Dans la forêt des songes roux, l’amour s’écoule en douce averse
Qui vient ruisseler à nos pieds en ruisseaux aux reflets dorés.
Ainsi le temps, d’un quart de roue, change la mode sans controverse
Pour la parure qui lui sied ; or, ambre, rouille et mordoré.
Or Laureline est reine d’automne par sa chevelure sacrée ;
En robe rousse de saison, la druidesse d’amour se réveille.
Toutes les plantes autochtones appellent aux émotions nacrées
De sa grossesse en couvaison et des ses deux enfants qui veillent.
Alors Lilith bénit la terre, après Loreleï bénira l’eau
Et puis Ledal, les courants d’airs qui feront demain les grands vents.
Et Laureline, volontaire, pose sa main dans un halo
Qui répand le feu légendaire dans le décor en s’y gravant.
Et la terre absorbe la flamme, l’eau se réchauffe doucement
Et l’air se charge d’étincelles ; les quatre éléments sont liés.
Toutes les quatre mêlent leurs âmes dans un feu d’éclaboussement
Qui retombe en pluie jouvencelle sur la nature défoliée.
Puis on entend la terre rire, puis on entend l’eau roucouler
Et puis on entend l’air chanter et ensemble dans un feu de joie.
L’automne alors prend un fou-rire, les oiseaux de caracouler
Et tout un manège enchanté de feuilles volantes rougeoie.
Aussitôt une contagion de jubilation s’éparpille ;
Ici les champignons rigolent et là les pommes se trémoussent,
Les glands se mettent au diapason, la tristesse d’hier se déshabille
Et, entièrement nue, dégringole dans une allégresse de mousse.
Racines et souches se tordent et les talus en touffes pouffent !
Les arbres sont tonitruants et leurs feuilles meurent de rire.
Toute la nature s’accorde ; on rit tellement qu’on s’étouffe
Par le miracle reconstituant de Laureline et son sourire.
Illustration de Ledal.
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