Lorsque vous dormez tendrement, Yavänor, Loreleï et Laurelïne,
En tant que gardienne divine, je veille sur vos rêves d’or.
J’aime sentir l’enivrement des exhalaisons masculines
Mêlées aux senteurs féminines lorsque votre amour vous endort.
Juste à la lisière des mondes, là où les rêves hésitent encore,
J’en ramasse plusieurs fragments qui se détachent lentement ;
Des envies folles et vagabondes qui se trémoussent sur les corps,
Des désirs chargés des pigments d’inquiétude coupées de tourments.
Je rends aux rêves les soupirs, je capture et garde les songes
Qui vous agitent dans mes filets jusqu’à ce moment de quiétude
Où je vous sens vous assoupir dans les limbes exempts de mensonges
Et je m’en vais me faufiler dans ces voies de mansuétude.
Lorsque je pressens l’aube proche, j’aime marcher nue sur le sable,
Puis m’allonger pour observer les étoiles teintées de messages.
J’entends les oiseaux qui s’approchent dans l’instant indéfinissable
Du premier bonheur réservé à ceux qui guettent le passage…
…Du jour qui perce les ténèbres qui cèdent peu à peu le terrain.
Alors j’écoute le vent chanter ses premiers échos fondateurs
Avec l’aurore qui célèbre l’éclat du soleil souverain
Qui chauffe ma peau enchantée de ses rayons annonciateurs.
Je vais alors baigner mon ventre et lui faire retrouver la mer
Dont les vagues portent les caresses qui bercent mon petit enfant.
Très attentive, je me concentre sur ce qu’il attend de sa mère
En profitant de la paresse dans ce nouveau jour triomphant.
Je cueille les fruits du verger et j’en nourris mon Yavänor
Qui grandit et se fortifie dans mes derniers mois de grossesse.
Je vois les ombres converger vers le crépuscule qui m’honore
D’un spectacle qui seul justifie une journée pleine de richesses.
Illustration de Ledalïä.
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