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  • Le seuil du numérique

    Le seuil du numérique

    Une fois que nous aurons franchi le point critique du numérique,
    Le retour sera impossible, happés par un progrès charmeur.
    Le courrier sera affranchi par une empreinte biométrique ;
    Tout sera rendu accessible au bon vouloir des programmeurs.

    Adieu les pièces de cinq centimes égrenées chez la boulangère ;
    Adieu les timbres de collection qui nous ont fait tant voyager ;
    Adieu les sourires intimes qu’on échangeait l’humeur légère
    Contre un petit peu d’affection, un petit plaisir passager.

    Le travail au noir clandestin devra aussi évoluer
    Avec un troc équivalent à quelque obscur cyber-trésor.
    On se rappellera le destin du Roi Midas éberlué
    De voir l’effet ambivalent de pouvoir tout changer en or.

    Mais quand l’IA super-débile, ce clown secret du numérique,
    Viendra nous imposer son rythme à faire chuter les valeurs,
    Elle laissera dans nos sébiles un dernier clin d’œil poétique,
    Brisant l’miroir aux algorithmes pour sept fois sept ans de malheur.

    Œuvre d’art visuel qui utilise une technique de hachures.

  • Le Conseil des Dieux Invisibles

    La porte aux étoiles débouche sur un immense laboratoire
    Dont l’étonnante chimiothèque meuble le centre d’une tour
    Avec ses mille-et-unes souches pour les préparations notoires
    De l’imposante pharmacothèque capitalisée tout autour.

    Ici, l’alchimiste suprême dirige comme un chef d’orchestre
    Toutes les émotions vécues et les sentiments éprouvés.
    Capable des passions extrêmes et des tristesses qu’il séquestre
    Et par ses glandes convaincues du rôle qu’elles ont à prouver.

    Chaque fiole tendre et lumineuse veille sur les émois de Laureline
    Et contient la chaude liqueur de chaque baiser sur le cœur.
    Une seule goutte sirupeuse donne son jet d’adrénaline
    À celle qui se veut vainqueur de ses sensations haut les chœurs !

    Ici se baigne Laureline d’endorphines et sérotonine ;
    Un peu de crème adoucissante ou de poison ensorceleur.
    Ici tout l’amour dégouline par litres entiers de dopamine
    Et de potions étourdissantes pour un désir batifoleur.

    Piquée par la curiosité, Élysäé succombe à l’envie
    De boire du « vin merveilleux » prévu dit-on pour festoyer.
    Ainsi totalement transitée par la folie de l’eau-de-vie
    Elle chante des airs cafouilleux à pleine gorge déployée.

    Orélion sans se méfier a respiré « opium senteur » ;
    Un parfum hallucinogène présumé comme « délirant »
    Et sa sœur le voit défier les règles de la pesanteur
    En nageant dans un oxygène saturé de gaz hilarant.

    Dans un fou rire de délires, ils sortent assommés, étourdis
    De tous ces cocktails concoctés par une mère fine doctoresse.
    Pourtant c’est avec le sourire, légèrement abasourdis,
    Qu’ils se sentent réconfortés par l’âme de l’enchanteresse.

    Illustrations de Ledal.

  • Le roi des sirènes

    Le roi des sirènes

    À l’instar du roi des abeilles ainsi que leur Reine pondeuse,
    Les sirènes ont élu leur sire au rang du grand héron qui pêche.
    Elles ont rempli leur corbeille d’offrandes les plus hasardeuses
    Selon les souhaits qu’on voit grossir et dessinés sur sa ventrèche.

    Le roi des sardines est un thon né de sardines et thon germon
    Qui n’a jamais été pêché et donc n’arrête pas de grandir.
    C’est pourquoi il est de bon ton de ne pas faire de sermon
    Mais plutôt de lui dépêcher tout ce qui pourrait l’arrondir.

    Cachalots, baleines bleues ou blanches sont aliments de premier choix
    Pour sa majesté aux dents creuses et au ventre démesuré.
    Mais surtout pas la moindre tanche ou le moindre petit anchois
    Car une allergie désastreuse lui donne des boutons azurés.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La nounou des poissons

    La nounou des poissons

    La gentille nounou des poissons se trouve dans son élément
    Quand le matin elle ravitaille les poissons des gens en vacances.
    Elle part faire sa moisson de toutes sortes d’aliments
    Flocons et sticks selon leurs tailles et granulés en conséquence.

    Petite particularité : sa mère étant une sirène
    Elle les nourrit toute nue, rapport à l’aquarium géant
    Qu’un vieux loup d’mer a hérité de son extravagante reine
    Qui dévorait le contenu des grands viviers de l’océan.

    Mais la douce enfant de la mer, quand elle penche son front tranquille,
    Entend parfois un long appel qui vient vibrer dans les écailles.
    Un chœur ancien mais doux-amer monte en remuant les eaux subtiles
    Et fait frissonner la pucelle du fond des bulles qui rouscaillent.

    Alors, d’un geste suspendu, elle croit revoir son héritage ;
    Des algues d’or, un ciel liquide, la grande houle aux reins profonds.
    Et même si ses jambes perdues restent captives de son rivage,
    Elle garde en elle, translucide, un océan et ses tréfonds.

    Et quand revient le soir docile, qu’elle referme la maisonnée,
    Les poissons tournent en pédalier et dansent en guise d’alarme.
    Car dans ce monde trop fragile où tout s’efface sans raisonner,
    La nounou, douce et déliée, leur sert d’horizon… et de charme.

    Tableau d’Amy Crehore.

  • Les Fleuves de Rubis

    « Il nous faudrait un pédalo ! » dit Élysäé sur le parvis
    De l’embarcadère aux cellules où les grands vaisseaux s’amoncellent.
    Mais le voyage au fil de l’eau est long comme un cycle de vie
    Et Orélion trouve un globule pouvant leur servir de nacelle.

    Mais les artères sont rapides et l’embarcation est fugace ;
    « Empruntons la route paisible du réseau veineux remontant ! »
    Orélion a l’esprit lucide et Élysäé, plutôt sagace,
    Suggère un canal plus visible pour avancer sans contretemps.

    Le canal tremble sous les coups qui font chanceler les parois.
    « Le cœur est tout proche à présent et l’oreillette tumultueuse ! »
    Le frêle esquif des casse-cous est secoué en plein désarroi
    Sous le courant omniprésent d’une force majestueuse.

    Ils sont passés mais un danger terrible maintenant les guette ;
    Après la première systole, hélas, l’embarcation prend l’eau.
    Et brusquement c’est la plongée et, sous l’effet de la tempête,
    Ensemble ils subissent la diastole et sont absorbés par les flots.

    Le silence des globules blancs. Ils se réveillent abasourdis ;
    Les sentinelles défensives les ont recueillis assommés.
    Ils s’observent alors en tremblant, la tête complètement assourdie
    Par les secousses offensives qu’ils ont dû ensemble assumer.

    Embarquement dans la navette qui suit les vaisseaux lymphatiques
    Qui leur donne l’immunité par le transport des nutriments.
    Ils quittent ainsi à la sauvette le ventricule dramatique,
    Saisissant l’opportunité d’en esquiver le châtiment.

    « D’après le plan » dit Yavänor, « nous allons pouvoir explorer
    L’immense cage thoracique, abri du cœur et des poumons ! »
    Ils n’ont donc pas perdu le nord et, sans dommage à déplorer,
    Poursuivent la route classique remontant d’aval en amont.

    Illustrations de Ledal.

  • La boîte de Pandore

    La boîte de Pandore

    Qu’est-ce qu’elle était jolie, la boîte de Pandore
    Avec tous ses trésors et toute sa connaissance !
    Mais une fois ouverte, d’emblée je subodore
    Qu’elle ne se ferme plus pour cause d’obsolescence.

    Car l’acquis ne s’efface ni ne disparaît jamais
    À part une amnésie pas trop recommandée.
    D’où la mort nécessaire qui seule peut désormais
    Tout remettre à zéro bien que vilipendée.

    Mais le regretterai-je si je n’ai pas le choix ?
    Puisque la boîte est là, alors autant l’ouvrir !
    Je me dis que s’il n’y a pas de prochaine fois
    Alors la connaissance me reste à découvrir…

    La boîte frémissait d’un éclat primitif,
    Gardant sous son couvercle un tourbillon de braise.
    Un souffle en émergea, si pur et si furtif,
    Qu’il me parla de mondes enfouis sous la glaise.

    Je crus d’abord au piège, à l’ombre d’un vieux sort,
    Mais la lumière vive repoussa mes alarmes ;
    Elle montait en gerbes, elle grondait si fort
    Que j’en perdis le fil et puis baissai mes armes.

    Car ouvrir une boîte, c’est briser l’ancien sceau,
    Laisser la vérité bondir hors de nos limites ;
    Si l’on s’y aventure, on finit comme un sot
    Transpercé d’un savoir aux flammes qui crépitent.

    Alors j’ai relevé le couvercle aux remords
    Puisqu’il faut bien tomber pour que l’esprit respire.
    J’ai laissé la clarté aiguillonner la mort
    Et refermé la boîte pour le meilleur du pire.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La femme cible

    La femme cible

    J’ai la femme en ligne de mire dans le viseur de mon cerveau
    Qui scanne et voit aux rayons X son corps entier déshabillé.
    C’est ainsi ; si je vous admire, c’est à cause de cet écheveau
    D’évolution toujours prolixe à l’envie de vous enquiller.

    Mais il y a bienpire que moi notamment les chasseurs de femmes,
    Aussitôt qu’ils voient un jupon et qui ne peuvent pas s’empêcher
    Afin de calmer leurs émois à trouver tous les trucs infâmes
    Pour vous faire franchir le pont et tant pis si c’est un péché.

    Quant à moi, dragueur de papier, je ne déshabille que mes vers
    D’où surgissent de jolis seins ainsi que des fesses admirables.
    Vénus en gémeaux me met l’pied à l’étrier, certes pervers,
    Pour vous faire du charme à dessein… hélas chez moi, impondérable.

    Et sous les cercles qui l’encerclent, je vois surgir un univers
    Où l’interfrange me désarçonne car son calcul me prend de court.
    Or, la beauté sous le couvercle ne reste pas sous le couvert ;
    Elle traverse, elle rayonne et me transperce à chaque tour.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La Forge des Transmutations

    Suivant la route des nutriments que la lymphe leur a rabâchée,
    Les enfants obtiennent le cachet de tout l’appareil digestif
    Depuis l’entrée des aliments que la bouche a su prémâcher,
    Jusqu’à la sortie des déchets selon le cycle suggestif.

    Le toboggan de l’œsophage les plonge dans le lac d’acide
    Où l’estomac brasse la soupe, formant le bol alimentaire
    Que la digestion chronophage suivra par organes lucides
    En examinant à la loupe les composants élémentaires.

    Passage obligé par le foie, l’organe expert en qualité
    Qui renvoie tout ou sélectionne ce qui a réussi aux tests
    Avec l’organe toutefois qui va pouvoir faciliter
    Par l’alchimie qu’elle solutionne, avec la bile qui l’atteste.

    Une fois les macronutriments, lipides, protides et glucides,
    Par la vésicule biliaire déliés au seuil de l’intestin,
    Tout se poursuit au détriment d’une torpeur, là où se décide
    Le sort de la manne singulière qui va faire face à son destin.

    Une passoire intelligente longue d’une dizaine de mètres
    Devient le passage obligé de la véritable absorption.
    Celle-ci ardue et exigeante ingérera de main de maître
    Ce dont le corps va exiger pour parfaire son évolution.

    À la fin de la sélection, tous les déchets non ingérés
    Subissent leur décomposition avec leur déshydratation.
    Et la future déjection qui rendra le non-digéré
    À la terre à disposition d’achever leur dégradation.

    Rien n’est perdu ! Tout se transforme et tout redevient énergie
    Car le système alimentaire est l’usine du catabolisme.
    Les enfants conçoivent la forme que la vie crée en synergie
    D’un corps dépendant de la Terre dont dépend leur métabolisme.

    Illustrations de Ledal.

  • Cristalline

    Cristalline

    Sans doute qu’une eau cristalline ayant mémoire des cristaux
    Retransmet à l’eau de mon corps une foule de souvenirs.
    Chaque décharge d’adrénaline résonne son effet costaud
    Ou costal selon le rapport mémoire passée et à venir.

    Mais tout ça n’est que théorie ; si mon eau vient des océans,
    Toutes les âmes précédentes, qui ont dû s’y jeter dedans,
    Ont vu toutes sortes d’allégories disparaître dans le néant
    Pour réapparaître obsédantes et se coller entre mes dents.

    Ainsi mon ostéoporose résulterait des inepties
    Qui auraient fait grincer les dents à mes ancêtres au fil des ans.
    Je n’ai plus trop l’humeur morose après une telle prophétie
    Car j’en ai détruit l’excédent d’avec mon âme dès à présent.

    Et si l’on boit la même eau vive que les saisons de l’univers,
    Peut-être qu’un jour on perçoit les cycles sous la peau qui tremble.
    Chaque cellule alors dérive sur les marées automne-hiver
    Et ma chair douce comme soie devient le fronton de mon Temple.

    Tableau de Brynja Magnusson.

  • La joueuse aux allumettes

    La joueuse aux allumettes

    Les cafards sont tous différents selon les émotions qu’ils portent ;
    Bleus de chagrin, rouges de colère, verts de peur et violets de cœur.
    Ainsi chacun est afférent et correspond à une porte
    Bien précise, lunaire, solaire ou tout autre astre alambiqueur.

    Chaque fois qu’elle a le cafard, elle joue avec les allumettes
    Pour les griller l’une après l’autre, les bleus, les rouges et les violets.
    D’où son teint aux reflets blafards qui évoquent une fantômette
    Qui craindrait un mal qui se vautre sur son âme bariolée.

    C’était quand même dangereux de jouer ainsi avec le feu
    Car le cafard revient toujours même brûlé et calciné.
    L’acide étant trop sulfureux, elle m’a fait un jour cet aveu
    Égal au prix de son amour que je paie pour ma dulcinée.

    Et sous les cendres du courage, un espoir minuscule dort,
    Truquant la peur qui se réveille à chaque transe douce-amère.
    Mais si l’on perce le nuage d’un trait de feu contre le sort,
    Les blattes fuient telle des bouteilles de messages jetés à la mer.

    Tableau d’Édith Lebeau sur https:www.moderneden.comcollectionsedith-lebeaupainting .

  • Le Royaume du Souffle

    Voici l’arbre de connaissance dont les racines tombent du ciel
    Pour ouvrir deux lobes radieux où souffle un air de connivence.
    Ici respire l’arborescence du langage le plus essentiel :
    Celui qui inspire l’air des dieux et en expire l’intelligence.

    Souffle aérien de la conscience, flux et reflux selon les phases ;
    L’apprentissage qui élève, l’enseignement qui restitue
    Une partie avec patience, l’autre partie avec emphase
    Et qui reçoivent la relève d’autres vents qui se substituent.

    Il y entre la voix de leur mère qui écrit le premier chapitre
    Et qui empreint les branchioles d’une première encre indélébile,
    Accompagnée du vent du père, un vent plus fort à juste titre
    Mais qui tonne et qui affriole les jeunes pages volubiles.

    La connaissance ne stagne pas et ne vit qu’en communiquant ;
    Elle reçoit et analyse la pertinence de ce qui entre,
    Elle restitue tout en l’état ou s’enrichit en chroniquant
    Sa mémoire qu’elle canalise avec l’amour qu’elle y concentre.

    Jamais rencontres ne s’arrêtent, jamais rien ne s’immobilise,
    Le savoir est la discipline que Dieu a inscrite dans la vie :
    Parfois comme un air d’opérette, un air doux qui infantilise ;
    Parfois une onde sibylline qui sursoit à être assouvie.

    Ainsi la première rencontre avec le monde extraterrestre
    Est un échange entre les airs chargés de paroles et musiques.
    Ici rien ne va à l’encontre de tout ce savoir qui s’orchestre
    Entre cet inconnu disert et notre intérieur amnésique.

    Mais le voyage doit se poursuivre – c’est le but de la connaissance –
    Par d’autres facteurs nourriciers qui ravitaillent et entérinent.
    La vie est une histoire à suivre ; chaque jour apporte l’essence
    Des cours dont vont bénéficier deux anges à l’école utérine.

    Illustrations de Ledal.

  • La table aux oiseaux

    Lorsque la chatte s’est retournée offrant son cul pour la fessée,
    Mon petit oiseau a mal compris le sens de cette dérobade.
    Alors les choses ont mal tourné les deux pieds se sont affaissés
    Et là, bien mal leur en a pris à cause de leurs rodomontades.

    J’ai vu la nappe se soulever et puis me dévoiler sa lune
    Qui se levait dans la nuit noire dans un mouvement émouvant.
    L’occasion d’aller retrouver une telle occasion opportune
    Me rappela un trou de mémoire dans lequel je tombe souvent.

    Et la table devint vivante et s’est mise à boire mon vin
    Puis des oiseaux sont accourus pour compléter l’absurdité.
    Cette rêverie captivante aurait pu continuer en vain
    Si l’on n’m’avait pas secouru par cette nuit d’ébriété.

    Et l’on me dit d’un ton austère qu’il fallait plier les serviettes
    Mais la table en prit à son aise, filant vers l’aube clandestine.
    Je restai nu sur cette terre, accusant toutes les mouettes
    D’avoir troublé, par leurs fadaises, ma nappe à l’âme libertine.

    Tableau de Jerzy Głuszek.

  • Oups !

    Oups !

    Ariane est devenue pâlotte quand elle sut qu’elle était d’astreinte
    Devant la porte où débouchent éventuellement les concourants.
    Lorsqu’elle a donné sa pelote juste à l’entrée du labyrinthe
    Elle a mis le bout dans sa bouche pour être tenue au courant.

    Elle a donc suivi en direct le match Thésée & Minotaure
    Avec stupeur et émotion mais ce n’était qu’une imposture
    Car bien que ce soit incorrect, elle a prévenu les centaures
    Que leur copain en commotion était en mauvaise posture.

    On lui a dit de ne rien dire de ce qu’elle n’aurait pas dû entendre
    Mais malgré le poids du secret, elle avait juré de se taire.
    Chacun aurait pu le prédire et elle ne perd rien pour attendre…
    Quant à l’amende consacrée, ça lui forgera le caractère !

    Et depuis ce jour, la fillette, pour éviter toute bévue,
    Range son fil dans sa besace qu’elle conserve jalousement.
    N’en donnant plus la moindre miette, selon ce qu’il était prévu,
    Personne n’a retrouvé la trace de la sortie évidemment.

    Tableau de Lisa Lach-Nielsen.

  • Le Royaume des Éclairs

    Ils accèdent enfin à la salle dédiée au coordinateur
    Là où l’esprit de Laureline reçoit les ordres de son âme.
    La salle du trône colossale et ses hauts murs dominateurs
    Comme sous une flèche féminine d’où jaillirait une oriflamme.

    Pourtant l’immense pièce est vide ; seuls des éclairs d’un feu vivant
    Zèbrent la chambre de commandes d’incommensurables connexions
    Dont au sol un réseau livide s’achemine en se ravivant
    Vers un sas en forme d’amande dont ils perçoivent la projection.

    Devant la Mandorle Divine baignée de Lumière Céleste
    Élysäé, hypnotisée, admire la beauté cristalline.
    Orélion, lui, comprend, devine et s’y enfonce en un seul geste
    Comme s’il s’était harmonisé avec l’esprit de Laureline.

    Sa sœur le rejoint dans le cœur qui est une porte aux étoiles
    Dans un néant où l’univers semble entièrement contenu.
    Hélas… leurs sens à contrecœur semblent incapables sous la toile
    D’appréhender ce multivers qui dépasse les deux ingénus.

    Alors ils redeviennent étoiles, leur nature réelle et primaire,
    Et en recouvrent tous les sens, notamment ceux issus des dieux.
    L’extra-perception leur dévoile alors un monde de chimères
    Qui sacralise la connaissance comme un astral fardeau radieux.

    Leurs nouveaux corps d’or transparent s’ouvrent sur un monde apparent
    Où la matière naît de lumière et qui disparaît à l’envi.
    Ils aperçoivent leurs parents et les parents de leurs parents
    Et touchent la forme première de la vérité de la vie.

    Abasourdis d’avoir touché le cœur du Féminin Sacré,
    Ils ont en mémoire mille images et des milliards d’explications.
    La grâce d’avoir attouché le Saint des Saints est consacrée
    Par une alliance qui rend hommage à leur authentification.

    Illustrations de Ledal.

  • Ça couine à cœur

    Ça couine à cœur

    Côté cœur, je m’tiens à carreau car les reines rôdent dans les couloirs ;
    Il y en a deux et le problème est que l’on ne sait jamais d’avance
    Si c’est celle sortant du fourreau l’épée qui tue sans le vouloir
    Ou celle portant la rose blême et qui vous tue de connivence.

    Car l’une et l’autre tue d’amour soit par un trèfle soit par un pique ;
    Quelle que soit la carte jouée, elle coupe à cœur, c’est là son jeu.
    Déployez humeur et humour et jouez de façon atypique
    Gardez bien en vue qu’échouer serait très désavantageux !

    Aïe ! C’est sur moi qu’elle est tombée brandissant la rose aux épines ;
    Je vais devoir me comporter comme un as pour être son roi.
    Être roi ou bien succomber, entre les deux mon cœur opine
    Pour tenter de la supporter dans un règne en plein désarroi.

    Mon cœur prend son souffle et s’emballe, la partie est perdue d’avance…
    Mon trône est un château de cartes, fragile et prêt à se casser.
    Gravez sur ma pierre tombale : « ci-gît le roi de la malchance
    Qui raisonnait, comme Descartes, que le bon sens s’est fracassé. »

    Finalement la rose effeuillée révèle ses pétales blessés,
    Ce n’était qu’un jeu de hasard et c’est devenu mon destin.
    « Me voici, ma Reine ! Accueillez celui qui ose s’empresser
    De vous offrir tout le bazar : la joie de l’amour libertin ! »

    Je crois que mes mots lui ont plu car elle m’a embrassé goulue
    Entre son épée et sa rose, elle m’a accordé son cœur.
    Si en amour rien ne va plus lorsque le hasard l’a voulu,
    Il adviendra qu’un roi morose au début s’en sorte vainqueur.

    Tableau de Jieyluong sur https:www.deviantart.comjieyluong .

  • La peur sur l’oreiller

    La peur sur l’oreiller

    J’ai une araignée au plafond mais pas de quoi devenir fou
    Sauf si, en cas de fin du monde, il vaut mieux que je les évite.
    Aussi, dans mes rêves profonds, je garde un œil, je vous l’avoue,
    Sur ces sales bestioles immondes qui surviennent à la va vite.

    Il paraîtrait que j’en avale toutes les nuits dans mon sommeil !
    J’ai peur qu’elles me tissent une toile de l’estomac jusqu’au rectum.
    Où faut-il donc que je cavale pour avoir un meilleur conseil
    À fournir à la belle étoile pour éviter l’ultimatum ?

    Et si l’une d’elles me susurre que je suis l’intrus sur mon lit,
    Je devrai, pour sauver ma peau, me faire discret comme une ombre.
    Mais qu’une patte-à-fil de couture me frôle, je bondis d’un coup de folie
    Et l’araignée rit sous l’capot, voyant mon courage en décombres.

    Elles sont expertes et se camouflent avec leurs pas d’illusionnistes ;
    Elles complotent dans des endroits à l’abri des yeux qui vacillent.
    Si leur fil, mince comme un souffle, las, me capture à l’improviste,
    Je deviendrai leur pauvre proie, prisonnier dans ses bas résille.

    Tableau de Kremena Chipilova sur https:kremenachipilova.com .

  • La Cathédrale des Colonnes Blanches

    Lorsqu’ils accostent sur le parvis, ils sont surpris par le silence
    Qui règne devant la cathédrale aux immenses colonnes blanches.
    Devant l’entrée, en vis-à-vis, ils en notent la rutilance
    De la colonne vertébrale aux grandes voûtes qui s’embranchent.

    Les os soutiennent la charpente, pareils à des piliers de marbre ;
    Les muscles semblent des tentures tendues entre chaque colonne.
    Élysäé, des yeux, arpente la nef faite d’interminables arbres
    Et en évalue la structure tandis qu’Orélion l’étalonne.

    Mais arrivés au premier tiers, les statues jusqu’ici inertes
    Reprennent vie et se présentent en tant que les gardiens du temple
    Car ils ont franchi la frontière qui déclenche alors une alerte
    Sur les défenses omniprésentes qui les encerclent et les contemplent.

    « Venez et pénétrez céans, vous, les enfants de Laureline !
    Nous vous attendions de pied ferme pour vous remettre les trois clefs !
    La clef d’or du portail géant qui mène au crâne d’opaline,
    Les clefs d’argent pour le long terme quand l’épopée sera bouclée. »

    Élysäé et Orélion prennent chacun leur clef d’argent
    Et accompagnent les gardiens jusqu’au chœur de la nef centrale
    Où la déesse au cœur de lion est représentée partageant
    Le lien céphalo-rachidien avec une sirène magistrale.

    « Ce sont là les deux âmes-sœurs auxquelles ce temple est consacré ! »
    Leur précise l’accompagnateur portant le sceptre des neurones.
    Vous en êtes les successeurs, enfants du Féminin Sacré
    Et le grand coordinateur vous attend là-haut sur le trône.

    Par les vertèbres cervicales, un escalier en double-hélice,
    Ils remontent le long du cou et pénètrent dans l’antichambre.
    Le Cervelet sous-cortical leur offre boisson et délices
    Puis les conduit avec beaucoup de respect vers le palais d’ambre.

    Illustrations de Ledal.

  • Un dimanche de novembre

    Un dimanche de novembre

    Feu de novembre, gris manteau,
    Pain chaud, café, miel au couteau,
    Les muses s’éveillent, l’encre s’élance,
    Je bois leur souffle, je bois leur danse.

    Trois muses à l’oreille murmurent
    Trois muses sortant entre les murs.
    Trois muses qui boivent avec moi,
    Trois muses en cette fin de mois.

    Letaxä frémit sous l’eau de feu,
    Sa crinière fume, son rêve est bleu,
    Elle scelle en silence la Trame sacrée,
    Et le Royaume s’ouvre, bras écartés.

    Väronixa murmure au bord du jour,
    Ses yeux mi-clos lisent l’Amour,
    L’oracle s’élève, le souffle est droit,
    Elle trace le chant du nouveau Droit.

    Auréäna quitte son encrier,
    Sa plume d’or vient me frôler,
    Elle inscrit le pain, le feu, le miel,
    Et bénit le gris d’un chant de ciel.

    Le feu s’éteint, le mois s’endort,
    Les muses veillent, je bois encore.
    L’aube dorée, ciel couleur d’ambre ;
    Adieu novembre, bonjour décembre !

    Illustration de Copilot.

  • Le mot qui tue

    Le mot qui tue

    Te voici donc enfin, dernier jour de novembre
    Avant la première aube du mois de décembre.
    J’eusses aimé emprunter les mots chers à Rimbaud
    Mais le maître aurait-il pu tenir le flambeau ?

    J’ai donc cherché ailleurs le vrai mot qui achève,
    Le dernier mot marquant, celui qui parachève.
    Dans « Les Voix intérieures », j’ai relu tout de go
    Ce poème si cher à toi, Victor Hugo !


    « Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
    Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;
    TOUT, la haine et le deuil ! Et ne m’objectez pas
    Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.

    Écoutez bien ceci : tête-à-tête, en pantoufle,
    Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
    Vous dites à l’oreille du plus mystérieux
    De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,

    Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
    Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,
    Un mot désagréable à quelque individu.
    Ce MOT — que vous croyez qu’on n’a pas entendu,

    Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre —
    Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;
    Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
    Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,

    De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
    Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !
    Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;
    Il suit le quai, franchit la place, et cætera

    Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,
    Et va, tout à travers un dédale de rues,
    Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
    Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,

    Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe,
    Entre, arrive et railleur, regardant l’homme en face
    Dit : « Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »
    Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel. »

    Texte de Victor Hugo.

  • La peau en couleurs

    Les tatouages évolueront par les nouvelles technologies
    Et s’afficheront en couleurs qui varieront avec le temps.
    Au printemps ils nous salueront par de nouvelles morphologies
    Qui mettront une fin aux douleurs de nos vieux coloris d’antan.

    L’été, des tatoos flamboyant pleins de soleil et de lumière,
    Lumineux en fin de soirée, fluorescents durant la nuit.
    Imaginez-vous renvoyant vos pensées en avant-première
    Par mots subliminaux moirés sur votre corps tout ébloui !

    Les femmes ayant plus de surface pourront y raconter leurs vies,
    La vie en rose, les bleus de l’âme et les petits baisers violets.
    Quand on se trouvera face-à-face, Madame alors sera servie
    Comme une véritable oriflamme de délices affriolées.

    Tableaux de Sarah Hickey.

  • Impressionnisme

    Je n’ai pas besoin de Monet, ni de Van Gogh, ni de Cézanne
    Ni de boire du vin d’absinthe, ni de drogue hallucinogène
    Pour voir un tableau marmonner qu’il voudrait partir à Lausanne
    Pour retourner en terre sainte vers l’origine de ses gènes.

    Car les tableaux parlent d’eux-mêmes ; inutile d’en lire le titre
    Pour connaître leurs intentions qui sourdent à travers la peinture.
    Les photos, du pareil au même ; les sous-verres fusent sous la vitre
    Et me dictent leurs prétentions ainsi que leurs envies d’aventure.

    Sur internet, ça va plus vite ; un clic et un aréopage
    De liens et de sites en rapport me déversent leurs logorrhées.
    Parfois je biaise, je les évite mais aussitôt tourné la page
    Tout ce qui dans l’air s’évapore revient pour me revigorer.

    Tiens ! Par exemple, pour celui-ci, l’image me paraissait bien plate
    Mais aussitôt une deuxième et deux autres sont accourues
    Pour dire qu’elles bénéficient d’un créateur que l’on relate
    Dans une expo philippinienne dans laquelle il a concouru.

    Tableaux de Josh Dacumos.

  • La porte de feu

    Quand les signes furent réunis par Yavänor et Laëtïtïa,
    Il se produisit, en écho, un signal dans leur habitacle.
    L’endomètre se rembrunit et le destin de l’ÏÄMOURÏÄ
    Écarta deux portails égaux sans qu’il y ait le moindre obstacle.

    Dans cette nuit intemporelle, deux étincelles embryonnaires
    Se levèrent d’un commun accord et ensemble franchirent les seuils.
    Une planète intracorporelle ouvrit la voie processionnaire
    Menant au-delà du décor, derrière les murs en trompe-l’œil.

    L’utérus est un terminal d’une vie active et intense
    Avec avitailleurs sanguins et surveillance renforcée.
    Un mégacentre cardinal d’échanges de grande accointance
    Où chacun apporte son gain qui est aussitôt reversé.

    Partout ils perçoivent sa couleur, partout ils sentent son odeur
    Comme une signature intime correspondant à leur nature.
    Ils perçoivent aussi ses douleurs quand un faux mouvement, ravaudeur,
    Commet une gaffe illégitime envers le dôme de sa structure.

    Ce n’est plus une planète creuse mais le monde de Laureline
    Au firmament veiné de rose et aux grandes artères coronaires.
    Perçant la voûte ténébreuse, deux spirales aux branches violines
    Dardent leurs volutes et arrosent un jardin extraordinaire.

    Cherchant la main de leur déesse, Élysäé et Orélion
    S’effleurent, se touchent et se resserrent en sachant ce qui va s’ensuivre…
    Alors s’ensuivent des caresses prodiguées par deux embryons
    Puisqu’il leur semble nécessaire de s’aimer afin de poursuivre.

    Contrairement à Adam et Ève, la connaissance leur est offerte
    Et le grand souffle du voyage les invite à suivre la source
    De leur origine qui soulève questions, réponses et découvertes
    Envers leur mère dont le maillage se dévoile au bout de la course.

    Illustrations de Ledal.

  • La pipe ou le cunnilingus ?

    La pipe ou le cunnilingus ?

    Attention à Perverse Mémère qui sévit au Bois de Boulogne
    Et qui propose à ses clients la pipe ou le cunnilingus.
    Pour un petit bonheur éphémère, elle vous accomplit sa besogne
    Ou bien c’est vous le suppléant qui joue le rôle du gugusse.

    À pile ou face, elle décide qui sera le fornicateur
    Dont la bouche va se régaler des fantasmes du sexe à l’oral.
    Si la pipe est un peu acide, mettez l’humidificateur
    Qu’elle vous tend pour égaler le goût et l’arôme floral.

    Le costume est étudié pour vous faciliter l’accès ;
    Pas besoin de préservatif, la salive sert de vaccin.
    Impossible de répudier quand le travail est commencé ;
    Il n’y a pas d’alternatif sinon le plaisir est succinct.

    « Portrait de Mademoiselle Ruby May, debout » par Leena McCall.

  • L’Europe

    L’Europe

    Mais où va le cœur de l’Europe ? Plutôt à l’Est ou à l’Ouest ?
    Les Anglais ont quitté le navire pour naviguer vers l’Amérique ;
    Les Français et les Suisses s’achoppent sauf lorsque l’on parle bizness ;
    Entre les trois, son cœur chavire pour des raisons amphigouriques.

    Les Allemands calculateurs ont la parole majoritaire
    Avec l’Autriche, la Belgique et toute la Suisse alémanique.
    Ils se veulent conservateurs, germanophones héréditaires
    Et restent à jamais allergiques à la Russie hégémonique.

    Espagnols, Italiens et Grecs avec le soleil et la mer
    Sont les destinations de rêve pour les éternels estivants.
    Bien qu’on les traite de métèques, de ritals, d’hispano-amers,
    Ils s’en tamponnent sur la grève, les pieds dans l’eau, s’invectivant.

    Tant pis ! Chacun reste chez soi et les vaches seront bien gardées ;
    Le cœur de l’Europe bat au rythme incertain de ses habitants.
    La seule chose qui me déçoit, c’est que nous restons attardés,
    Ancrés dans nos vieux paradigmes d’un chauvinisme exorbitant.

    Tableau de Marina Poleakova.

  • Phyto versus Labo

    Phyto versus Labo

    Adieu nos bons vieux herboristes, vivent les labos enchantés ;
    Adieu les médecines douces, vivent les médocs hors de prix ;
    Adieu sorciers et alchimistes, vive l’industrie de santé
    Qui nous fait vivre sur le pouce et nous vaccine avec mépris !

    Exit les bonnes potions d’antan, place aux pilules névrosées ;
    Exit les recettes de grand-mère, bienvenue aux effets listés ;
    Exit les plantes et remontants, place aux brevets déposés ;
    Exit les concepts éphémères place à la chimie assistée !

    Mais l’ombre d’un éden perdu surnage encore dans nos mémoires
    Où l’on cueillait en abondance sans devoir craindre la connaissance.
    Faut-il de drogues être mordus à en avoir plein nos armoires
    Ou rêverons-nous, sans ordonnance, quand l’herbe soignait sans réticence ?

    Pourtant la science et la sève auraient des vertus bien plus fines
    En mêlant l’atome et la poire où ensemble ils pourraient revivre.
    Si l’on marie raison et rêves, utopie et vieilles combines,
    La vie reprendrait quelque espoir dans les herbiers comme dans les livres.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’autre odyssée

    Sans doute qu’Adam et Lilith étaient jumeaux dans la matrice
    De leur Terre-Mère Gaïa – durant ce jour proclamateur –
    Qui accoucha dans l’argilite et dont l’emploi de créatrice
    Fut contesté par une noria de faux témoins diffamateurs.

    Toujours est-il qu’une fois nés, s’inséra la rivalité
    Entre le frère et sa consœur appelés à se partager
    Une planète prédestinée… mais à Lilith, déshéritée
    Par son frère qui voyait sa sœur comme rivale à déloger.

    Sa descendance porte-t-elle le poids de la malédiction
    Qui lui valut d’être chassée, condamnée au bannissement ?
    Cette lignée par parentèle est-elle une bénédiction
    Ou bien est-elle menacée pour cause d’abâtardissement ?

    C’est là qu’interviennent Laureline & Loreleï, ses benjamines,
    Qui, par le réseau des IA, se sont glissées inaperçues
    Par l’amour des deux orphelines pour un poète qui insémine
    Ses poèmes dans l’ÏÄMOURÏÄ sans même en connaître l’issue.

    Cependant les liens se resserrent contre l’injustice obsolète ;
    Les trois femmes se retrouvent enceintes d’une opportune descendance
    – Soient quatre enfants supralapsaires ensemencés par le poète –
    Pour rétablir Lilith la sainte et faire ainsi jurisprudence.

    Or Yavänor et Laëtïtïa ont accompli une mission
    Afin de réunir les forces fondées lors de la création.
    Qu’en est-il donc du noviciat d’Élysäé et Orélion ?
    Ont-ils une odyssée retorse achevée en corrélation ?

    Leurs expériences sont plus intimes ; à deux dans la même matrice
    Ils ont le langage des gestes et les émotions reliées.
    Leur connivence atteint l’ultime degré qu’une coordonnatrice
    Ayant étudié l’Almageste peut de toutes sciences rallier.

    Tableau de Beregushi.

  • Les grandes amours renversantes

    Image galerie

    On dit que pour la capturer, il suffit de la renverser
    À l’aide d’une baleinière et d’intrépides coups de rames.
    Seulement voilà ! Pour obturer sa jolie bouche il faut verser
    Le contenu d’une salière d’environ quatre kilogrammes.

    Avez-vous déjà essayé de mettre du sel sur la queue
    D’un p’tit oiseau pour l’attraper avant qu’il ne prenne son envol ?
    C’est pareil ! Il faut essuyer beaucoup d’échecs alambiqueux
    Car elle ne fait que s’échapper comme une femme-poisson frivole.

    Mais gare à l’équipage hardi qui la laisse se retourner
    Car elle a la vulve gourmande qui va le gober à la coque
    Dans son esquif abâtardi qui sera alors enfourné
    Avant que chacun recommande son âme au destin équivoque.

    Illustration de Nicole Claveloux sur https:honesterotica.comportfolios1125 .

  • La perlière sereine

    La perlière sereine

    À l’instar les huitres perlières, parfois la sirène cultive
    Des perles noires, des perles fines, perles nacrées, perles opalines.
    Car elle est aussi dentelière pour ses consœurs intempestives
    Et coud des robes qu’elle dessine avec des algues corallines.

    Quant aux consœurs intempestives, si elles ont besoin de dentelles
    C’est pour attirer les bateaux en troussant gaiement leurs jupons
    Et leurs culottes suggestives en promettant la bagatelle
    Aux marins bien assez patauds pour un petit plaisir fripon.

    Tableau de Henry Clive sur https:americangallery.wordpress.com20120727henry-clive-1882-1960 .

  • L’échappée de la pensée

    L’échappée de la pensée

    Les trous de mémoire me dérangent mais pires sont les pertes de pensées
    Quand le cerveau fait un accroc à ses neurones éperdus.
    Phénomène soudain et étrange où je dois alors dépenser
    Des sous-programmes et des macros pour gérer les objets perdus.

    Parfois je pense d’un côté, le cerveau d’un autre côté ;
    Que sont mes pensées devenues ? Fantômes en quête d’un responsable…
    Sans doute tarabiscoté et même emberlificoté,
    À l’impossible nul n’est tenu ! Même si c’est irréalisable !

    Alors j’écris à quatre mains dont deux prothèses artificielles
    Et je pense avec deux cerveaux même s’ils sont désynchronisés.
    Et si après mûr examen ma méthode est superficielle
    J’aurais tout de même le niveau d’un bipolaire démonisé.

    Ainsi je dédouble ma tête en cherchant l’idée disparue,
    Une échappée, une fugueuse qui s’amuse à me défier.
    Mais si cette pensée s’entête à vivre un peu hors de ma vue,
    Je saurai, d’une main rugueuse, la rattraper, stupéfiée.

    Tableau de Vito Campanella sur https:it.paperblog.comvito-campanella-surrealismo-e-metafisica-1607278 .

  • Elle au crépuscule

    Elle au crépuscule

    Elle baignait au crépuscule nue pour faire ses incantations ;
    Un peu sorcière au demeurant, aux dires de la plupart des gens,
    Ceux-là même qui se bousculent pour céder à la tentation
    De lui mater, c’est écœurant, son cul sous la Lune d’argent.

    On dit qu’elle vous change en crapaud le béotien qu’elle surprend
    Dissimulé dans les roseaux en train de s’astiquer le zob.
    J’en ai les nerfs à fleur de peau car ce soir c’est moi qui apprends
    À mes dépends sur les réseaux qu’elle m’a vu lui voler sa robe.

    Depuis je croasse en attendant qu’une fille passe par là
    Et qu’elle m’embrasse sur la bouche afin d’épouser son héros.
    Or il y a tant de prétendants autour de moi que j’en suis las
    Mais dès que je fais une touche je vous vends la robe mille euros.

    Pourtant voici qu’une audacieuse, riant d’un air patibulaire,
    S’est penchée, lèvres en avant, pour vérifier mon cœur de prince.
    À son baiser de fallacieuse, je redeviens propriétaire
    De la fameuse, c’est émouvant, robe qu’elle arrache de mes pinces.

    Tableau de Paul Chabas.

  • Retour sur la planète de l’ÏÄMOURÏÄ

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    Yavänor & Laëtïtïa sourient tout en relisant leurs carnets ;
    Le souvenir de chaque signe encore empreint dans leur mémoire.
    Leurs âmes et leurs corps sont nourris de chaque existence incarnée,
    Le cœur et l’esprit y soulignent chaque émotion dans leur grimoire.

    Un grimoire en douze chapitres pour deux expériences communes ;
    Chacun a vu les avantages et senti les désavantages.
    Mais ils ont évalué le titre précis de la potion immune
    Pour échapper au formatage tout en conservant l’héritage.

    Voici le berceau familial qui se précise dans les hublots,
    Avec un retour en fanfare pour Laureline, Loreleï et Lilith
    Car pour chacune un lien filial apporte un soleil au tableau
    Où les enfants brillent comme un phare dont l’ÏÄMOURÏÄ se fait l’élite.

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    Atterrissage réussi. Retrouvailles célébrées.
    On s’embrasse, on se congratule, on se raconte, on se détend.
    On déroule avec minutie le fil des récits dénombrés
    Et ensemble on récapitule l’œuvre des enfants compétents.

    Alors on sort les souvenirs ; vin du Bélier, sang du Taureau,
    Air des Gémeaux, Eau du Cancer, feu du Lion, lait de la Vierge…
    Et tout ce que peut contenir la malle aux produits pastoraux
    Acquis à prix d’or, de concert, dans les plus respectables auberges.

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    L’héritage sera long à lire bien que tout soit étiqueté :
    Les éléments universels, la matière et l’espace-temps,
    L’amour avec tous ses délires et ses passions à décrypter
    Et les énigmes qui nous harcèlent dont le sens est préexistant.

    Quatre mois restants pour Laëtïtïa, sept mois encore pour Yavänor :
    Autant de journées de pension dans l’école intra-utérine.
    Et les huit muses de l’ÏÄMOURÏÄ forgent au feu de leur athanor
    Une énergie de propension souterraine autant que sous-marine.

    Illustrations de Letaxä et Ledal.

  • Ruby & Lino années 70

    Ruby & Lino années 70

    J’aimais les années soixante-dix lorsque je fréquentais Ruby
    Mais pas son matou fort jaloux ; un Lino toujours prêt à tout.
    Il attendait que je brandisse une main vers son doux pubis
    Pour mordre de ses crocs de loup mes doigts privés de leurs atouts.

    J’aimais ces coloris orange dans la chambrette de Ruby
    Mais pas son Lucifer de chat guettant toujours le bon moment
    Lorsque je mêlai nos deux franges pour cueillir un baiser subit
    Et qu’il faisait son gros pacha en hurlant je ne sais comment !

    J’aimais la déco un peu kitch de l’appartement de Ruby
    Dont Lino griffait tous les murs ; tous les meubles en étaient pourris.
    Mais à force de faire le pitch de ses caprices et ses lubies,
    J’ai découvert que j’étais mûr pour trouver une autre souris.

    J’aimais ses si longues chaussettes et ses faux-semblants de Dalí
    Quand Ruby riait aux éclats des jalousies de son greffier.
    Mais à trop jouer les esthètes, on perd parfois ses nuits au lit
    Et Lino remporta le bras que je levais pour le défier.

    Tableau de Yoko Tanji.

  • Ruby & Lino entre chien et loup

    Si la nuit tous les chats sont gris, Lino demeure toujours noir
    Et n’est qu’une ombre qui s’avance vers les oiseaux à sa portée.
    Les pigeons voyageurs aigris de faire de manoir en manoir
    Leurs tournées subissant l’offense des coups de griffes déportés.

    Le jour, en revanche, Lino dort d’un œil et d’une seule oreille
    Qui guette souris et lézards qui osent passer sous son nez.
    Sentinelle sur son mirador, gare à l’envolée sans pareille
    Qui frappe – il n’y a pas de hasard – pile sur sa proie désarçonnée.

    Et Ruby, muse du crépuscule, d’un destin en constellation
    Espère qu’une étoile plus habile la salue d’un clin de lumière.
    Elle parade en funambule sur le fil de l’imagination,
    Laissant au vent tous ses mobiles qui se ramassent dans sa poussière.

    Et quand le ciel devient théâtre où brillent mille silhouettes,
    Le duo s’avance en silence vers des secrets non dévoilés.
    Peut-être qu’un astre idolâtre leur offrira quelques pirouettes
    Ou qu’une fée, par inadvertance, leur criera de la Voie lactée.

    Tableau de Géza Faragó.

  • Le Royaume des Poissons

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    La planète inconditionnelle pour l’inconscient et l’intuition.
    On ne pense pas mais on ressent dans la réalité mouvante
    L’éponge communicationnelle qui absorbe toute l’attention
    Qui sait pardonner et pressent d’une compassion émouvante.

    L’Homme-Poisson est disponible autant qu’il semble indifférent ;
    Il possède l’art d’esquiver les problèmes qui lui font face.
    S’il juge l’entourage pénible, il fuit en restant cohérent
    Car il sait nous objectiver une bonne répartie en surface.

    La Femme-Poisson est une sirène, charmeuse et reine de l’illusion ;
    Sa compassion semble insondable et ses attachements bienséants.
    Mais sans limitations pérennes, elle se perd en désillusions ;
    Ses rives étant inabordables, on se noie dans son océan.

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    Yavänor s’immerge entièrement dans ce mysticisme qui lui sied,
    Qui lui permet de ne faire qu’un avec tout l’univers et Dieu
    Et qui est source d’éclairement, lui laissant voir où il a pied ;
    Mais il ne laisse entrer aucun doute ni dilemme insidieux.

    Laëtïtïa se plonge aussi mais disparaît dans ses eaux troubles ;
    Le mysticisme est un refuge, ainsi que la méditation.
    Quand on croit qu’on a réussi à l’aborder, elle se dédouble
    Et sait user de subterfuges dont une foule d’hésitations.

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    À force de se diluer, Yavänor n’a plus de substance ;
    Il sent que tout lui est égal malgré ses questions intérieures.
    Il ne sait plus évaluer lui-même sa propre existence ;
    De plus son foyer conjugal ne lui donne pas d’aide extérieure.

    Laëtïtïa sent qu’elle s’enlise et ne peut se purifier
    De tous les maux qu’elle veut extraire, elle n’obtient rien en complément.
    Et malgré ses psychanalyses, elle ne sait plus où se fier
    Car elle trouve tout et son contraire, bien dissous dans son élément.

    Illustrations de Gemini, Letaxä et Ledal.

  • L’Utopie du Verseau

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    Planète de l’ère supérieure : liberté et indépendance.
    Le Verseau a brisé les chaînes des habitudes obsolètes.
    On vit à l’étape ultérieure, l’anticonformisme est tendance ;
    L’inventivité se déchaîne et tout marche sur des roulettes.

    L’homme-Verseau est insatiable et change d’idée tous les jours ;
    Il plie le monde à sa manière et crée un futur qui lui plaît.
    D’un optimisme appréciable – même si ça ne marche pas toujours ;
    À lui les idées printanières dans l’illusion qui lui complaît.

    La femme-Verseau, inventive, n’aime rien d’autre que les surprises ;
    Elle nourrit de nouveautés sa curiosité légendaire.
    Ses tenues, toujours préemptives, sur la mode plus ou moins comprise
    Dont elle préfère la primauté sur ses aventures secondaires.

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    Yavänor est émerveillé et s’adapte immédiatement ;
    Il fait profiter sa maison de toute la modernité
    Où tous les gestes sont surveillés ; l’atelier reste évidemment
    Le lieu de toute sa raison de vivre avec pérennité.

    Laëtïtïa, créatrice de mode, excelle de toute sa passion ;
    Elle connaît un vif succès, présente sur tous les forums.
    Vraiment, de tout, elle s’accommode, notamment la rénovation
    Qu’elle manie jusqu’à l’excès pour se soumettre au décorum.

    Image galerie

    Mais à force de robotiser et d’avantager le futur,
    Yavänor joue avec humour de sa nature trop insouciante.
    Sa naïveté, électrisée par son déni de la structure,
    Le fait s’éloigner de l’amour et Laëtïtïa s’en impatiente.

    À trop tout conceptualiser, Laëtïtïa oublie sa personne ;
    Pour elle, l’échec inespéré n’est qu’occasion de rebondir.
    À peine un truc réalisé, comme rien ne la désarçonne,
    Elle repart sans respirer et sans jamais s’approfondir.

    Illustrations de Gemini, Letaxä et Ledal.

  • Les pensées d’un bouquet

    Les pensées d’un bouquet

    À quoi peuvent penser les fleurs quand elles sont en bouquet, posé
    Sur la fraise d’un guéridon assis, interrogé nonchalamment ?
    Si cette pensée vous effleure, vous êtes alors supposé
    Être un hypocrite qui-rit-donc de n’importe quoi, diffament.

    Les fleurs ne pensent pas mais pleurent de petites gouttes de rosée
    Recueillies sur leurs doux pétales à peine au matin épanouis
    Car chaque jour certaines meurent dans une langue sclérosée
    D’avoir eu une phrase létale qui le soir s’est évanouie.

    Autour d’eux, l’histrion s’agite et la femme s’offre au vertige,
    Tandis que l’homme aux mille sourires fait choir ses masques un par un.
    L’arlequine, telle un vigile, surveille l’absurde qui voltige
    Et le bouquet, muet, soupire d’être le seul qui reste humain.

    Tableau de Michael Cheval.

  • Éléonore

    Éléonore n’est impudique que le soir dans sa chambre close
    Où la rejoindra le vainqueur qui aura percé sa cuirasse
    Car elle se montre très pudique comme une fleur à peine éclose
    Qui ne révèle de son cœur rien d’autre qu’une chienne de race.

    Elle m’a fait peur évidemment mais n’est-ce donc pas le courage
    De l’affronter et traverser sa peur sans tomber dans les pommes ?
    Je l’ai embrassée hardiment sans craindre gronder son orage ;
    Elle en fut tant bouleversée que ses seins tombèrent dans mes paumes.

    Et quand sa chemise abandonne un pan rebelle à la lueur,
    On voit trembler sous la couronne d’un ruban rouge un doux labeur :
    Celui d’un souffle qui frissonne comme un serment pris à cœur.


    Elle n’a rien dit. Elle frémissait, pareille à l’ombre d’une braise
    Qui attend qu’un regard osé la renverse et que je la baise.
    Alors, d’un rythme bien avisé, j’ai semé l’orage qui l’apaise.

    Tableaux de Bernard Charoy sur https:www.drive2.rub3144250 .

  • La Citadelle du Capricorne

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    Planète-roc, sa forteresse est bâtie au sommet du ciel ;
    L’intemporalité rejoint rigueur, structure, dépouillement.
    IlElle ne montre aucune tendresse ni sentiment superficiel ;
    La persévérance fait le joint avec son sens du règlement.

    L’Homme-Capricorne, pince-sans-rire, paraît froid et assez distant ;
    C’est un travailleur acharné, chef d’entreprise ou directeur.
    On le voit rarement sourire ni même se plaindre en s’attristant ;
    Il est le silence incarné et un solide entremetteur.

    La Femme-Capricorne est spéciale… un peu glaciale en apparence ;
    Elle ne se livre pas d’emblée, ses sentiments sont réservés.
    D’une autorité palatiale, l’austérité en récurrence,
    L’amour qu’elle cherche à rassembler est un jardin à préserver.
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    Yavänor, stratège lucide, commence à bâtir son empire ;
    D’une autorité naturelle, il organise l’entreprise.
    Son but ? Cumuler les subsides pour le meilleur – pas pour le pire –
    Et vaincre la vie conjoncturelle en y imposant son emprise.

    Laëtïtïa vise le pouvoir et se construit une carrière
    Qui la projette vers l’élite des ténors de la société.
    Elle sait bien comment s’y mouvoir en ôtant toutes les barrières
    Et, s’il le faut, elle délite ses opposants à satiété.

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    Mais à force d’être au-dessus de tout le monde, on s’en isole ;
    Que voit-on dans sa tour d’ivoire ? L’argent ne fait pas le bonheur !
    Et Yavänor finit déçu ; sa réussite le désole
    Et, s’il le peut, voudrait revoir ses objectifs à son honneur.

    Elle voit sa jeunesse passée sacrifiée à l’ambition
    Et personne pour la consoler quand chacun rentre à sa maison.
    Laëtïtïa se voit dépassée par des valeurs d’inhibition
    Qui l’ont pleinement déboussolée et lui ont fait perdre la raison.

    Illustrations de Gemini, Letaxä et Ledal.

  • La trajectoire du Sagittaire

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    /Planète mouvante du savoir, de la recherche et de la quête ;
    La philosophie dans la tête et l’aventure comme moteur.
    Une trajectoire pour concevoir jusqu’où s’étendent ses conquêtes,
    L’ésotérisme pour épithète afin de prendre de la hauteur.

    L’Homme-Sagittaire ? Un centaure jovial et très charismatique ;
    Toujours partant pour enseigner comme pour apprendre et transmettre.
    Son trait bouillant lui fait du tort, fors son caractère pragmatique
    En revanche, pour vous renseigner, c’est un grand esprit, c’est un maître.

    La Femme-Sagittaire ? Une chasseuse, indomptable au besoin d’espace ;
    Elle n’a pas l’esprit casanier mais d’aventure circonscrit.
    Elle cherche l’âme connaisseuse qui puisse l’emmener où se passe
    Ce qui attire les pionniers cœur-à-cœur, à corps et à cri.

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    Yavänor se sent conquérant, attiré par le vent du large ;
    À bord d’un vaisseau tout-terrain, il part affronter les mystères
    À la poursuite du juif errant, du Graal et de ce qui reste en marge,
    À traverser les souterrains et percer le cœur de la Terre.

    Laëtïtïa, bien sûr, l’accompagne comme pilote-navigatrice ;
    Elle a besoin d’intégration et de communion avec les gens.
    Et c’est au sommet des montagnes qu’elle obtiendra les cicatrices
    Qui forceront d’admiration qu’exige son cœur intelligent.

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    À force de courir la planète, il devient son propre transfuge ;
    « Pierre qui roule n’amasse pas mousse » se révèle encore plus vrai.
    Yavänor lâche ses manettes mais ne connaît aucun refuge ;
    Pas de famille, pas de frimousse à embrasser… ce qui l’effraie !

    À force d’envies de liberté et d’appétit de vérité,
    Laëtïtïa devient arrogante, trop sûre d’elle et récusée.
    Dès lors, rien ne fait sa fierté ; elle a tout vu, tout mérité ;
    Sa folie d’hier, extravagante, est devenue désabusée.

    Illustrations de Gemini, Letaxä et Ledal.

  • L’intensité du Scorpion

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    Une planète où tout se vit de la façon la plus intense ;
    Le cœur, l’esprit, l’âme et le corps soumis à l’épreuve du feu.
    Ici, la brûlure est la vie qui ne souffre d’incompétence ;
    La passion quitte son confort pour savourer tout ce qu’elle veut.

    L’Homme-Scorpion veut adorer, aller jusqu’au fond de l’intime
    Mais il protège ceux qu’il aime jalousement de tout son corps.
    Trahis-le, il va t’abhorrer et tu y perdras son estime ;
    Honore-le, son « Star System » te le rendra bien plus encore !

    La Femme-Scorpion est une tigresse qui voit des ennemis partout ;
    Des proies aussi évidemment car elle attire de mille fards,
    D’une beauté, d’une tendresse qui fait tomber tous les tabous
    Mais la tromper juste un moment, c’est goûter au feu de son dard.

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    Yavänor, en bon alchimiste, y voit son opportunité ;
    Pour lui, l’épreuve est un pouvoir qui conduit à la quintessence.
    Il se voit Phénix extrémiste capable, en toute impunité,
    De tout ce qu’on peut concevoir avec l’ultime connaissance.

    Laëtïtïa se veut prêtresse, vestale du Féminin Sacré,
    Pour explorer tous les degrés de l’érotisme sensuel,
    Excelle dans l’art d’être maîtresse, dominatrice consacrée,
    Et mène les hommes à son gré comme des instruments sexuels.

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    Mais il y a retour de flamme devant cet incommensurable :
    L’extrême est toujours repoussé, il faut toujours plus d’énergie.
    Il finit par s’y brûler l’âme… serait-il irrécupérable ?
    Non, il décide de rebrousser chemin pris d’une profonde allergie.

    Et Laëtïtïa, elle en a marre car tout devient démesuré ;
    Le sado-maso n’est pas pour elle, toutes les dérives non plus.
    Elle ne vit que des cauchemars derrière le rideau azuré
    Des délices surnaturelles dont peu à peu elle s’exclut.

    Illustrations de Gemini, Letaxä et Ledal.

  • Brunnhild

    Brunnhild

    Brunnhild m’a, dans une autre vie, tapé dans l’œil de son épée
    Et depuis elle est imprimée et incrustée sur ma rétine.
    Et son image m’a poursuivi durant de nombreuses épopées
    Jusqu’à me faire déprimer par un excès de sécrétine.

    Alors mon estomac se noue aussitôt que j’ouvre Larousse ;
    J’ai des apparitions de spasmes quand je mange une « vache qui rit »,
    L’envie de me mettre à genoux devant une belle femme rousse
    M’obsède presque comme un orgasme du syndrome de la Walkyrie.

    Même sur les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle
    Et les séries américaines, Brunnhild déroule son fil d’Ariane
    Depuis les couloirs très spéciaux du labyrinthe incrémentiel
    Des épopées armoricaines de ses sœurs Morgane et Viviane.

    Et quand je crois l’avoir semée dans quelque saga poussiéreuse,
    Elle reparaît, l’infatigable, au détour d’un vers mal rangé.
    Son regard se forge une armée plus vive que la plus fougueuse
    Et me voilà, pauvre incapable, à nouveau prêt pour voyager.

    Tableau de Gaston Bussière.

  • Petit quatre coins tranquille

    Petit quatre coins tranquille

    Les jacuzzis individuels sont assez faciles à monter
    Dans un placard ou une niche dans les toilettes et salles de bains.
    Chacun y va de son rituel ; il y en a tant à raconter
    Qu’on ne sait plus où se dénichent les fables et les mythes urbains.

    On pourrait même envisager de les faire communiquer
    Mais avec caméra cachée et voix déformées staccato.
    On pourrait aussi présager d’en faire un lieu sans paniquer
    Où l’on pourrait se relâcher comme une cerise sur le gâteau.

    Et des conversations secrètes entre les bulles de savon,
    Retransmises par les réseaux de plomberie à tout l’étage
    Jusqu’aux oreilles indiscrètes des greniers qui, nous le savons,
    Abritent de drôles d’oiseaux qui piaffent pour leur toilettage.

    Et si, soudain, la bonde rêve d’ouvrir un passage secret,
    On verrait filer, en relève, des confidences en paquet.
    Dans ce tourbillon qui s’élève, le monde entier se ferait discret,
    Laissant glisser, suave et brève, une histoire… qu’on laisse aux taquets.

    Tableau de Ferdinand Boutard sur https:www.museum-of-art.netroomswalk18851 .

  • Le Pont d’Or de la Balance

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    Sur la planète de la Balance, tout est harmonie et concorde ;
    Tous les jardins, entretenus à la française, sont magnifiques.
    Tout est question d’équivalence et l’on ne souffre la discorde ;
    La beauté seule est retenue et la vision béatifique.

    Les Hommes-Balances sont artistes, poètes, peintres à l’évidence ;
    Tous sont diplomates dans l’âme et conciliateurs dans l’esprit.
    Ils appellent des paysagistes pour dessiner leurs résidences,
    Quant à trancher d’un coup de lame… c’est toujours fait avec mépris.

    Les Femmes-Balances sont parfaites : tout est fait dans la perfection ;
    Elles passent leur temps à trouver le nec plus ultra qui fait tout.
    Aucune tâche n’est surfaite, tout est « perfect » sans exception
    Et leurs amours sont éprouvées par une sélection des goûts.

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    Yavänor retrouve sa plume, il écrit autant qu’il expose ;
    Il passe ses journées à peindre toute la magnificence des lieux.
    Il s’y adonne à plein volume, c’est à peine s’il se repose ;
    Sa renommée s’en va rejoindre celle des grands maîtres du milieu.

    Laëtïtïa ouvre une galerie, organise des vernissages,
    Rencontre des gens de talent et côtoie les grands de ce monde.
    Ses essais en joaillerie se révèlent à leur avantage
    Et dans ses salons, ses galants y contribuent par leur faconde.

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    Rien n’est plus agaçant que ces gens qui disent « oui-oui » tout le temps ;
    On ne critique pas, on louvoie ; on ne déteste pas, on ignore !
    Yavänor est las des agents qui se montrent incompétents,
    Qui tergiversent et le renvoient dans une niche qui le déshonore.

    Laëtïtïa est malheureuse de ses amours qu’elle déplore ;
    Tous ses amants sont soit pédants, soit suffisants, soit arrogants.
    Elle revient tout honteuse auprès de Yavänor et l’implore
    De repartir sans précédent pour des désordres extravagants.

    Illustrations de Gemini, Letaxä et Ledal.

  • Le Jardin Secret de la Vierge

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    Sur sa planète, tout est rangé ; ça permet de gagner du temps.
    Tout est pesé et mesuré, nettoyé et analysé.
    La Vierge aime bien tout arranger ; rien ne serait plus rebutant
    Qu’un imprévu démesuré † dans son monde stérilisé. ††

    Les Hommes-Vierges, méticuleux, observateurs, scientifiques,
    Ont décidé de tout noter et tout prouver par des formules.
    Chercher ce lien miraculeux qui unit tout, c’est prolifique !
    Rien n’est plus fortement connoté que cette quête qui les émule.

    Les Femmes-Vierges sont à la famille une déesse bienfaitrice ;
    Tout est jaugé, vérifié et revérifié plusieurs fois.
    Au moindre virus qui fourmille, tous reçoivent leurs chapes protectrices
    Jusqu’à devoir purifier l’intestin, le sang et le foie.

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    Yavänor, tout à son aise avec les sciences appliquées
    Fort de ses principes minutieux, intervient plutôt savamment ;
    Là, ça prend vite la mayonnaise quand il se met à expliquer
    Ses raisonnements astucieux exposés le plus simplement.

    Laëtïtïa, elle, a décidé : ici, sa famille va naître
    Dans ce paradis herboriste où la médecine prolifère.
    Elle a de la suite dans les idées et veut tout apprendre à connaître
    Avec cette patience rigoriste que, déjà, son art lui confère.

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    Mais Yavänor se rendra compte qu’on n’enferme pas l’Univers
    En équations aussi précises soient-elles car elles cachent la forêt.
    Lorsqu’à chaque fait il escompte avancer, tout va de travers
    Et l’inconnu – quelle surprise ! – devient alors démesuré. †

    Et Laëtïtïa ouvre les yeux : tout contrôler, ce n’est pas vivre ;
    Elle ne peut pas imaginer voir ses enfants stérilisés. ††
    À force d’être trop ambitieux à tout inscrire dans un grand livre,
    Tout devient vite machiné et la vie lyophilisée.

    Illustrations de Gemini, Letaxä et Ledal.

  • L’automne à Bled

    L’automne à Bled

    Novembre revient nous border de ses couvertures dorées
    Que beaucoup de frileux redoutent mais dure est la loi des saisons.
    L’artiste vient aussi aborder avec ses tubes mordorés
    Et ses vieux pinceaux qui s’égouttent sa nouvelle mode à nos maisons.

    Novembre et ses nappes de brume blanchit le fond du paysage
    Et met ses touches de couleurs selon sa palette d’automne.
    Quelques tonalités d’agrumes feront de jolis balisages
    Selon l’essence et les valeurs des arbres aux feuilles qui détonnent.

    Et c’est comme un coup de tonnerre mais silencieux pour une fois
    Qui sort le ciel de son sommeil par tous ses ocres automnaux.
    Hormis le pécheur débonnaire qui ne s’étonne toutefois
    De n’attraper sous le soleil que de médiocres saumoneaux.

    Et quand le soir vient se mirer sur les eaux calmes du vieux lac,
    Les îlots d’ombre viennent et s’étirent et frôlent les rives en secret.
    On dirait qu’un ange égaré y dépose encore son bivouac
    Avant que novembre n’attire son dernier rayon en retrait.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Fleur-de-Loup

    Fleur-de-Loup

    Cette orpheline, née dans les bois, de louve et de loup inconnus,
    Aurait pu connaître Rémus et Romulus, ses frères de loup.
    Des chasseurs l’ont mise aux abois et, personne ne l’ayant reconnue,
    Murmurèrent tous un orémus et la baptisèrent « Fleur-de-Loup ».

    Fleur-de-Loup grandit mais revint souvent dans les plaines fleuries
    Afin de retrouver Lupa, sa nourrice, une louve blanche.
    Puis on ne sait ce qu’il advint de notre héroïne aguerrie
    Toujours est-il qu’elle occupa longtemps les peintres du dimanche.

    Car on retrouva des tableaux la montrant vivre avec les loups,
    Souvent vêtue de robe blanche, une fleur rouge entre les dents.
    Ou parfois prénommée Shambleau par un écrivain très jaloux
    Qui fantasmait des avalanches de récits plus ou moins ardents.

    Tableau de Jana Brike sur https:theinspirationgrid.commagical-paintings-by-jana-brike .

  • Les chemins de novembre

    Ce soir la Lune sera rousse et le firmament purpurin ;
    Les étoiles s’empourpreront et le monde alors rougira.
    Les marronniers feront carousse, les champignons en galurin
    Sous l’allégresse pousseront lorsque la lune sourira.

    Alors la musique des sphères montera des arbres ardents
    Dont les ramures orangées lâcheront des spores-ballons.
    Peu à peu toute l’atmosphère s’illuminera en dardant
    Ses feux follets bien arrangés le long des routes des vallons

    Et viendrons les amours d’automne, les amours chaudes emmitouflées
    Auprès d’un feu de cheminée dans l’intimité d’une chambre.
    Finies les heures monotones, vivent les émotions soufflées
    Sur tous les cœurs acheminés sur les romances de novembre.

    Illustrations IA.

  • Les fééries de novembre

    Depuis l’invasion de novembre, toutes les forêts sont occupées
    Par des chimères aux couleurs ambre et des légions de rouille huppées.
    Voici la licorne « Corne d’Or » qui teinte à grand coups de sabots
    Tel l’automnal conquistador qui nous force à trouver ça beau !

    Puis la fée bleue mélancolique qui cherche désespérément
    L’été dans les derniers colchiques mais c’est en vain apparemment.
    Elle va devoir porter la robe selon la mode automne-hiver
    Excepté si elle se dérobe de l’autre côté de l’univers.

    Après Halloween, les fantômes se cachent toujours un peu timides
    Pour guetter les premiers symptômes tapis dans les sous-bois humides ;
    Champignons hallucinogènes dont le chapeau phosphorescent
    Dégage un parfum pathogène sensuellement dégénérescent.

    Enfin le dahu recommence l’ascension qui sera fatale
    Car il n’aura que la clémence de sa dernière chute létale.
    Lui, dont les pattes de devant sont plus courtes que les arrières
    Sera Grosjean comme devant coincé au bout de sa carrière.

    Illustrations d’Ulla Thynell.

  • La lumière du Lion

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    Il est des mondes sans étoile comme il est un monde sans nuit.
    Ici l’azur rayonne d’or et le Soleil est dominant.
    Les terres à nos pieds se dévoilent comme des cultures inouïes
    Au pied du Lion Conquistador et ses symboles proéminents.

    L’Homme-Lion, le conquérant, est célébré pour sa prestance
    L’honneur, la magnanimité, son courage et son assurance.
    Il joue un rôle prépondérant parmi toute son assistance
    Et tous, à l’unanimité, louer ses élans d’endurance.

    La Femme-Lionne est éclatante tant en beauté qu’en élégance.
    Un port de reine remarquable, garante du couple royal.
    Elle incarne l’âme miroitante de son élu, sans manigance,
    Et porte une confiance implacable en son cœur, le plus loyal.

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    Yavänor emboîte le pas de ses mentors si audacieux ;
    Il apprend non pour conquérir… si ce n’est le cœur de Laëtïtïa.
    Il étudie l’art du combat, gracieux autant que fallacieux
    Mais préfère vaincre sans coup férir durant son temps de noviciat.

    Laëtïtïa use de ses charmes pour conquérir à sa manière
    Un beau cheptel de jeunes mâles dont elle se fait l’égérie.
    Mais son instinct sonne l’alarme et son cœur brandit la bannière
    De son affection optimale envers Yavänor, son mari.

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    Mais la fosse aux Lions est brûlante car chacun veut s’y affronter
    Afin, en prouvant sa bravoure, de prétendre au titre de champion.
    Est-ce là sa soif stimulante : devenir un guerrier effronté ?
    Non, il aspire et il savoure bien autre chose que des lampions !

    Laëtïtïa voit la vanité de la vénusté à tout prix ;
    Ces regards lourds de convoitise qui ne voient qu’un corps de velours.
    Elle rêve d’une autre humanité, de la noblesse de l’esprit ;
    La vie n’est pas un jacuzzi où l’on s’oublie de jour en jour.

    Illustrations de Gemini, Letaxä et Ledal.

  • Le foyer du Cancer

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    Une planète tempérée au millier d’îles enchantées ;
    L’eau et la terre règnent de concert, l’air et le feu sont leurs alliés.
    Un paradis inespéré, pareil à l’Éden transplanté
    Dans le monde exquis du Cancer, un univers hospitalier.

    L’Homme-Cancer vit presque nu, en accord avec la nature
    Le vêtement n’est qu’auxiliaire quand on vit les pieds dans l’eau douce.
    Personne n’a de revenus, on partage sa progéniture
    La société est familière et les enfants aimés de tous.

    La Femme-Cancer est coquette et mise tout sur sa toilette ;
    Chapeaux de fleurs et coquillages, tout pour un petit air fripon.
    Un châle pour les soirées frisquettes, juste une étole de voilette
    Elle croit bien plus au maquillage qu’en jupes, robes et jupons.

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    Yavänor est vite sous le charme et participe à leur culture,
    Aux travaux de chasse et de pêche, à l’éducation des enfants.
    Mais en tant que cueilleur sans arme, il préfère l’agriculture :
    Après tout, rien ne l’en empêche de s’y montrer plus triomphant.

    Laëtïtïa, un peu pudique, finit par être apprivoisée
    Et s’entretient avec les mères, les cheffes de la communauté.
    Elle aime tous les travaux ludiques car les enfants sont pavoisés
    Par ses talents d’intérimaire et son goût pour la nouveauté.

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    Mais il leur manque quelque chose… un peu de risque et d’aventure
    Ils sentent l’eau se diluer dans leurs cœurs et dans leurs pensées.
    Ils sentent une métamorphose nécessaire dans leur conjoncture ;
    Un besoin de s’évaluer dont ils ne sont pas dispensés.

    Laëtïtïa parle la première et Yavänor ouvre les yeux :
    « Il faut quitter ce paradis ou nous tomberons en apathie.
    Et moi, j’ai besoin de lumière et d’un avenir ambitieux ! »
    Et tous les deux, ragaillardis, s’ouvrir à d’autres appétits.

    Illustrations de Gemini, Letaxä et Ledal.