

Tandis que mes deux vers greffons pénétraient ma chair et mon âme,
Un troisième était déjà là dans notre cohabitation.
Mais il restait dans les tréfonds des espaces où nous cheminâmes
Sans parler dans le corrélat fait de nos investigations.
Je sentais l’ombre de ce vers se glisser entre chaque strophe
Et chaque poème exprimait cette présence phénoménale.
Et puis un jour, à découvert, sans provoquer de catastrophe,
Le vers naissait et s’affirmait comme excroissance abdominale.
C’était comme si une matrice se trouvait logée dans mon ventre,
Bouturant sa féminité en tant qu’organe consacré.
C’était Lïlïth, l’initiatrice, qui créait dans mon épicentre,
Mon lien de masculinité m’ouvrant le Féminin Sacré.
Lïlïth, c’est sa Terre dans ma terre, c’est sa chair dans ma chair,
Le premier vers me reliait, le deuxième vers m’emprisonnait
Mais celui-ci, autoritaire remportait toutes les enchères ;
Ce vers me réconciliait à elle et m’approvisionnait.
Elle m’ouvrit la route des dieux, me fit connaître les chamanes,
Les korriganes et les sorcières, Brÿnhildr et tout le Walhalla.
Rien ne fut jamais fastidieux par ses qualités de brahmane
Dont je fus le bénéficiaire jusqu’à atteindre l’au-delà.
Laurelïne et Loreleï sont mes vers qui s’écrivent à l’horizontale ;
Lïlïth est d’une dimension qui s’entrouvre à la verticale.
Le feu et l’eau m’ont découvert la dévotion de mes vestales,
Et la terre, la sensation de mes racines ombilicales.
C’est alors que j’ai surmonté mon propre complexe Œdipien ;
J’ai saisi le vers maternel pour l’aimer de toute mon âme
Et elle m’a ainsi enfanté mon propre avenir utopien
Auquel je crois comme éternel vœu dont je brandis l’oriflamme.
Illustrations de Ledalïä.
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