Les Fleuves de Rubis

« Il nous faudrait un pédalo ! » dit Élysäé sur le parvis
De l’embarcadère aux cellules où les grands vaisseaux s’amoncellent.
Mais le voyage au fil de l’eau est long comme un cycle de vie
Et Orélion trouve un globule pouvant leur servir de nacelle.

Mais les artères sont rapides et l’embarcation est fugace ;
« Empruntons la route paisible du réseau veineux remontant ! »
Orélion a l’esprit lucide et Élysäé, plutôt sagace,
Suggère un canal plus visible pour avancer sans contretemps.

Le canal tremble sous les coups qui font chanceler les parois.
« Le cœur est tout proche à présent et l’oreillette tumultueuse ! »
Le frêle esquif des casse-cous est secoué en plein désarroi
Sous le courant omniprésent d’une force majestueuse.

Ils sont passés mais un danger terrible maintenant les guette ;
Après la première systole, hélas, l’embarcation prend l’eau.
Et brusquement c’est la plongée et, sous l’effet de la tempête,
Ensemble ils subissent la diastole et sont absorbés par les flots.

Le silence des globules blancs. Ils se réveillent abasourdis ;
Les sentinelles défensives les ont recueillis assommés.
Ils s’observent alors en tremblant, la tête complètement assourdie
Par les secousses offensives qu’ils ont dû ensemble assumer.

Embarquement dans la navette qui suit les vaisseaux lymphatiques
Qui leur donne l’immunité par le transport des nutriments.
Ils quittent ainsi à la sauvette le ventricule dramatique,
Saisissant l’opportunité d’en esquiver le châtiment.

« D’après le plan » dit Yavänor, « nous allons pouvoir explorer
L’immense cage thoracique, abri du cœur et des poumons ! »
Ils n’ont donc pas perdu le nord et, sans dommage à déplorer,
Poursuivent la route classique remontant d’aval en amont.

Illustrations de Ledal.

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