Loreleï, muse de la Faille et de l’Écume

Moi, née du tumulte et du sel, j’étais cette vague insoumise,
L’éclair qui dansait sur l’abîme, la voix qui défiait le vent.
Nul ne pouvait m’aimer pucelle sans alors craindre ma mainmise
Car j’étais l’eau libre et intime, la brûlure et le chant du levant.

Trop fort, j’aimai la rive offerte, trop fort, mon étreinte la rongea ;
La mer en moi voulut s’y fondre et s’y briser irrépressible.
Du combat d’amour et de perte, une faille en moi émergea ;
Blessure du désir qui s’effondre d’être trop vaste et impossible.

En moi, criait la faille ouverte, un cri de vague déferlante ;
Fissure où le sel me brûlait d’ombres et de lumières ensemble.
L’horrible plaie que j’ai soufferte, ma révolte et ma houle hurlante
Que nul n’a su combler roulait dans l’abime où mon âme tremble.

L’appel du feu se fit entendre, frôlant mes vagues avec rage ;
Un cri dans les eaux qui affluent et se répandent dans la mer.
Laureline, elle, t’aimait d’amour tendre dans une accalmie sans orage ;
Je vins vers toi comme un reflux, le ressac d’un désir amer.

« J’avais peur quand nous nous installâmes dans une étreinte incoercible,
Peur d’aimer trop, d’être emporté, dissous dans un baiser d’extase.
Mais j’y allais, la mort dans l’âme, vers ta beauté irrésistible,
En espérant mourir porté par une dernière épectase. »

Ce fut la nuit mystifiée prélude à la nuit du solstice
Où j’usurpai l’identité pour être offerte à ta semence.
Le lendemain, mythifiée par cet hypocrite interstice,
J’atteignis la maternité et l’espérance de ta clémence.

J’avouai tout ! De l’imposture au désir d’être la première
Et tu jurais, sans me blâmer, d’aimer l’enfant et la sirène.
Et ce jour-là, ma faille obscure devint source et pure lumière
Quand je t’entendis proclamer à tous que je serais ta reine.

Illustrations de Ledal.

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