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  • La femme-araignée

    La femme-araignée

    Après les Parques, l’araignée qui tisse les fils de la vie
    Que les trois sœurs ont déroulés durant toute l’humanité,
    Dont chaque fibre est imprégnée de nos folies, de nos envies,
    De nos existences écoulées entre l’orgueil et la vanité.

    La femme-araignée prend la suite pour nous enfermer dans sa toile
    Et dévorer au fil du temps nos moments les plus croustillants.
    L’homme, toujours à la poursuite de la course autour des étoiles,
    N’est qu’un aliment consistant moqueur, suave et gouleyant.

    Photo de Rebecca Litchfield.

  • Fantasmagoriquement vôtre

    Entre les fondus-enchaînés sur la pellicule du temps,
    Les pauses et les ralentis sur les meilleurs évènements,
    Où sommes-nous donc entraînés, nous, les comédiens débutants
    Sur un scénario pressenti joué nous ne savons comment ?

    Il faudrait relire l’histoire de toutes les civilisations,
    Revivre les amours célèbres de toutes les générations,
    Dénouer les secrets notoires qui restent sans explication
    Et faire sortir des ténèbres notre modeste consécration.

    Tableaux de Catrin Welz-Stein et Christian Schloe.

  • La Tour Bönickhausen

    La Tour Bönickhausen

    Né Bönickhausen, son vrai nom – pour les français imprononçable –
    Gustave Eiffel fut reconnu comme un ingénieur autochtone.
    J’ose imaginer le renom qu’aurait sa Tour impérissable
    Si sa souche eut appartenu à la descendance teutonne.

    Et pourquoi pas un Champ-de-Mars rempli de moutons de Panurge
    Avec des vaches qui regardent passer les bateaux sur la Seine ?
    Avec un berger pour comparse au lieu d’un président qui purge
    La république par mégarde au pas d’une marche malsaine.

    Tableau d’Ivan Generalic.

  • Les tours de Babel

    Les tours de Babel

    Et si Dieu avait inspiré l’être humain à se rapprocher
    En élevant son habitat au plus près du septième ciel ?
    Et si l’homme avait conspiré contre l’idée de s’accrocher
    De peur qu’Il ne cohabitât dans ses quartiers résidentiels ?

    Autant de tours, autant de langues, autant de projets échoués ;
    Autant de brouilles et de discordes, autant de peines et de frictions.
    Autant de novlangues et virelangues, langues de bois inavouées
    Afin que jamais l’on ne s’accorde à voir dans la même direction.

    Tableaux de Minoru Nomata.

  • Main-de-jour et main-de-nuit

    J’ai la main pleine de fourmis lorsqu’un rayon me la caresse
    Tandis que je suis endormi et que je traîne par paresse.
    Enfin, un par un tous les pores s’ouvrent pour saluer le jour
    Tandis que j’écarte les stores et l’agite pour un bonjour.

    J’ai la main encore en éveil lorsque brille un rayon de Lune
    Tandis qu’encore je surveille les étoiles naissantes une à une.
    Enfin, l’heure vient confirmer par les douze coups de minuit
    Tandis que dorment à poings fermés mes deux mains qui rêvent à la nuit.

    Sculptures de Nicola Tripodi.

  • Composition alchimique

    Composition alchimique

    Tout est objet d’inspiration, tout est source d’illumination,
    Transformé au cœur de l’artiste par une alchimie poétique.
    D’une plume d’admiration trempée dans la sublimation
    Guidé de sa muse qui l’assiste par ses voyages hypothétiques.

    Pour lui, les oiseaux sont des anges que la peinture a convertis ;
    D’or et d’argent issus d’étoiles aux autres couleurs de la Lune.
    Il lit dans l’âme des mésanges son propre cœur introverti
    Qu’il représente sur la toile teinté d’une verve opportune.

    Tableau de Remedios Varo.

  • En mariant les méridiens aux parallèles

    En mariant les méridiens aux parallèles

    En reliant les méridiens jusqu’à leurs pôles opposés,
    En franchissant les latitudes de part et d’autre de l’équateur
    Selon le rythme circadien en parallèles supposés
    Conformément aux longitudes chères aux plus grands navigateurs,

    Le cartographe alors découvre dans ce réseau enchevêtré,
    Non pas une carte du tendre mais la constellation du cœur
    Avec une étoile qui ouvre une romance interprétée
    Par la femme qui sait attendre celui qui reviendra vainqueur.

    Tableau de Christian Schloe.

  • Trois-quart

    Trois-quart

    Minuit-trois-quart, je me retourne tout en sueur, le cœur battant
    J’ai rêvé que la Terre tourne au rythme des sabots de Satan.
    Six heures trois-quart, je tourne encore ma langue sept fois dans la bouche
    Avant d’appeler Eléonore, à me rejoindre sous la douche.

    Midi-trois-quart, je virevolte, j’ai l’estomac dans les talons
    D’une assurance désinvolte, je pique-nique dans le salon.
    Six heures trois-quart, je tournicote au quatre coins de ma maison
    Eléonore me bécote et me fait l’amour sans raison.

    Photo de Joe Cavazos.

  • Symphony on green

    Le printemps nous a composé une symphonie embrumée
    De sons chargés de grosses gouttes sur sa partition délavée.
    Les instruments décomposés nous jouent un été enrhumé
    Qui ne parvient à notre écoute qu’en coups portés sur les pavés.

    Le réchauffement planétaire ainsi que la montée des eaux
    Luttent ensemble pour survivre dans un monde qui caracole.
    C’est la réponse de la Terre à la question dont les réseaux
    Débattent tant que je m’enivre de pluies diluviennes sans alcool.

    Tableaux de Duy Huynh.

  • Rhapsody in blues

    Sans la fête de la musique, sonne la Rhapsody in blues
    D’un été un peu trop timide qui n’ose chasser le printemps.
    Le piano devient amnésique d’une composition jalouse
    Entre des notes un peu humides qui dégoulinent en suintant.

    Mignonne, allons voir si s’arrosent les caprices et les tourmentes
    Qui nous agitent les saisons d’une planète en confusion !
    Or si le printemps fut morose, l’été de façon alarmante
    Bat du tonnerre sans raison avec des pluies à profusion.

    Tableaux de Duy Huynh.

  • Le blues de la femme d’affaires

    Le blues de la femme d’affaires

    Assise sur la corde raide du présent qui fait la frontière,
    Je méditais sur mon passé ; j’imaginais mon avenir.
    Un futur marqué par l’entraide promise à la planète entière
    Et nos afflictions surpassées par un progrès en devenir.

    J’ai fait des plans sur la comète à l’âge où tout m’était promis ;
    J’ai même décroché la Lune qui me tendait ses bras ballants.
    Je ne sais plus où j’ai la tête et j’ai fait trop de compromis
    Sur des placements de fortune aux mouvements bringuebalants.

    Tableau de Christian Schloe.

  • Sale temps sur la planète !

    Sale temps sur la planète !

    Il fait sale temps sur la planète avec des vents d’époque épiques
    Qui bouleversent les traditions sous des pluies de technologie.
    J’ai beau parler sur internet dans des réseaux sociaux typiques,
    L’amour entre en contradiction avec l’épistémologie.

    Et je me raccroche à la rose qui, hier matin, à peine éclose,
    M’a invité à retrouver le chemin de la liberté.
    Je lâche mes pensées moroses de peur que mon âme n’explose
    Vers un petit nid approuvé où l’amour n’a point déserté.

    Tableau de Christian Schloe repris le 15.05.2022 « Lily Magnolia ».

  • L’apocalivre – 2

    Les pages ont pris la liberté d’une indépendance informelle
    À se raconter elles-mêmes des histoires extraordinaires.
    On voit les livres disserter, ouverts dans les rues pêle-mêle,
    Et se dégarnir sans dilemme avec les plus gros dictionnaires.

    Aussi vite qu’un cheval ailé qui s’envolerait au galop,
    Les livres partent à l’aventure et bientôt prennent de la hauteur.
    Mais ils ont beau se rebeller à en devenir mégalos,
    À tirer trop la couverture, ils y perdront leurs droits d’auteur.

    Et ce qui devait arriver est arrivé en prévision :
    L’homo-libris, sorti de presse, est la prochaine évolution.
    Tant pis pour les hommes rivés au poste de télévision,
    Son successeur déjà se presse à faire sa révolution.

    Tableaux de Wolfgang Lettl.

  • L’apocalivre – 1

    Pour contrer les épidémies qui ont enfermé les bouquins
    Derrière des grilles d’interdits et un zèle d’obscurantisme,
    J’ai engagé l’Académie Française et tout le Saint-Frusquin
    À contrer les abâtardis de cet inique ignorantisme.

    Tandis que l’on faisait l’amour dans des positions arbitraires,
    Les romans se sont envolés suivant les guides de voyage.
    Ensuite, les livres d’humour accompagnés par les libraires
    Ont décollé à la volée avec le reste des ouvrages.

    Ils seraient en villégiature loin des rayons des librairies
    Dans un paradis littéraire à l’abri des autodafés.
    L’absence de littérature déçoit toutes les confréries
    Depuis les bibliothécaires jusqu’aux terrasses des cafés.

    Tableaux de Wolfgang Lettl.

  • Paris sous Seine

    Paris sous Seine

    Au pied de la Dame de Fer, dans le Champ-de-Mars sous la Seine,
    L’Orient-Express transatlantique vous emporte au fond des abysses.
    Et moi, dans l’humide atmosphère où baigne le bois de Vincennes,
    Je m’enivre des authentiques herbes infusées de cannabis.

    La locomotive entre en gare de Notre-Dame-sous-Paris
    Où quelques poissons mécontents s’enfuient au fond des océans.
    Alors je cherche du regard celle avec qui je m’apparie ;
    La sirène de Ménilmontant qui m’épouse aujourd’hui céans.

    Tableau de Michael Raaflaub.

  • Sur les toits de Paris

    Sur les toits de Paris

    À six cents mètres de la Tour, comme une trotteuse affolée,
    Une fille courait sur les toits pour échapper au temps qui passe.
    Pas un témoin aux alentours. Dommage, elle aurait raffolé
    D’avoir un compagnon courtois pour lui murmurer à voix basse :

    « Allons-nous asseoir sur le zinc comme deux beaux chats de gouttière
    Qui sauteraient de chiens-assis et de lucarnes en belvédères !
    Aimons-nous à toute berzingue, à genoux sur les tabatières,
    Sur les charpentes et les châssis des toits du Paris légendaire ! »

    Illustration de Jean-Pierre Gibrat.

  • La reine des mers

    La reine des mers

    Dans une mer d’huile d’olive, issue des fruits de la Provence,
    La reine, détail accablant, lorsque personne ne l’observe
    Nage et regagne dans l’onde vive d’un océan d’eau de jouvence
    Son palais bâti en fer blanc des belles boîtes de conserve.

    Si vous voulez la visiter, n’utilisez pas d’ouvre-boîte
    Mais juste une clef à sardines, elle en appréciera le geste.
    Offrez-lui l’exclusivité de votre présence adéquate
    Et mettez l’iPhone en sourdine puis, simplement, tombez la veste.

    Si elle vous propose son lit, bordé d’herbes aromatiques,
    Elle vous en sera tout ouïe jusqu’à presqu’en perdre la tête.
    Lors, aimez-la à la folie avec du vinaigre balsamique
    Ensuite, si elle s’en réjouit, avec du piment d’Espelette.

    Tableau de Gabriel Pacheco.

  • Au cœur de l’œuvre

    Où faut-il puiser l’origine du tableau avant sa naissance ?
    Dans l’impalpable ou l’invisible des réseaux de la noosphère
    Ou la mémoire qui se pagine dans ses feuillets de connaissance
    Ou le canal imprévisible que seul le cœur sait satisfaire ?

    Entre deux rêves, entre deux songes souvent les muses me racontent
    Une histoire à dormir debout sur un écran surréaliste
    Teint de vérités et mensonges selon la nature du conte
    Mais dont j’ouvrage jusqu’au bout la peinture immatérialiste.

    (Tableaux de José Roosevelt sur http:www.juanalberto.ch19831984.html .
    La noosphère représente l’espace composé de l’ensemble des consciences et des pensées humaines.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • L’homme sans tête

    L’homme sans tête

    Je vins à vous, la tête vide, un corps tout neuf et l’esprit vierge
    Pour que vous pussiez m’initier aux quatre vertus cardinales.
    Toute mon âme était avide d’humanité qui la submerge
    Par des solides amitiés et des amours phénoménales.

    J’ai découvert que la justice devait jouer de tempérance
    Par une épée à double lame mais aussi à double tranchant
    Entre droiture et injustice à employer avec prudence
    Selon que la force de l’âme assouvisse ou non ses penchants.

    Photo Le Cirque Du Soleil.

  • Loufoqueries avec des chiffres et des lettres

    De stalactites en stalagmites, entre girafes et girofars,
    Les mots s’emboîtent dans ma tête comme une Fermeture Éclair.
    J’ai outrepassé les limites du dictionnaire qui m’effare
    De substantifs en épithètes qui me contraignent à y voir clair.

    J’ai aussi compté les lapins dans la suite de Fibonacci
    Mais les nombres ont interféré entre chiffres pairs et impairs.
    Alors sur mon petit lopin, ils se sont, avec anarchie,
    Multipliés et transférés au rythme d’une cadence hors pair.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Le Maître du Soleil

    Le Maître du Soleil

    Sous le soleil incandescent, la Terre apprête ses cultures,
    Sous le chapeau condescendant, la tête accommode un chef-d’œuvre.
    L’artiste, sans doute reconnaissant de le trouver dans la Nature,
    Éprouve un pouvoir transcendant qu’il suffit de mettre à l’épreuve

    Toutes les vagues de chaleur qui mouvementent l’atmosphère,
    L’air échauffé et miroitant qui occasionne les mirages,
    Matérialisent la valeur du Grand Maître et son savoir-faire
    Car patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.

    Tableau d’Alireza Karimi Moghaddam.

  • Comme un éléphant…

    Quel est le poids de la mémoire d’un pauvre éléphant qui observe
    Son monde devant sa fenêtre au fil des nuits et des journées ?
    Combien de pages fait le grimoire des évènements qu’il conserve
    Depuis le jour qui l’a vu naître jusqu’à sa dernière tournée ?

    Tous les souvenirs consignés dans le réseau de l’existence
    Sont enregistrés dans l’espace d’un éther non incorporé.
    Et le contrat qu’il a signé lui garantit la persistance
    Jusqu’à ce que, quoi qu’il se passe, son destin soit corroboré.

    Tableaux de Lars Van De Goor.

  • Un 51, sinon rien !

    Un 51, sinon rien !

    Une dégustation en aveugle du millésime de l’année
    Nous remet l’émotion en bouche des jours et des mois distillés.
    D’abord, que demande le peuple sinon sa vie enrubannée
    De réussites en plusieurs couches et de victoires compilées ?

    Goûte alors du meilleur tonneau la vinification des jours
    Et reprends-en de la bouteille toutefois sans craindre l’ivresse !
    Goûte les sucs méridionaux des meilleurs crus que tu savoures
    Nous t’en offrons une corbeille, nous les déesses de l’allégresse.

    Réjouis-toi, prend donc un verre de l’élixir de la jeunesse
    Qui grise la première fois mais que l’on aime reconduire.
    Après une année de calvaire mais réussie tout en finesse
    Reconnaissons-le toutefois, tu n’as cessé de nous séduire.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Les voyages en Escalator

    Les voyages en Escalator

    Fi des voyages en avion, des journées à l’aéroport !
    Vivent les Malls et les Drugstores et leurs lignes d’Escalator !
    C’était écrit, nous le savions, sans recours au moindre passeport,
    Dans les snacks où l’on se restaure d’un Tiramisu Salvatore.

    Assis aux degrés gigantesques, naturellement à contresens
    Quelle sera la destination et les meilleures offres de prix ?
    Boutiques de mode pittoresques pour l’effervescence des sens
    Avec une jubilation pour un Gadget du dernier cri

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La femme est une île

    La femme est une île

    Que mon cœur se plaise à choisir celle qui surgira des eaux
    Pour se révéler l’île vierge où bâtir notre paradis.
    Où il fera bon à loisir faire l’amour dans les roseaux
    Afin que le bonheur converge vers les légendes de jadis.

    J’en ai croisé d’inaccessibles avec barrières de corail
    Qui font fuir les aventuriers et les amours illégitimes
    Et d’autres trop insubmersibles, isolées derrière leurs murailles,
    Que contournent les long-courriers de peur d’en être les victimes.

    Pour la mienne, j’ai inventorié toutes les cartes maritimes
    Jusqu’à trouver la perle rare dans les océans helvétiques.
    Une ile non répertoriée excepté dans mon journal intime
    Marquée d’une pierre de Carrare, blanche, immaculée, prophétique.

    Photo de Laima Kavaliauskaité.

  • Sous surveillance

    Sous surveillance

    Grâce à nos nouveaux téléphones, on nous écoute où que nous sommes ;
    Grâce aux cameras embarquées, nous nous faisons tous remarquer.
    Grâce à nos cartes de crédit, nos comportements sont prédits ;
    Grâce à nos courses sur le net, nous sommes fichés sur la planète.

    Grâce aux vaccins obligatoires, les labos sont jubilatoires ;
    Grâce aux voyages organisés, le tourismes est mécanisé ;
    Grâce à notre télévision, nous baignons dans une illusion
    À laquelle nous sommes attachés, il est trop tard pour s’en cacher.

    Tableau de Robert Giusti.

  • L’Amante attirante

    L'Amante attirante

    Ta démarche m’a plu, sortant soudain des nues ;
    Ton parfum m’a ému, chère et tendre ingénue.
    Je t’ai tendu les mains, déposées sur un sein
    Puis, autour de tes reins caressant ton bassin.

    Comme une vraie sirène, ton doux chant m’hypnotise ;
    Je ne sais pas comment mais, ton charme m’attise.
    Et c’est plus fort que moi, ma nature profonde,
    Si je suis attiré comme une âme seconde.

    Tu te moques de moi et souvent m’humilie.
    Tu ne m’appelle jamais et me laisse avili.
    Tu fais semblant de dire que tu ne penses qu’à moi,
    Mais tu me laisses seul et sans le moindre émoi !

    Enfin un jour tu prends un futile prétexte
    Qui m’envoie promener d’un grotesque contexte.
    Tu me laisses tomber, disant que j’ai la rage ;
    Moi, je reste sonné sans force et sans courage.

    Tableau de Fabienne Barbier

  • Mon atelier

    Dans l’atelier, tout mon désordre subit l’ordre de mes pensées
    Et mes pensées en confusion troublent la suite de mes idées ;
    Idées qui donnent du grain à mordre et du talent à dépenser
    Que je remets en perfusion dans mon sang neuf suroxydé.

    Puis, la nuit vient accommoder tout ce qui reste à décanter
    Et le lendemain, le chaos n’en est que plus incohérent.
    Je n’en suis point incommodé ; l’inverse me ferait déchanter
    Car le désordre crée des cahots qui me rendent proliférant.

    Tableau de Remedios Varo.

  • La bulle de rêves

    La bulle de rêves

    Le grand pouvoir de la rêveuse réside en sa bulle de silence
    Qui l’isole d’une part du monde dans un royaume inaccessible.
    L’ensemble des fibres nerveuses abandonnent toute vigilance
    Pour une liaison vagabonde avec des limbes impossibles.

    Bien sûr, ce n’est qu’une utopie pour s’échapper du matériel
    Où le cerveau se prédispose à puiser dans l’imaginaire.
    Un pays vierge de l’entropie de ce désordre caractériel
    Qui l’agite et qui l’indispose en réduisant son ordinaire.

    Tableau d’Armando Barrios https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201511Armando-Barrios.html .

  • Le coup du parapluie

    Le coup du parapluie

    Ce petit coin de paradis sous l’abri de mon parapluie,
    Je le travaille, comme il se doit, les jours d’orage, évidemment.
    Ainsi je vais, d’un pas hardi, proposer mon abri fortuit
    À la première que je coudoie, en l’invitant élégamment.

    À partir de la quatrième, je suis suffisamment rodé
    Et je commence à négocier mon abri au le prix d’un baiser.
    Le croiriez-vous ? Pas de dilemme ! Toutes s’y sont accommodées ;
    Beaucoup l’ont très apprécié et pas une seule n’a refusé.

    Illustration de Claudia Lucia McKinney.

  • Transmission de pensées

    Transmission de pensées

    Dans la musique du silence de l’ombre bleue d’un jour d’été
    Je paressais dans la fraîcheur d’une ruelle ensommeillée.
    Oubliant toute vigilance, dans une quiétude hébétée
    Un chat s’allongea, l’air bêcheur, sur le côté ensoleillé.

    Que pouvait donc penser ce chat avec ses allures de pacha ?
    J’en fus soudain récompensée par la transmission de pensées :
    « Plutôt que jouer comme un pied sur les marches de l’escalier,
    J’y joue plutôt de mon séant ; le style est beaucoup plus seyant. »

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Mélancolie d’un jour de pluie

    Que faire quand il n’y a rien à faire ? Voilà le but de l’existence !
    Que dire quand il n’y a rien à dire ? Telle est la question de la vie !
    Ressasser n’est pas mon affaire, je dois me rendre à l’évidence
    À défaut de ne me prédire que réflexions d’un même avis.

    Lire pourrait tromper l’ennui, écrire pourrait me fair frémir,
    Chanter ferait tomber la pluie et ça suffit pour aujourd’hui !
    Il ne fait pas encore nuit, il est trop tôt pour s’endormir
    Et mon esprit, en court-circuit, ne rêverait que parapluies…

    Tableaux d’Armando Barrios https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201511Armando-Barrios.html .

  • Le principe d’Archimour

    Le principe d’Archimour

    Deux corps qui entrent en contact subissent une poussée des sens
    Selon le principe écoulé des cœurs plongés en compassion.
    Rien ne ressortira intact des âmes en reconnaissance
    Et l’esprit, loin de dessaouler, connaît l’ivresse de la passion.

    J’ai vu ces témoins du désir, s’évaporer en feux follets
    Quand l’amour fait des étincelles après un violent coup de foudre.
    J’ai perçu l’écho du plaisir retentir d’un cri affolé
    Quand le puceau et la pucelle voient leurs émotions se dissoudre.

    Tableau d’Anna & Elena Balbusso sur https:www.cuded.compaintings-by-anna-elena-balbusso .

  • Les fantômes du Louvre

    Les pensées des anciens modèles s’échappent la nuit de leurs cadres
    En des couleurs fantomatiques qui réfléchissent les bleus de l’âme.
    Parfums de lys et d’asphodèles se répandent autour de l’escadre
    Dans des volutes aromatiques qu’exhalent d’ultimes petites flammes.

    Toutes ensemble forment des flambeaux, ces témoins de l’impressionnisme
    Rallient les écoles modernes aux sources de l’antiquité.
    Depuis Carthage et Salammbô, en hommage au perceptionnisme,
    Flammeroles follettes et lanternes en raniment l’authenticité.

    Tableaux d’Enki Bilal sur http:www.belle-etoile.frgalleriesenki-bilal-les-fanto%CC%82mes-du-louvre .

  • Ça pousse comme des champignons !

    Ça pousse comme des champignons !

    Pour rompre avec les traditions, il naîtra dans les champignons
    Notre prochaine génération de rejetons plutôt trognons.
    Mais gare aux garçons vénéneux et aux filles empoisonnées
    Avec visages boutonneux, mal chapeautés, mal façonnés.

    Afin de mieux les reconnaître au sein des nombreuses familles
    On choisira, au pifomètre, séparément garçons et filles.
    Un vrai retour à la nature grâce à la mycétologie
    Qui rendra nos progénitures plus végétatives aux logis.

    On se dira : « C’est malheureux cette drôle d’évolution
    Qu’a dû subir l’humanité à cause d’apprentis sorciers
    Qui, par leurs discours chaleureux et leurs vaccins en solution
    Injectable pour l’immunité, ont fait de nous des sacrificiés.

    Photo de Riitta Ikonen & Annie Collinge.

  • Une vie de roman

    Une vie de roman

    Le cliquetis de la machine rythmé à mon pas cadencé,
    La feuille de papier qui monte comme l’aurore à l’horizon,
    L’original qui se pagine en fonction de mon avancée,
    La page blanche que je surmonte pour me sortir de ma prison.

    De mon clavier aux mille clefs qui m’ouvrent la route du tendre,
    Des lettres en noir qui la jalonnent, du rouge auquel je n’ai recours,
    Du manuscrit enfin bouclé dont la fin se faisait attendre,
    Et de l’article en deux colonnes qui me vaudra le prix Goncourt.

    Tableau de Jim Tsinganos.

  • Le manoir de l’ombre et de la lumière

    Le manoir de l’ombre et de la lumière

    Dans mes nuits trouées d’insomnies, s’ouvrent des portes anonymes
    Que rien ne distingue du noir, excepté une réminiscence
    Parasomnies et sexsomnies, comme deux rêves synonymes,
    Me sollicitent en leur manoir de l’obscure luminescence.

    J’y redécouvre toutes les scènes qui ont jalonné mon enfance,
    Les acteurs et les seconds rôles dans des films pas très orthodoxes.
    Quelques situations obscènes dans lesquelles j’étais sans défense
    Et pour terminer, le plus drôle, absurdités et paradoxes.

    Tableau d’Anna & Elena Balbusso.

  • Le virus de l’improbable

    Rien ne sert de s’imaginer l’invraisemblable perfection,
    Il faut appréhender à point l’imprévisible instantané.
    Le créateur, contaminé par le virus de l’exception,
    Cherche l’agréable contrepoint de l’immaculée spontanée.

    Aussitôt qu’il trouve sa proie, il fait semblant de dessiner
    Mais en réalité transmet son obsession pathologique.
    Et tandis que le dessin croît, guidé d’une main fascinée,
    Son modèle subit, fantasmé, la contagion graphologique.

    Sitôt rentrée, elle griffonne, elle dessine trait pour trait,
    Se met nue devant le miroir pour satisfaire à son caprice.
    Elle prend des poses bouffonnes, elle fait son autoportrait
    Et amoncèle dans ses tiroirs toute sa folie dévastatrice.

    Illustrations de Jean-Pierre Gibrat.

  • Le cahier bleu

    Belle, sans ornements, dans le simple appareil
    D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil,
    Elle s’habilla vite et courut se cacher
    Dans le fauteuil crapaud de velours soutaché.

    Dans l’ombre de l’attente qui oppresse le temps,
    Son âme se connecte à son cœur chuchotant.
    Puis, le regard hagard, elle arrête de penser
    Et toute sa beauté en est récompensée.

    Sous les feux du soleil, sa beauté se confond
    Dans l’ombre et la lumière qui forment un puits sans fond
    Où s’engouffrent ses formes, divine silhouette
    Élancée dans envol de la frêle alouette.

    (Illustrations d’André Juillard.
    Les deux premiers vers sont de Jean Racine.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Une fille à la barre

    Une fille à la barre

    Une fois larguées les amarres d’un amour perdu à jamais,
    Le cœur s’en va à la dérive sur le canal de la tristesse.
    La fille blessée en a marre et se laisse aller désormais
    N’importe où et, quoi qu’il arrive, en fonçant à toute vitesse.

    Mais la vie d’un fleuve tranquille connaît le calme et la tempête
    Et ce n’est plus le gouvernail mais le courant qui l’éconduit.
    La fille, comme une presqu’île sur l’océan de l’escampette,
    Refleurira, vaille que vaille… néanmoins c’est elle qui conduit.

    Illustration de Jean-Pierre Gibrat.

  • La complexité de l’être

    La complexité de l’être

    Compliqué de s’imaginer quelle est ma vie d’avant la vie !
    Vivais-je dans les chromosomes de mes parents, coupé en deux ?
    Comment l’un s’est invaginé et comment l’autre l’a suivi ?
    Suis-je un démon ou un fantôme né d’un mariage hasardeux ?

    Je découvrirai la réponse certainement après la mort ;
    Hors de ma vie et hors du temps de l’univers indéfini.
    Car toutes mes pensées absconses ne représentent que l’oxymore
    D’un être qui fait le battant entre le zéro et l’infini.

    Tableau de Tank Art.

  • Racines mammalogiques

    Racines mammalogiques

    Explorant la souche ancestrale de l’arbre généalogique
    Passant par la branche discrète des escales obstétricales,
    J’ai retrouvé la magistrale hérédité mammalogique
    De la féminité secrète via son cordon ombilical.

    Tout en remontant du présent jusqu’aux origines de l’homme,
    Je suis entré en connexion avec notre Ève originelle.
    Son féminin omniprésent a vibré dans mes chromosomes
    M’accordant cette réflexion et cette image émotionnelle.

    Tableau d’Yseult Digan alias YZ sur https:create78d4.myportfolio.comyz .

  • Pyramide

    J’aime quand l’artiste rejoint la pyramide des besoins
    Et quand les acrobates ensemble miment le monde qui nous ressemble
    Par une simple observation de leurs propres motivations.

    Au sol, les hommes physiologiques s’assurent des lois de la logique ;
    Debout, les hommes sécuritaires se révèlent surtout solidaires ;
    Assis, les hommes de l’affection ne montrent aucune défection ;
    L’homme de l’estime de soi est apprécié quoi qu’il en soit ;
    Quant à l’homme d’accomplissement il voit son resplendissement…

    Si la crise de la quarantaine sape le moral du capitaine,
    Il n’aura qu’à recommencer d’autres pyramides romancées.

    Le Cirque Trois-Rivières sur https:quebec.huffingtonpost.ca20150203cirque-du-soleil-hommage-beau-dommage-trois-rivieres_n_6605906.html .

  • Entre les lignes

    Entre les lignes

    Entre les lignes de mes reflets, entre les lignes de ma prose,
    Le véritable messager se cache derrière le rideau.
    Parfois il me glisse un pamphlet selon une pointe d’humeur morose,
    Parfois un trouble passager selon l’heur de sa libido.

    Parfois rusé et astucieux, il commence à me laisser faire
    Puis, brusquement après deux vers, d’un sourire au coin de la bouche,
    Dévie mon texte minutieux pour une tout autre atmosphère
    Et prévient que, d’un seul revers, à la fin de l’envoi, il touche.

    Tableau de Simona Fedele sur http:jennhales.comshop .

  • La petite idée derrière la tête

    La petite idée derrière la tête

    Juste une idée derrière la tête qui naît d’une nuit de récolte
    Que tous les beaux rêves ont semée et les étoiles ont fait mûrir.
    Je la recueille l’air en fête taisant mes chagrins révoltés
    Qui, hier encore, ont parsemé ma vie en vue de l’ahurir.

    Je ne sais si Dieu l’a voulue ou bien si je l’ai attisée
    Mais l’idée neuve s’épanouit chaque matin fidèlement.
    Mais je ne suis point trop goulu à prétendre être divinisé
    Sinon l’idée s’évanouit et moi… déçu cruellement.

    Tableau de Jenn Hales sur http:jennhales.comshop .

  • Héros de papier

    Héros de papier

    Drogué à l’encre du plaisir de m’identifier aux héros
    Des aventures de papier aux confins des pages brochées,
    J’aimais cultiver le désir de suivre chaque numéro
    Depuis l’école, rentrant à pied et faisant maints et maints crochets.

    Depuis la Grande Pyramide, quarante siècles d’aventures
    Ont sonné l’écho des histoires, en plusieurs tomes déclinées.
    Garçons et filles, bien timides, sortaient de leurs mésaventures
    Par chaque pas vers la victoire des héros de bandes dessinées.

    Illustration de Jean Pierre Gibrat.

  • Les Louis Lumières

    Les Rois Louis sur leurs lampions remontent encore sur le trône
    Lorsque sonne l’anniversaire de leurs mémoires transcendantes.
    Et plus on compte de champions de l’art de porter la couronne,
    Plus brilleront dans les ténèbres leurs montgolfières ascendantes.

    Le Roi est mort, vive le Roi ! Les Louis sont en république
    Mais on les sacre pour l’honneur d’un souvenir valorisant.
    Et moi qui en ai deux ou trois dans l’arbre généalogique
    J’expédie au petit bonheur ces quelques petits vers luisants.

    Tableaux de Joze Shimazaki.

  • Les châteaux ronds

    Les châteaux ronds

    Ils ont des châteaux ronds, vive la Bourgogne !
    Ils ont des châteaux ronds, vivent les bourguignons !

    Avec ses derniers habitants, soldats de l’armée allemande
    Qui l’ont quitté pour la débâcle malgré leur culpabilité,
    Ç’aurait été discréditant que la France le réprimande
    Et que la société renâcle à nous le réhabiliter.

    Château médiéval de Meauce sur https:www.bourgognemagazine.compost20170611château-de-meauce-résurrection-annoncée-53 .

  • Au bon lait !

    Sans doute, les vaches ont du lait dont maintes mamelles s’épanchent
    Grâce à des déesses en jupons qu’on entend le soir dévaler.
    Sur les toits du monde ondulés, ces nymphes versent la neige blanche
    D’où s’écouleront sous les ponts les eaux fertiles de nos vallées.

    Un peu plus haut, dans les alpages, trônent des génies colossaux,
    Des dieux solides et gaillards, des spécialistes du sorbet.
    Après un hiver de trempage, ils en déversent à grands seaux
    Glaces et nappes de brouillard d’un épanchement résorbé.

    Collages de Ben Lewis Giles.

  • La famille Dubois

    La famille Dubois

    Abélard de la Contrebasse et Bérénice du Violoncelle
    Tombèrent ensemble en pâmoison, s’aimèrent et eurent beaucoup d’enfants.
    Monsieur jouait surtout des basses et Madame de la chanterelle ;
    Ils se marièrent au diapason d’un prêtre jouant de l’olifant.

    Avec les cuivres et les bois, les trois aînés violoncellistes
    Furent acceptés comme membres des Amis du Piano Forte.
    En duo avec un hautbois, la cadette, d’abord soliste,
    Rejoignit l’orchestre de chambre plus favorable à sa portée.

    La famille avec ses cachets étendit sa prédominance
    À toute la congrégation des instruments d’orchestration.
    Chacun proposant son archet à sa caisse de résonance,
    On ouït mille interprétations de l’art de l’improvisation.

    Tableau de Thor Lindeneg sur http:sociedadedospoetasamigos.blogspot.com201207thor-lindeneg-pintor-dinamarques.html .