on devrait interdire d’impunément se délester
    Du pétrole dont on peut prédire la mort de la Terre spoliée.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Sous des spirales d’idées

    J’ai cru que la Terre était plate, j’ai cru que j’habitais au centre,
    J’ai cru que régnait le néant après le mur de l’horizon.
    Mais quand la vérité éclate – et même si cela fait mal au ventre
    Et me retourne sur mon séant – je dois me faire une raison.

    Alors il faut bien que j’admette, alors il faut bien que j’accepte
    Que tout ce que l’on m’a fait croire n’était qu’un monde d’illusion
    Avec ses plans sur la comète et ses vérités qu’on excepte
    Et ses dogmes contradictoires qui m’ont contraint par collusion.

    Aujourd’hui je lève le voile des doctrines d’obscurité
    Qui me maintiennent dans l’ignorance pour mieux m’auto-suggestionner.
    Je vois au-delà des étoiles mon futur de maturité
    Qui m’engage à la tolérance afin de me perfectionner.

    Tableaux d’Anna Ewa Miarczynska

  • Atout cœur

    La vie, c’est comme un jeu de cartes ; vous choisissez votre couleur,
    Vous validez les numéros de chaque étape jusqu’au château.
    Vous vous méfiez des pancartes qui dissimulent cris et douleurs
    Afin de devenir héros et toucher la part du gâteau.

    Seulement voilà, tout est caché, tout votre horizon est voilé
    Par un funeste labyrinthe où vous appellerez au secours.
    Autant l’amour est entaché de coups bas à peine dévoilés
    Et l’argent marque son empreinte en pervertissant le parcours.

    Tableaux de Rafal Olbinski

  • Les échecs relatifs

    La vie, c’est comme au jeu d’échecs, il faut trouver sa direction.
    Damer le pion à la pimbêche qui joue dans la partie adverse ;
    Battre le roi, l’émir, le cheik ou quelle que soit sa distinction ;
    Mettre l’adversaire tête-bêche par quelques chemins de traverses.

    Seulement voilà, tout est tordu ! Dès le début, tout est truqué !
    Les pions veulent devenir roi et faire partie des rupins.
    Alors la tâche devient ardue et la progression compliquée
    Tout ça pour finir à l’étroit dans un costume de sapin.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Controvirus

    Dès le matin, je mets le masque et toutes mes incertitudes
    Que je vais noyer dans la foule et dans le troupeau de moutons.
    Pour obéir à ces fantasques présomptueuses sollicitudes
    D’un état qui me rend maboule et qui me donne des boutons.

    Êtes-vous pour, êtes-vous contre ? Est-ce que ça dépend du moment ?
    Avez-vous peur des complotistes envers notre gouvernement ?
    Oseriez-vous aller à l’encontre de ce qu’on lit dans les romans
    Parlant de conspirationnistes tous punis d’emprisonnement ?

    Quand vient le soir, tombent les masques qui s’entassent dans les caniveaux ;
    Marque de solidarité envers la pollution du monde.
    Mais à la première bourrasque tout sera remis à niveau
    Donnant à la précarité une accélération immonde.

    Êtes-vous pour, êtes-vous contre ? Est-ce que ça dépend du moment ?
    Avez-vous peur des complotistes envers notre gouvernement ?
    Oseriez-vous aller à l’encontre de ce qu’on lit dans les romans
    Parlant de conspirationnistes tous punis d’emprisonnement ?

    Tableau de Grzdyl Ksiezycowy

  • Le Pont-des-Arches

    Rendez-vous sous le Pont-des-Arches mercredi soir, à minuit pile.
    Je t’envoie par carte postale mon invitation sans pareille.
    Sans l’accord de mon patriarche dont l’autorité m’horripile
    Mais dont l’écho serait brutal si ça lui venait à l’oreille.

    Beaucoup d’amants s’y sont noyés pour s’aimer pour l’éternité
    Mais nous, nous n’allons pas mourir ; notre amour est force et pouvoir.
    Mon père a trop fait tournoyer ses excès de paternité
    Mais il pourra toujours courir pour nous empêcher de nous voir.

    Tableau de Larisa Aukon

  • La reine rouge

    Bien que les reines sans histoires aient enfanté dans la douleur,
    On ne connaît pas leurs victoires, on n’a pas hissé leurs couleurs.
    Sauf pour Brigitte, la souveraine qui a épousé un enfant
    Et ainsi est devenue reine auprès de son roi triomphant.

    Bien que, dans les contes de fées, les vilaines reines soient des sorcières,
    On sait par quelle cause à effet elles finissent dans la souricière.
    Sauf pour Birgitt, la reine rouge couronnée aux Champs Élysées
    Qui souhaiterait que rien ne bouge du palais caramélisé.

    Tableau d’Ayami Kojima

  • La reine (ou)verte

    Les deux yeux pointés en avant dans l’embrasure de sa robe,
    Dissimulés derrière les pans comme de plongeantes paupières,
    La reine verte dorénavant à ses locuteurs se dérobe
    Afin de laisser en suspens toute réponse à leurs prières.

    Elle préfère détourner les yeux qui ne voient rien que le mensonge
    Afin de laisser l’œil du cœur libéré de toute contrainte.
    Quand l’amour devient litigieux et que le conflit se prolonge,
    Ses seins désignent le vainqueur au prix d’une mortelle étreinte.

    Photo de Sebastian Palacio

  • Les folles couleurs

    Fermez les yeux, ouvrez le cœur, écoutez les folles couleurs
    Que l’organe des sentiments perçoit au-delà du visible.
    Ignorez le regard moqueur, occultez toutes les douleurs,
    Oubliez les ressentiments envers ce qui n’est pas plausible.

    Aussitôt que la raison cède au cœur qui voit l’inconcevable,
    Alors l’aura vous illumine de toute la beauté de l’âme.
    Ainsi, celle-ci intercède auprès des lois irrécusables
    De l’amour qui vous enlumine l’existence avec une femme.

    Tableaux de Larisa Aukon

  • Les greffons de la Saint-Valentin

    Qui, après la Saint-Valentin, n’a pas aperçu les boutures
    Qui poussent le long des immeubles pour joindre les cœurs aux balcons ?
    Au premier, Mireille et Quentin ; au second, Morgane et Arthur ;
    Au troisième on pousse les meubles pour aménager son cocon.

    Avant que le printemps s’éveille, tous les greffons sont réunis
    Et les boîtes aux lettres regorgent à craquer du courrier du cœur.
    La nuit, on ne dort plus, on veille les fruits défendus, impunis
    Afin qu’ils libèrent dans la gorge tout l’arôme de leurs liqueurs.

    Illustrations de Pascal Campion

  • La pêche à l’espagnolette

    La pêche à pied, en pantalons, ça mouille et c’est irresponsable ;
    La pêche avec de hauts talons, ça s’enfonce trop dans le sable.
    Venez pêcher sur la Croisette dans notre belle principauté,
    Pour la pêche à l’espagnolette, la culotte en principe ôtée.

    Tableau de Ramón Gutiérrez

  • Carnaval nocturne

    À l’aube de la pleine lune, quand le disque d’argent paraît,
    Voici Pierrot et Colombine, revêtus de beaux habits neufs,
    Ouvrir un carnaval nocturne durant l’instant où apparaît
    Un halo blanc qui se combine avec la lune en œil-de-bœuf.

    Tableau de Henri Rousseau

  • Bleu et or

    J’ai quitté les tons rouge-et-or pour des tons lapis-lazuli
    Avec des vagues bleu-marine pour atténuer mes douleurs,
    Expédié comme un météore les moindres petits stimuli
    Qui provoque un jet d’azurine et fait ressortir ses couleurs.

    Et puis, le rêve disparaît dans un halo fantomatique
    Et le bleu quitte, comme à regret, la couleur dorée dominante.
    Alors peu à peu, m’apparaît, parmi les limbes chromatiques,
    Une âme que mon cœur agrée et qui deviendra mon amante.

    Tableaux d’Angela Betta Casale sur https://www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com/2011/10/angela-betta-casale-1954-torino-italy.html

  • Les ondes valentines

    Toutes les femmes me rappellent mes souvenirs d’avant la vie,
    Avant que je devienne un homme, avant de prendre un corps de chair.
    Et si les femmes m’interpellent, si leur présence me ravit,
    Je n’y vois là que le symptôme de mes principes les plus chers.

    Sans cesse leurs courbes m’évoquent des rayonnements magnétiques,
    Des interférences d’amour entre les plis de ma mémoire.
    La raison la plus équivoque qui guide mes rimes érotiques,
    Apparaît clair comme le jour parmi mes reflets vers qui moirent.

    Tableaux d’Egor Ostrov ; Facebook a censuré le deuxième tableau a sa parution.

  • La pomme de discorde

    Steve Jobs et les Beatles, déçus de n’avoir point été conviés,
    Désapprouvèrent le partage de la pomme de la discorde.
    Adam et Ève, bien fessus, n’avaient rien à leur envier ;
    Ils en subirent le boycottage par l’ange de miséricorde.

    Blanche neige et Guillaume Tell, trouvant la pomme empoisonnée,
    Jetèrent, sur Issac Newton, ce fruit sans trop de gravité.
    Bill Gates la mit sur Minitel et força tous ses abonnés
    À lui payer des kilotonnes de royalties accréditées.

    J’appelle tous les amoureux qui croquent la pomme à belles dents,
    À se souvenir de l’histoire de Blanche-Neige et de son prince
    Dont l’itinéraire langoureux s’apparente à Ève et Adam
    Qui pour une transgression notoire ont dû fuir leur jardin à pinces.

    Illustration de Marco De Angelis

  • En effeuillant la marguerite

    En effeuillant la marguerite, j’ai connu le bien et le mal ;
    En mesurant selon ses rites, j’ai jugé l’homme et l’animal ;
    En détachant chaque pétale, j’ai pesé, péché et vertu ;
    En dépouillant le végétal, j’ai vu le mâle qui s’évertue.

    À force de dire « je t’aime » de ma naissance jusqu’à ma mort,
    J’ai vu que le cœur du problème vit à travers tous mes remords.
    « Un peu, beaucoup et pas du tout », comme justice et injustice
    Peut-être je ne comprends pas tout mais tout est dans cet interstice.

    C’est à travers joies et douleurs que j’ai vu le ciel et l’enfer ;
    Je suis de toutes les couleurs, je suis le tout dans l’univers.
    C’est ainsi que j’ai pu apprendre que ce que je juge me juge ;
    C’est ainsi que j’ai su comprendre que je suis mon propre refuge.

    Inspiré d’un poème de Hazrat Inayat Khan, fondateur du « soufisme universel », un mouvement spirituel basé sur l’unité de tous les peuples et de toutes les religions.

  • Les quatre sens en question

    Sens-tu l’éternelle jeunesse battre chaque jour dans ton cœur ?
    Sens-tu sa douce flamme ardente brûler ton esprit de désirs ?
    Sens-tu la suprême finesse de l’âme et de son air moqueur
    Lorsque l’humeur pétaradante te fait explorer de plaisir ?

    Vois-tu l’éternelle lumière briller au plus profond de ton regard ?
    Vois-tu la couleur de l’amour lorsque tu joues à la poupée ?
    Vois-tu la vérité première qui sort de ton sourire hagard
    Lorsque ta bouche avec humour me dit « je t’aime » à mots coupés ?

    Entends-tu le son de ta voix lorsque tu me donnes ta bouche ?
    Entends-tu l’écho de ton cœur qui s’emballe tout feu tout flamme ?
    Attends-tu la fin de l’envoi pour répliquer qu’enfin tu couches
    Avec ton amant, ce vainqueur qui a su découvrir ton âme ?

    Goûtes-tu la saveur du jour lorsque vient la Saint-Valentin ?
    Goûtes-tu le bouquet du temps qui rythme le cœur des amants ?
    Écoute le son de l’amour résonnant au petit matin
    Réveiller en les affûtant le cœur et le corps, ardemment.

    Tableaux d’Edward Vardanian

  • La couleur des saisons

    Parlez-moi d’une saison d’une couleur de printemps
    Et de ses teintes pionnières qui envahissent la nature,
    De ses premières floraisons qui portent un bonheur chantant
    À nos abeilles ouvrières et aux papillons en pâture.

    Parlez-moi d’une saison d’une couleur de l’été
    Et de l’or en abondance qui se répand sur les terres.
    Arômes et exhalaisons que les vents ont haletés
    S’exhalent en récompense de la manne alimentaire.

    Parlez-moi d’une saison d’une couleur de l’automne
    Par la rouille qui convertit les feuilles de nos forêts
    D’une foi qui aurait raison de la terre monotone,
    Lasse d’avoir trop verdit et de s’être trop dorée.

    Parlez-moi d’une saison d’une couleur de l’hiver
    Et la neige en avalanche jour de la Saint-Valentin,
    Qui isole les maisons de la froidure qui diffère
    La Terre d’une nuit blanche comme un manteau de satin.

    Tableaux de Anna Ewa Miarczynska

  • Saint-Valentin et chauds lapins

    Saint-Valentin, un chaud lapin, et sa voisine, chaude lapine,
    Se sont rencontrés curieusement en période de confinement.
    Ainsi se sont mis le grappin mutuellement, copain-copine,
    Et se proposent furieusement de s’aimer intensivement.

    Ils vont repeupler la planète par une maladie d’amour
    Qui produira maints lapereaux et bien plus si affinités.
    Madame et son mari honnête feront bombance et bonne bourre
    Lui, en brandissant son poireau et elle, sa féminité.

    Tableaux de Hannah Silivonchyk

  • Saint-Valentintin

    Valentintin serait homo et son Paddock, un Roméo ;
    C’est ce qu’on lit dans leurs albums entre les lignes, parmi les hommes.
    Très peu de femmes entre les pages mais plutôt virils équipages
    Et des compagnons plutôt gais et toujours prêts à naviguer.

    Un coup de foudre, un coup de bôme, entre deux héros en binôme,
    Les ont réunis pour la vie et rassemblés au même avis.
    Alors pour la Saint-Valentin, Paddock et son Valentintin
    Vivront des amours masculines avec beaucoup de vaseline.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Saintes glaces

    Anticipant les saints de glace, Saint-Michel se couvre de blanc
    Et adopte un air de banquise sous un petit vent d’est glacial.
    Là-bas, on ne tient plus en place. Il paraît même, détail troublant,
    Que les prophylaxies requises gèlent sous le masque facial.

    Photo de Mathieu Rivrin sur https://www.mathieurivrin.com

  • Illusion d’optique

    Un promeneur en sac-à-dos qui s’enfonce dans la forêt ;
    Un chien qui court decrescendo et qui descend dans les fourrés ;
    Selon l’humeur de mes tourments, je sens l’énergie s’élever
    Tandis que mon tempérament sent ses ressources prélevées.

    Photo de Terri Babers

  • Dépistage occulte

    Bonne nouvelle ! Le port du masque sera bientôt abandonné
    Au profit d’un bouchon anal qu’on devra porter constamment.
    La faciale protection fantasque des voies nasales contaminées
    Est détournée, c’est pas banal, du postérieur au fondement.

    Vu sur https://clipartguy.com/design/clip-art-of-a-white-male-patient-getting-shot-in-the-butt-by-a-nurse-with-a-syringe-by-djart-222

  • Sur le toit du monde

    Assis, les cornes en gratte-ciel, bien à plat sur la cheminée,
    Le bouquetin rend son hommage à la chèvre de Monsieur Seguin
    Sous le regard circonstanciel des éminences ravinées
    Qui ouvrent sur les pâturages un appel, le temps d’un regain.

    Là-haut s’ennuie le loup lubrique qui envoie une onde hypnotique
    Pour attirer toutes les proies qui passeraient à sa portée.
    Mais le bouquetin nostalgique reste sourd au charme exotique
    Et le loup peut faire une croix sur l’envoûtement avorté.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Sinusoïdes

    Cette ondulation qui moutonne comme une rivière tremblante
    Et franchit l’océan de neige sous la garde des chiens de mer,
    Produit l’écume qui s’encotonne parmi la blancheur aveuglante
    Du flot qui suit comme un manège la houache du navire-mère.

    Toutes épuisées, elles ondulent en espérant la bergerie
    Au bout de ce méli-mélo où elles trouveront du repos.
    Certaines complotistes fabulent qu’elles vont droit à la boucherie
    Mais lorsque tout va à vau-l’eau, personne n’écoute leurs propos.

    Photos de Fer Burak à Van, une ville de l’est de la Turquie

  • La nuit, tous les chats sont phares

    Sous l’influence des étoiles et de toutes les lunes rondes,
    Les chats, depuis belle lurette, ont le regard phosphorescent.
    Quelle que soit la couleur des poils et la longueurs des queues d’aronde,
    Les matous allument leurs mirettes pour se rendre plus attendrissants.

    Illustration de Dorota Sroka

  • Riboulet le débrouillard

    Comme il est écrit dans les livres, mon caractère est astucieux
    Mais ce crédit reste entaché ; on se méfie des débrouillards.
    Afin qu’un jour je m’en délivre, il me paraît plus judicieux
    Pour vivre heureux, d’être caché sous mille couches de brouillard.

    Roman « Loulet le débrouillard » de Jehan de Seneval dont j’ai falsifié le titre, illustré par René Hausman

  • Escapades sous la lune – 2

    Lorsque vint la dernière neige, après trois mois d’un rude hiver,
    Les animaux prirent l’habitude d’ouvrir le bal en pleine lune.
    Qu’il est charmant, le doux manège de ces enfants de l’univers
    Qui expriment leur gratitude et dansent à la bonne fortune.

    Le lièvre avec sa descendance, le cerf et sa progéniture,
    Dansent un quadrille endiablé pour fêter la fin de l’hiver.
    Mais au printemps, sous l’abondance du rendement de la nature,
    Tout le monde vient s’attabler encore au bal de l’univers.

    Tableaux de Catherine Hyde sur https://fossfineart.com/artists/25-catherine-hyde/works

  • Escapades sous la lune – 1

    Il a tant neigé sous la lune en ces derniers jours de l’hiver
    Que la poudre de fées opère sur les animaux des forêts.
    Admirez la danse opportune des partenaires à ciel ouvert ;
    Le lièvre et le cerf, son compère, courir un ballet guilleret.

    Le lièvre invite sa levrette, le cerf invite sa bibiche.
    Si la hase n’est point vexée que son mâle l’ait confondue,
    La biche, plutôt guillerette, n’écoute pas, elle s’en fiche
    Et personne n’est complexé par ces joyeux malentendus.

    Tableaux de Catherine Hyde sur https://fossfineart.com/artists/25-catherine-hyde/works

  • Désobéissance

    J’ai toujours eu cette impression que les règles que l’on m’impose
    Ne servent qu’à sauvegarder les avantages d’une élite
    Qui établit une oppression envers ceux que ça indispose
    Et qui auraient souhaité garder une équité cosmopolite.

    Photo du National Geographic

  • Madame météo

    Quel temps fait-il, Madame Subtile ? Fait-il beau temps, Miss Météo ?
    Beau temps au réveil, je l’espère, selon les caprices des vents ;
    L’année n’étant pas bissextile, février verra Roméo
    Et sa Valentine prospère dormir vingt-huit jours en rêvant.

    De gros nuages à l’horizon pourtant il fera beau demain ;
    Ce sera le temps des amours quarante jours, quarante nuits.
    Le temps n’a pas toujours raison, variant du jour au lendemain,
    Car il ne manque pas d’humour pour vous détremper de l’ennui.

    Maquillages de Marian Santos

  • La distribution

    À la distribution des corps, je me suis fondue dans le décor ;
    Pour la distribution des cœurs, j’ai pris le mien à contrecœur ;
    À la distribution des âmes, j’étais nue tout comme une femme ;
    Pour la remise des cerveaux, j’ai été remise à niveau.

    Tableau de Felice Casorati

  • Une femme à sa fenêtre

    Parfois au sortir de la douche, elle se met à la fenêtre
    En plaquant son corps de sirène contre la vitre tout embuée.
    Ensuite, elle y colle sa bouche à la recherche d’un bien-être
    Pour sentir cette joie sereine à laquelle j’ai contribué.

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  • Astérisques et arobas

    L’arobas fait des arabesques et les astérisques, des étoiles
    Sur les parures couleur du temps, des temps modernes, évidemment.
    Bien que le goût du romanesque prenne la femme à rebrousse-poil,
    Elle ne trouve pas rebutant d’y renouer incidemment.

    Or, l’astérisque devient sexy quand, posée sur le mamelon,
    Elle en souligne sans cacher l’affriolante rotondité.
    Et je tombe en apoplexie quand l’arobas glisse selon
    Comment l’étoffe reste attachée en dévoilant l’intimité.

    Vêtue de poussière d’étoiles ou d’arobas ou d’astérisques
    Tout ça c’est cousu de fil blanc, c’est blanc bonnet et bonnet blanc !
    Mais jamais elle ne se dévoile, la fille ne prend aucun risque,
    Car elle se protège en tremblant contre mensonges et faux-semblants.

    Tableaux de Csaba Markus

  • Ces murs qui ont du nez

    Si les murs avaient des oreilles, dorénavant ils ont du nez !
    C’est dû à l’effet combiné de l’internet et la 5G.
    L’humanité n’est plus pareille maintenant qu’elle est condamnée
    À se retrouver confinée sous une protection singée.

    Grâce à nos appareils modernes, le futur nous suit à la trace
    Grâce à nos cartes de crédit qui s’usent graduellement.
    Le téléphone nous materne avec tous ses forfaits voraces
    Dont l’abonnement nous prédit son tacite renouvellement.

    Vous aurez plus que la lumière ! Demain on vous rase gratis !
    Tout est promis, tout est prévu dans notre offre de comédie !
    Depuis l’échéance première, au fil des mois, on vous ratisse
    Jusqu’à la mort, sauf imprévu, mais là, cochon qui s’en dédit !

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  • La fonte

    Lorsque je peux déconnecter toutes les pensées qui m’animent
    Et que je connecte mon âme ouverte sur le canal du cœur,
    Toutes les peines affectées s’écoulent dans un flot unanime
    Comme percées du brise-lames d’un esprit libre à contrecœur.

    Par le renouveau d’un printemps d’inspiration indépendante,
    Je me relie aux origines du sang qui coule dans mes veines.
    L’âme nue retrouve, en suintant de ses folies condescendantes
    Vers ses authentiques racines, toute son âme-sœur écrivaine.

    Tableau « Mon âme se reposera dans ton étreinte » d’Elena Kraft

  • Cherche-Midi est un lion

    Lorsqu’il entend des animaux ou qu’il aperçoit ses amis,
    Cherche-Midi lève le nez et lorgne sur la vidéo.
    Puis, il accourt prestissimo entre l’écran et le tapis
    En observant, tout étonné, l’image de ses idéaux.

    Le cri d’un lion réveille en lui son cœur de matou conquérant,
    L’oiseau paradisier stimule l’œil de lynx toujours à l’affût,
    Le fauve qui déchire la nuit d’un feulement vitupérant
    Ravive l’instinct que formule l’empire de ses sens diffus.

    Cherche-Midi sait se montrer très bon public

  • Masturbation cérébrale

    Où s’établissent les fantasmes, le plaisir et la jouissance
    Dans les volutes du cerveau et la volupté du cortex ?
    Quel est l’origine des orgasmes qui détonent à toute puissance
    Depuis les plis en écheveau jusqu’auvertiges du vortex ?

    Tableau d’Ilya Filatov

  • Renversant !

    Renverser l’objet du désir pour découvrir son caractère
    C’est comme passer au scanner chaque parcelle de son corps.
    Cela permet, tout à loisir, sans avoir d’avis réfractaire,
    De goûter le plaisir charnel en pensées et bien plus encore.

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  • Recyclages

    Qu’arrivera-t-il à mon âme, une fois l’éternité passée ?
    Que restera-t-il de mon corps, une fois sorti les pieds devants ?
    Qu’arrivera-t-il à mon cœur, une fois ses amours compassées ?
    Qu’adviendra-t-il de mon esprit, une fois emporté par le vent ?

    Ici, de la poussière d’ange pour souffler d’autres créations ;
    Là, de la poussière d’étoile pour ensemencer l’univers ;
    Là, des passions évanescentes pour aimer en procréation ;
    Ici, des pensées vagabondes pour inspirer rimes et vers.

    Tableaux d’Alicia Ross