Les anciens dieux sont partagés ; se faire oublier ou revenir ? Jupiter se sent trop âgé d’avoir perdu ses souvenirs ; Vénus hésite en désespoir entre mariage et célibat ; Et Mars a perdu tout espoir de gagner son dernier combat.
Mais Vénus reste divisée ; vivre d’amour n’est pas facile. Elle a sa copie révisée ; vivre d’eau fraîche est difficile. Même si tant de larmes a pleuré et qu’elle en garde une peau tannée, Même si les dieux se sont leurrés, elle viendra seule pour cette année.
Sans doute, le goût du souvenir des neufs mois au fond de la mère, Me donne envie de m’isoler dans cette retraite aquatique. Ce présent au triste avenir me rend son atmosphère amère Et je refuse, désolé, d’inspirer son air apathique.
Plutôt que de porter un masque, je mets la tête dans un bocal Et j’y passe mes vendredis avec deux alevins ballots. Dès que je m’accoutume au casque, j’inonderai tout mon local Afin de vivre, sans contredit, heureux comme un poisson dans l’eau.
Photo d’Ahmed Hassan sur https://www.behance.net/gallery/85430133/Portrait-01?tracking_source=curated_galleries
Au cœur du froid et de l’hiver, les antipodes vivent en été Alors je creuse la planète à travers le manteau terrestre Et j’en appelle à l’univers de me permettre de capter La chaleur d’une midinette durant au moins tout un trimestre.
L’hiver avait bien commencé avec fêtes et décorations Mais voici le mois de janvier et la froidure de février. Tandis que l’été romancé est parti en dérogation Vers les antipodes enviés par ceux de l’hiver décrié.
Pure héritière des sirènes, ambassadrice des poissons, Elle a su devenir leur reine et favoriser leur moisson. Elle est aussi un peu cruelle à sacrifier les meilleurs Pour les revendre dans les ruelles des villages d’ici et d’ailleurs.
Voilà, je range le sapin ; voici, je démonte la crèche ; La paysanne et ses lapins puis, la poissonnière et sa pêche. Tous les santons vont dans leur boîte hiberner durant trois saisons Jusqu’à la période adéquate où ils rejoindront ma maison.
Quand viendra le jour des poissons, la saumure coulera de source Entre requins et mammifères, entre méduses et cétacés. Chacun troublera sa boisson en mettant son grain d’sel en bourse Et les grands pontes des affaires crieront : « Maintenant, c’est assez ! »
Tous les marins, vieux loups de mer, tous les plus grands explorateurs, Les navigateurs solitaires, les capitaines et leurs matelots, Ont croisé la voie des chimères lorsqu’ils ont passé l’équateur, Ont perçu la voix du mystère entre les vagues, au fil de l’eau.
Ne croyez pas qu’elle assassine les hommes par haine ou par rancœur ! La légende et la vérité s’enchevêtrent avec démesure. S’il est vrai qu’à son origine, elle leur dévorait le cœur, C’était pour sa sécurité et pour les avoir à l’usure.
Aujourd’hui, elle dissimule sa jolie queue loin des regards, Loin de ce tourisme imbécile qui pollue plus que de raison. Si la sirène nous stimule et rend toujours les hommes hagards, C’est qu’elle a élu domicile là où le cœur a sa maison.
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Dans le noir éclairé d’une nuit sans ténèbres, Elle a longtemps bercé son ancêtre poisson. Cette ancienne sirène, femme aujourd’hui célèbre Avec sérénité la divine moisson.
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Avez-vous vu nager la sirène sous l’eau ? C’est avec grâce qu’elle accomplit son boulot. Toujours brasser par dix-mille mètres de fond Toujours nager de plus en plus profond.
Aller repérer les sillages des navires Afin que le cœur de l’équipage chavire. Toujours choisir parmi tous ces fiers commandants Celui qui, seul, sera digne d’être son vrai prétendant.
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Aussitôt, tout le monde accourt ! La belle sirène est en tête ! Chacun veut lui porter secours ! Quant à la belle, rien ne l’arrête !
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À force de nous observer d’est en ouest de ses yeux La sirène a décidé de naître de forme humaine Elle a plongé dans la mer dans un saut très périlleux Et s’est échouée sur la plage, elle s’appelle Chimène !
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On ne voit jamais qu’un œil, tantôt le gauche ou le droit Le matin lorsqu’elle ébauche un regard ensommeillé Le soir quand elle se couche et toujours au même endroit. N’observez jamais les deux, c’est vraiment déconseillé !
Le matin, elle met du fard sur ses paupières rosées. Pour effacer les ridelles, elle dépose du fond de brume. Ses cheveux volent au vent dans des volutes arrosés. Les étoiles de mer palissent devant sa beauté d’écume.
Le soir, elle change de couleur dans sa palette orangée, Le fond de son teint est frais et dilué dans les nuages. Les cheveux ébouriffés sur les nues sont arrangés Et dans son dernier regard, l’est un rayon vert suave.
Mais où va la sirène absorbée dans sa nage ? Elle a troqué sa queue contre deux belles jambes. Si elle ne répond pas à notre voisinage, C’est qu’elle n’a plus de voix et d’amour son cœur flambe !
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Elle bronzait nue, là dans les calanques. Elle offrait son corps aux yeux des passants. Moi qui traversais, coupant la salanque, J’avais le regard fort embarrassant.
Ses bras écartés, posés sous la nuque Tendaient sa poitrine aux rayons cuivrés. Moi qui suis normal, pas même eunuque, Mon cœur battait fort jusqu’à m’enivrer.
Elle était sans voix, la belle sirène, Pour ce rendez-vous, elle avait troqué Sa queue de poisson avec sa marraine Contre sa parole qui restait bloquée.
Pas une parole ne sortait de sa bouche. Ni des mots d’amour, ni des mots sucrés. Je n’ai pas compris si j’avais la touche ; Notre liaison était échancrée.
J’ai pris une plume pour écrire alors Quelques mots d’amour sur son joli corps. Elle a répondu brandissant mon sexe Pour tracer sur moi le texte réflexe.
Pour communiquer nous utilisons Ma plus grosse plume et son encrier. Chacun à son tour, face à l’horizon, Faisons couler l’encre jusqu’à en crier !
Elle a tant bramé qu’elle a retrouvé Sa voix et le charme s’est évaporé. Ondulant sa queue sans désapprouver Elle s’est enfuie, là, toute éplorée.
Si à votre tour, vous la rencontrez, Nue et allongée dans une calanque, Pour rompre le charme et pour le contrer, Je n’ai pas d’idées et je suis en manque…
La sirène a troqué une queue de poisson Contre de belles jambes et un cœur sans raison. Ce soir cette fée sera mon berger Mon cœur et mon âme seront immergés !
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J’ai épousé la mer, j’ai marié la sirène Nous nous sommes connus une nuit sans étoile Elle est de sang royal et d’âme souveraine Elle prend des bains de Lune et couche sous mes voiles
Cet échange de sang n’est pas un accident, Il a été gravé sur notre destinée. Notre histoire est connue d’orient en occident Et notre engagement était prédestiné.
Ma princesse vit nue au milieu des rochers, Juste une fleur plantée dans ses cheveux au vent, Coquillages nacrés aux lobes accrochés, Maquillée de rosée et de fards innovants.
Elle vit de soleil et de rayonnement, La Lune est son croissant, le ciel son élément, La mer est son berceau, son enracinement Et moi je la nourris tous les jours en l’aimant.
Son corps est un hommage à sa mère la Terre, Ses seins sont des fruits d’or au sirop excitant, Son ventre cache un trésor, creuset humanitaire, Et j’y verse la vie de mon cœur palpitant.
Elle est partie rebelle, elle a choisi de vivre. Elle a le cœur amer, elle part pour survivre. Elle a laissé derrière et son père et sa mère. Elle part pour construire une vie de chimère.
Mais elle a conservé ses valises chargées, Les conflits non réglés qui l’ont tant submergée. Du courroux de son père, son cœur est surchargé, Il lui faut, pour durer, le besoin d’émerger.
Elle est entre deux mondes, elle n’a pas de domaine, Pas vraiment un poisson, pas vraiment une humaine, Mais en voyant les hommes elle a choisi l’hymen, Qui l’unira à l’un d’entre eux, un spécimen.
Pour charmer son élu, elle se fait Philomène, Le rossignol des dieux depuis la voie romaine. Elle possède un organe prodige, un phénomène, Une voix hypnotique une grâce surhumaine.
Mais elle n’a pas réglé ses comptes avec son père Et quand elle a charmé les humains de la terre, Alors elle se venge de ses crocs de vipère Et tue ceux qu’elle attire d’un coup phagocytaire.
Mais elle a trop pleuré ses amours meurtrières. Pour ressembler aux femmes elle franchit la barrière. Elle a donné sa queue pour une jarretière. Elle a tranché le lien dont elle est l’héritière.
Sa jolie voix charmeuse ne pourra prononcer Plus que des mots d’amour pour son cher fiancé. Aux appels de son père, oui, elle a renoncé ! Son amour est humain, son cœur est renforcé !