Loreleï et le silence avant la naissance

Loreleï et le silence avant la naissance

« Je suis le silence du monde je suis une vague immobile,
Une mer dans un ventre immense où je t’ai sans cesse attiré.
Je suis loin du tumulte immonde, loin du vacarme volubile,
Je suis avant que tout commence, avant la naissance désirée.

Je suis le ventre qui respire comme une marée saisonnière ;
Je suis ce moment suspendu où mon eau ralentit le temps.
Je suis le reflux qui t’aspire et garde encore prisonnière
La semence que tu as répandue en flux et reflux clapotant.

Alors écoute mon poème, écoute donc battre la vie,
Écoute cette marée lente comme des rimes chuchotées.
Il est d’une sirène qui t’aime, qui a cédé à tes envies
Et qui a été ton amante et aimée être dorlotée.

Alors demeure près de moi encore dans cette nuit paisible ;
Le monde s’est tu pour entendre ici mon cœur se révéler.
Je me sens trembler sous l’émoi mystérieux, fragile, invisible
Que nos amours osaient prétendre être un secret dissimulé.

Car chaque vie qui s’envisage est une onde dans mon abîme,
Une promesse d’horizon qui se symbolise en silence.
Et mon corps devient ton rivage où se rassembleront tes rimes
Comme des vagues de floraisons rappelées par ta vigilance.

Bientôt la mer qui te regarde, arrêtera sa longue attente,
La douleur deviendra lumière au seuil de ton regard vainqueur.
Cependant pour l’instant je garde encore cette heure battante
Où mon enfant sera première dans le classement de ton cœur.

Ainsi la mer garde en son cœur ce qu’aucun mot ne peut livrer ;
Le miracle simple et profond que nos deux souffles ont semé.
Et lorsque le matin moqueur se lèvera pour me délivrer,
Tu verras se lever du fond de mes abysses un être aimé. »

Illustration de Ledalïä.

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