Catégorie : Sirènes

  • Sirène, as-tu du cœur ?

    Sirène, as-tu du cœur ?

    Sirène avide de ma chair, as-tu du cœur pour y goûter ?
    Je suis prêt à donner le mien si tu promets de savourer
    Chacun de mes membres si chers à t’enlacer sans redouter
    Le coup de grâce neptunien avec tes dents énamourées !

    Sirène assoiffée de mon sang, as-tu une âme pour le boire ?
    Je suis prêt à t’en reverser du calice jusqu’à la lie !
    Je t’aime trop et j’y consens malgré tes malheureux déboires
    Par nos amours controversées quand tu as sonné l’hallali.

    Puisque nous sommes vendredi 13, offre-moi ma dernière chance
    Et si je faillis, tu me manges sans autre forme de procès !
    Mais je connais ton cœur de braise ainsi que ton intelligence
    Et je sais que ça te démange de me serrer sur ton corset.

    Illustration d’après Catrin Welz-Stein.

  • La toilette de la sirène

    La toilette de la sirène

    Pour la toilette de la sirène, vivent les poissons nettoyeurs
    Aux écailles pareilles à des brosses qui grattent bien la queue d’argent !
    Tous les matins, son corps de reine subit le flot des batailleurs
    Traquant de leurs bouches féroces le plancton en se le partageant.

    Et la sirène n’aura pas honte d’avoir une queue impeccable,
    Les écailles bien récurées et les cheveux bien shampooinés.
    C’est qu’incessamment la mer monte et tout le monde doit être prêt
    Pour concourir à la curée de beaux marins à butiner.

    Pour la toilette ? Juste un collier, un bracelet et une bague ;
    Le corps, bien sûr, entièrement nu pour question d’hydrodynamisme.
    Personne ne sera spolié ; chacune surfant sur sa vague
    Aura sa proie comme convenu, friandes du charnel humanisme.

    Tableau de Colleen Gnos sur https:clubofthewaves.comfeatureinterview-with-colleen-gnos .

  • En remontant le Rhin

    En remontant le Rhin

    À corps perdu, les sirènes courent se jeter dans la narration
    Lorsque celle-ci les emmène tout droit vers les chutes du Rhin.
    Les plus belles légendes parcourent la ligne de séparation
    Des eaux que le relief entraîne au nord des grands courants marins.

    Ainsi dès qu’il pleut la Töss monte et devient un torrent furieux
    Qui va s’écouler dans le Rhin là où Loreleï fait son office :
    Les embarcations qui remontent le fleuve en bateau luxurieux
    Paieront l’écot par un marin offert en guise de sacrifice.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La sirène au matin

    La sirène au matin

    Loreleï est plutôt du matin ; ce qui est, pour une sirène,
    Assez singulier car la nuit, tous les navires sont à quai.
    Et les marins traîne-patins, n’ayant plus la santé sereine,
    Sont plus dociles pour surseoir à une rencontre manquée.

    N’étant ni marin ni flemmard, je l’ai rencontrée par hasard
    En longeant la Töss, en amont, en recherche d’inspiration.
    Elle était encore au plumard, en train de faire le lézard,
    Avec une queue de carnaval qui flairait la conspiration.

    Mais vraie ou fausse, la sirène est une mine de fantasmes
    Et puisqu’on était vendredi, je me suis laissé envoûter.
    Au début, j’étais à la traîne mais dès que j’eus connu l’orgasme,
    Je lui prêtai, sans contredit, allégeance – à n’en plus douter.

    Tableau d’Elisabeth Jerichau-Baumann.

  • Les demoiselles du Rhin – 2

    Les demoiselles du Rhin - 2

    Donc, les trois filles de Loreleï ayant la nostalgie de l’iode
    Gagnèrent la Mer du Nord, la Manche, enfin l’océan Atlantique
    Où elles vécurent de poissonnaille durant une courte période
    Jusqu’à ce que, par un beau dimanche, elles découvrissent l’Amérique.

    Elles connurent les bateaux-vapeur et leur chair tendre et diététique,
    Puis les navires nourris au grain pour un régime végétarien.
    D’autres qui fumaient comme un sapeur avec effet diurétique
    À force de noyer leurs chagrins avec du rhum salvadorien.

    Elles ouvrirent une conserverie et produisirent des aliments
    Appelées « singe » ou « cornet d’rosbif » qui eurent un succès méritoire
    Dans les meilleures beuveries de Bavière où les Allemands
    Ont l’estomac qui se rebiffe après quelques boîtes notoires.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Les demoiselles du Rhin – 1

    Les demoiselles du Rhin - 1

    Rien n’est écrit dans les légendes mais Loreleï avait trois filles ;
    La première brune comme le jais, la deuxième blonde comme les blés,
    La troisième rousse – comme en Irlande les cheveux des femmes roussillent –
    Et comme leur mère les protégeait, les trois sirènes étaient comblées.

    Quant à leurs pères… des marins, piètres victimes du devoir
    Qui après avoir fécondé la Loreleï servaient de mets.
    Pauvres assoiffés de l’or du Rhin, ils finissaient par recevoir
    Une tombe marine inondée et d’anémones parsemée.

    Chaque sirène, dotée de grâce que conféraient leurs chevelures
    Se glissait dans le lit du Rhin le soir à la tombée du jour,
    Laissant derrière elles une trace d’écume moirée de rouillure
    Guettant son amant, un marin, un beau capitaine au long cours.

    Mais ces capitaines ont tendance – comme leurs surnoms, les « loups-de-mer » –
    À naviguer sur l’océan, rarement sur les eaux du Rhin.
    Il faut se rendre à l’évidence ; pour la chair tendre au goût amer
    Et jouir de menus bienséants, il leur fallait l’outremarin…

    Tableau de Terry Lacy.

  • Sirène endormie

    Sirène endormie

    Méfiez-vous ! La sirène qui dort ne fait que somnoler d’un œil !
    Comme les chats, chasseurs farouches, elle a tous les sens aiguisés.
    Voyez sa chevelure d’or sur laquelle elle se recueille
    Juste avant qu’elle s’effarouche sur une proie concrétisée.

    « Où est sa queue ? » me direz-vous ! Sachez qu’à terre, elle n’en a cure
    Et la nature prévoyante l’a dotée de deux belles jambes.
    Vous en doutez ? Approchez-vous, ce n’est là qu’une sinécure !
    Sentez comme elle est clairvoyante et à quel point elle est ingambe !

    Elle vous a eu ? C’est la leçon : « Méfiez-vous quand elle dort ! »
    Une sirène ne dort jamais, pas de dodo entre deux eaux.
    Consolez-vous ! De mollasson vous allez finir thermidor
    Comme un homard qui, désormais, aura son nom dans les réseaux.

    Tableau de Colleen Gnos sur https:clubofthewaves.comfeatureinterview-with-colleen-gnos .

  • Le bain de midi

    Image galerie
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    N’ayant pas aperçu les crânes éparpillés sur le rivage
    Je m’avançais nonchalamment vers ce cheptel de femmes nues.
    J’étais à cet âge où l’on crâne facilement quand l’arrivage
    Est alléchant et, galamment, j’avançai vers ces inconnues…

    Mais, invité à les rejoindre, je n’ai pas fait bien attention
    Lorsqu’elles m’ont déshabillé pour prendre mon bain de midi.
    Puis elles ont commencé à m’oindre d’huile et de tout plein de lotions
    Car la lumière ensoleillée tapait fort avec perfidie.

    Il n’y avait pas que le soleil qui tapait fort ce matin-là…
    Paf ! Et je reçus sur la tête un coup massif sur l’occiput.
    Jusqu’à ce que des flammes balayent mon corps sanglotant « Houlala ! »
    Tandis qu’elles faisaient la fête. Quant à la suite… je la suppute…

    Je fus mangé par les sirènes qui m’ont trouvé fort à leur goût.
    Tellement bon qu’elles ont mandé Neptune pour me ressusciter.
    Depuis ce jour, mes quatre reines m’ont élu « Prince du ragoût »
    Et elles m’ont recommandé au Michelin, pour n’pas l’le citer.

    Tableaux de Nikolay Khludov.

  • La sirène du sixième jour

    La sirène du sixième jour

    Tout juste avant le crépuscule clôturant le sixième jour,
    À l’insu de Dieu et ses anges, Lucifer créa la sirène.
    Il était temps ! L’astre bascule et, en cachette à contrejour,
    Lucifer put faire l’échange in extremis avec six rennes.

    N’en déplaise au Père Noël qui l’aurait si bien chapitré,
    Notre sirène put s’élancer avec son conjoint, le triton.
    Trois rennes pour Natanaël, tel était son nom attitré ;
    Trois autres pour La Beyancée, l’autre sirène baryton.

    Quand Dieu fil pleuvoir le déluge, Lucifer s’en frotta les mains ;
    Il espérait qu’alors la Terre serait livrée à ses chimères.
    Hélas Noé d’un subterfuge sauva sa famille d’humains
    Qui redevint propriétaire sur les terres comme sur les mers

    Pourtant l’écume en son abîme, où le soleil cherche son déclin,
    Garde en secret cette caresse qui se rit encore des tourments.
    Leurs voix s’élèvent, pures et sublimes, pour un destin bien plus enclin :
    Offrir au cœur cette allégresse, joie sacrée de tous les amants.

    Tableau de Hans Thoma.

  • La sirène rousse

    Sans doute est-elle expatriée de sa mer rouge originaire
    Ou de la Terre de feu australe ou plutôt des eaux boréales.
    L’hiver, sitôt rapatriée dans les mers chaudes imaginaires
    Là où ses coutumes ancestrales s’avéraient des plus idéales.

    L’intersaison, elle a le choix ; le Gulf Stream et ses courants doux,
    Les colonnes de Gibraltar ou le triangle des Bermudes.
    Pourquoi s’en fait-elle une joie ? Parce qu’elle courut le guilledou
    Avec les célèbres avatars des grands navigateurs du sud.

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  • Dans la maison de la sirène

    Dans la maison de la sirène

    Dans la maison de la sirène, toutes les fenêtres ouvertes
    Permettent aux poissons volants d’entrer et sortir comme un chat.
    Une moquette souveraine, tapis de fleurs et d’herbe verte,
    Pas de bleuets affriolants mais d’anémones à poissons-chats.

    Et lorsqu’elle a des insomnies, elle va s’asseoir dans le couloir
    Et compte tous les poisson-scie, les poissons-clowns, les poisson-lune
    Jusqu’à vouer aux gémonies Morphée et ses faire-valoir
    Qui ne rêvent qu’avec des « Si… » dans la léthargie opportune.

    Dans la maison de la sirène, on y dort mal ; oui mais… que faire ?
    Alors elle remonte en surface pêcher pour tromper son ennui.
    Elle lance alors sa voix sereine de celle qui connaît son affaire ;
    Elle y attrape tout ce qui passe et, s’il le faut, toute la nuit.

    Illustration de Hannah Alexander sur https:x.comHannahArtwork .

  • Villa « Mon rêve » au fond des mers

    Villa « Mon rêve » au fond des mers

    Je voulais un petit pavillon afin d’y passer ma retraite
    Et j’avais choisi les hauts-fonds pensant y savourer la paix.
    Mais même ici des trublions ont tout fait pour que je regrette
    De n’pas être allé plus profond pour un silence circonspect.

    D’abord il y a ces petits cons en tenues paramilitaires
    Qui jouent à faire la police mais ce n’est pas justifié.
    Ils passent et repassent l’air abscons mais d’une allure autoritaire
    Avec en guise de peau lisse des écailles bien lubrifiées.

    Ma femme a peur – je la comprends – on dit qu’ils sont bêtes et méchants
    Et qu’ils sèment dans les coulisses l’horreur par Satan répandue.
    Et tous les jours on en apprend des échos bien effarouchant…
    Rien ne va plus dans les abysses, même les requins sont morfondus !

    Illustration de Georges Pichard sur https:lectraymond.forumactif.comt1138p125-georges-pichard-et-la-bd-pour-adultes# .

  • Alien mermaid

    Alien mermaid

    On n’en est pas vraiment certains et les scientifiques le nient
    Mais les extraterrestres sont bien venus ensemencer la Terre.
    Ou plus exactement la mer, y abandonnant leurs tritons
    Pour coloniser la planète avec leurs petits rejetons.

    Mais n’ayant pu évoluer et sortir sur la terre ferme,
    Ils n’auraient pas eu d’autre choix que de rester dans les abysses
    Où ils ont connu la sirène, fille de Lilith et Lucifer,
    Et c’est ainsi qu’ils ont peuplé les océans autour du globe.

    Et voici pourquoi les aliens ne nous sont jamais revenus
    Car les tritons qui nous espionnent leur renseignent notre Histoire
    Des peuples voguant sur la mer des phéniciens aux matelots
    Qui se racontent au coin d’un bar les dernières nouvelles de Neptune.

    Illustration de lalasdreambox.

  • L’origine des sirènes

    L’origine des sirènes

    Elles ont échappé au déluge mais sait-on d’où elles venaient ?
    Certainement pas de Dieu, lui-même, car Adam les aurait nommées.
    Ni au premier, ni au deuxième, ni les troisième et quatrième,
    Ni le cinquième, ni le sixième et encore moins le septième.

    C’est Lucifer, évidemment, juste après le coup du serpent
    Qui s’est vengé avec Lilith qui, elle-même, était revancharde.
    Et parmi les cinquante enfants qu’elle aurait eus, il y en a une
    Que Lucifer a entraînée dans le royaume des abysses.

    Elle n’avait pas encore de queue ; ça a pris des générations
    Pour transformer ses longues jambes en une queue de femme-poisson.
    Et quant aux mâles, les tritons, d’où venaient-ils ? Ça, franchement
    C’est une autre histoire, croyez-moi, que je vous conterai prochainement.

    Tableau de Kinuko Y. Craft.

  • Quand la sirène est à toué

    Quand la sirène est à toué

    Comme tout bateau abandonné appartient à qui de découvre,
    Une sirène laissée-pour-compte revient à qui l’a repérée.
    Si l’occasion m’était donnée, j’irais bien au musée du Louvre
    Où, dans les couloirs, se racontent de telles histoires invétérées.

    Entre autres un pêcheur japonais qui dénicha dans ses filets
    Une sirène abandonnée dans les bras d’un Morphée marin.
    Et tandis qu’il fanfaronnait sur sa capture profilée
    La fille s’éveilla étonnée enlacée par le tabarin.

    « Mon beau tatoué je dois l’avouer notre amour a de qui tenir
    Et si nos enfants nous ressemblent entre ma queue et tes tattoos
    Ils devront tous se dévouer à s’engager pour l’avenir
    À l’Élysée où se rassemblent les meilleurs spécimens zazous.

    Tableau de Mursmasa Kudo.

  • Les sirènes d’air

    Les sirènes d’air

    En queue-de-pie ou queue de paon ou en queue de poisson volant
    Les sirènes ne manquent pas d’air pour traquer les aviateurs.
    Aussi effilées qu’un serpent, elles chassent l’homme en survolant
    Les forêts comme des Canadairs contre les feux dévastateurs.

    Les chemtrails sont comme une drogue et elles en avalent des lignes
    Et des lignes jusqu’à balayer tout le ciel bleu résiduel.
    On se demande quel épilogue pourra-t-on tirer de ces signes ?
    Sans doute un complot relayé par des phobies individuelles…

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  • Histoires à endormir la sirène

    Histoires à endormir la sirène

    Depuis que je l’ai ramenée secrètement à la maison,
    J’ai cédé la salle-de-bains en guise de chambre à coucher.
    Mon lit étant trop suranné, j’ai dû me faire une raison
    Et le soir je suis son larbin après être allé me doucher.

    Car je dois lui lire une histoire de marins et leur capitaine
    Pour qu’elle s’endorme comme un enfant bien avant d’arriver au bout.
    Or il est devenu notoire pour ma sirène puritaine
    Qu’elle dort mieux en étoffant mes histoires à dormir debout.

    Pour cela je dois la rejoindre entièrement nu dans la baignoire
    Tout en inventant une suite piquée de suspense et d’humour.
    Ensuite je dois lui adjoindre une descente dans les eaux noires
    Où nous partons à la poursuite de rêves où nous faisons l’amour.

    Tableau de Walter Zakarlo.

  • L’union sacrée des sirènes

    L’union sacrée des sirènes

    Plus on est de sirènes tendres et plus on rit sur le rivage
    Et plus il y a de matelots et plus on se remplit le ventre.
    Il suffit simplement d’attendre, le vendredi, les arrivages
    À la criée méli-mélo dans les halles et les hypercentres.

    Elles se glissent déguisées en thon à l’intérieur des chambres froides
    Et guettent les beaux poissonniers qui se radinent dare-dare.
    Car dès qu’ils pointent leurs mentons, il lui arrive une escouade
    D’amatrices de fruits garçonniers qu’on se déguste façon tartare.

    Tableau d’Evelyn De Morgan.

  • Vénus en Poissons

    Une sirène avec des tatouages, des cheveux ondulés et des ornements marins, nager dans un océan de coraux rouges et de fleurs, sur un fond sombre.

    Vénus serait-elle exaltée lorsqu’elle se retrouve en Poissons ?
    L’astrologie nous le confirme, la mythologie ne dit mot.
    Les Cancer doivent exulter que l’amour trouble leurs boissons
    Comme un breuvage qui leur affirme des sentiments fortissimo.

    Quant à Mars, se retrouver dans l’eau risque de rouiller son armure
    Ce qui expliquerait alors sa mystérieuse couleur rouge.
    Mercure… déjà qu’il est pâlot, il ne serait plus que murmure ;
    Dilué dans l’eau incolore, il virerait dans l’infrarouge.

    Avec la Lune tout serait flou et les amours assez confuses
    Mais bon… si l’amour est aveugle, ça ne devrait pas l’inhiber.
    Quant à Neptune, ça le renfloue, lui dont les actions sont diffuses
    Avec ceux qui mènent le peuple avec pots-de-vin prohibés.

    Et si le Soleil, tout là-haut, glissait un pied dans la marée,
    Il dorerait les illusions des cœurs qui voguent à tâtons.
    Jupiter soufflerait en duo un air propice pour se marrer
    Avec Vénus, en effusion, qui décocherait ses tétons

    Tableau de Tenture Voglio Bene.

  • Celle qui parle aux poissons

    Celle qui parle aux poissons

    Comme celle qui parle aux oiseaux, il y a celle qui parle aux poissons
    Et se régale des potins qui se racontent au fil de l’eau.
    Car les poissons ont leurs réseaux auprès des débits de boissons
    Où se soulagent les popotins après les heures de boulot.

    Si la carpe reste muette, on sait la dorade royale ;
    Le Saint-Pierre fait ses homélies tandis que les tsars dînent à l’huile.
    La sole meunière est fluette, les poissonnières déloyales,
    Certains sont des anomalies et d’autres des poissons d’avril.

    Quand la nuit luit sous la margelle, on voit surgir des silhouettes
    Qui brassent l’eau comme une scène où se rejoue tout l’opéra.
    Le thon philosophe interpelle la perche aux rêveries discrètes
    Tandis qu’une grosse baleine danse devant les caméras.

    Illustration de Ceruleanvii.

  • Le roi des sirènes

    Le roi des sirènes

    À l’instar du roi des abeilles ainsi que leur Reine pondeuse,
    Les sirènes ont élu leur sire au rang du grand héron qui pêche.
    Elles ont rempli leur corbeille d’offrandes les plus hasardeuses
    Selon les souhaits qu’on voit grossir et dessinés sur sa ventrèche.

    Le roi des sardines est un thon né de sardines et thon germon
    Qui n’a jamais été pêché et donc n’arrête pas de grandir.
    C’est pourquoi il est de bon ton de ne pas faire de sermon
    Mais plutôt de lui dépêcher tout ce qui pourrait l’arrondir.

    Cachalots, baleines bleues ou blanches sont aliments de premier choix
    Pour sa majesté aux dents creuses et au ventre démesuré.
    Mais surtout pas la moindre tanche ou le moindre petit anchois
    Car une allergie désastreuse lui donne des boutons azurés.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La nounou des poissons

    La nounou des poissons

    La gentille nounou des poissons se trouve dans son élément
    Quand le matin elle ravitaille les poissons des gens en vacances.
    Elle part faire sa moisson de toutes sortes d’aliments
    Flocons et sticks selon leurs tailles et granulés en conséquence.

    Petite particularité : sa mère étant une sirène
    Elle les nourrit toute nue, rapport à l’aquarium géant
    Qu’un vieux loup d’mer a hérité de son extravagante reine
    Qui dévorait le contenu des grands viviers de l’océan.

    Mais la douce enfant de la mer, quand elle penche son front tranquille,
    Entend parfois un long appel qui vient vibrer dans les écailles.
    Un chœur ancien mais doux-amer monte en remuant les eaux subtiles
    Et fait frissonner la pucelle du fond des bulles qui rouscaillent.

    Alors, d’un geste suspendu, elle croit revoir son héritage ;
    Des algues d’or, un ciel liquide, la grande houle aux reins profonds.
    Et même si ses jambes perdues restent captives de son rivage,
    Elle garde en elle, translucide, un océan et ses tréfonds.

    Et quand revient le soir docile, qu’elle referme la maisonnée,
    Les poissons tournent en pédalier et dansent en guise d’alarme.
    Car dans ce monde trop fragile où tout s’efface sans raisonner,
    La nounou, douce et déliée, leur sert d’horizon… et de charme.

    Tableau d’Amy Crehore.

  • Les grandes amours renversantes

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    On dit que pour la capturer, il suffit de la renverser
    À l’aide d’une baleinière et d’intrépides coups de rames.
    Seulement voilà ! Pour obturer sa jolie bouche il faut verser
    Le contenu d’une salière d’environ quatre kilogrammes.

    Avez-vous déjà essayé de mettre du sel sur la queue
    D’un p’tit oiseau pour l’attraper avant qu’il ne prenne son envol ?
    C’est pareil ! Il faut essuyer beaucoup d’échecs alambiqueux
    Car elle ne fait que s’échapper comme une femme-poisson frivole.

    Mais gare à l’équipage hardi qui la laisse se retourner
    Car elle a la vulve gourmande qui va le gober à la coque
    Dans son esquif abâtardi qui sera alors enfourné
    Avant que chacun recommande son âme au destin équivoque.

    Illustration de Nicole Claveloux sur https:honesterotica.comportfolios1125 .

  • La perlière sereine

    La perlière sereine

    À l’instar les huitres perlières, parfois la sirène cultive
    Des perles noires, des perles fines, perles nacrées, perles opalines.
    Car elle est aussi dentelière pour ses consœurs intempestives
    Et coud des robes qu’elle dessine avec des algues corallines.

    Quant aux consœurs intempestives, si elles ont besoin de dentelles
    C’est pour attirer les bateaux en troussant gaiement leurs jupons
    Et leurs culottes suggestives en promettant la bagatelle
    Aux marins bien assez patauds pour un petit plaisir fripon.

    Tableau de Henry Clive sur https:americangallery.wordpress.com20120727henry-clive-1882-1960 .

  • Entre deux couleurs

    Entre deux couleurs

    Entre deux eaux claires et foncées, entre deux eaux rouges et bleues,
    Entre le flux et de reflux, entre le sac et le ressac,
    Elle ne craint pas de s’enfoncer au plus profonds des bancs sableux
    Où respirer est superflu et remonter, un cul-de-sac.

    Pourtant elle n’est ni suicidaire, ni inconsciente, ni délurée ;
    Elle continue toujours sereine sa descente indisciplinée.
    Elle va rejoindre les légendaires poissons clowns tout peinturlurés
    Car elle est leur reine, leur sirène comme vous l’aviez deviné.

    Et quand les teintes se rassemblent en un vertige irisé d’onde,
    Elle disparaît, la vagabonde, dans un empire enluminé.
    Les eaux referment alors le temple et la portent jusqu’à la nef ronde ;
    Nul ne sait où finit le monde quand une sirène est couronnée.

    Tableau de Alexandra Djokic.

  • Trouble-pêche

    Trouble-pêche

    Lorsque l’immersion du pêcheur trouble son espace de pêche,
    Le poisson malin se dérobe dans ses sillages ampullaires.
    Il se méfie de l’empêcheur de nager en rond tête-bêche
    Et joue des reflets qui l’enrobent comme un camouflage pendulaire.

    Plus le pêcheur s’entêtera et plus le trouble gagnera
    Et plus la vase montera noyer le poisson de brouillard.
    Et celui-ci constatera sa victoire et regagnera
    Son cours et se félicitera chaque jour d’être débrouillard.

    Et quand s’apaisent les remous d’un combat presque imaginaire,
    Il voit, dans l’eau mêlée d’argile, un éclat fuir comme une idée.
    Il comprend, tard, que malgré tout, on ne retient pas l’ordinaire
    Qui glisse entre les doigts agiles, libre, furtif, et décidé.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Océanide

    Océanide

    Si pulpeuse et si renoiresque qu’on la croirait sortie du cadre
    D’un tableau de l’impressionnisme si cher à ses admirateurs !
    Et pour moi, sirène mauresque si pittoresque qu’elle encadre
    La grâce de l’expressionnisme si précieux aux navigateurs.

    Je me demande quel est son signe ? Sûrement taureau vu les rondeurs
    Plutôt que poisson – trop facile – et capricorne à l’ascendant.
    Car vu cette poitrine digne d’allaiter les bébés grondeurs
    Qui crient de manière indocile à réclamer leur remontant.

    Et pour l’ascendant capricorne, je le vois à l’austérité
    Que j’aperçois sur son visage stoïque autant que taciturne.
    Et parce que je la flagorne et qu’elle garde son intégrité
    Sans dire un mot qui ne présage rien de bon venant de Saturne.

    Et sous la vague qui frissonne, on devine un royaume ancien,
    Où ne restent que vieilles pierres et des rumeurs phosphorescentes.
    L’Océanide s’y hérissonne avec un calme béotien,
    Gardant pour elle la lumière que les tempêtes lui consentent.

    Tableau d’Annie Louisa Swynnerton.

  • Loreleïne

    Petite fille de Loreleï, née en Bavière de souche noble
    Par son père, écuyer du roi, et sa mère… la reine elle-même.
    La bâtardise, vaille que vaille, n’eut pas l’heur de paraître ignoble
    Peut-être qu’un ménage à trois nous expliquerait ce dilemme…

    Quoi qu’il en soit, Gente Loreleïne a pris ses quartiers de noblesse
    Dans le lit même d’une rivière et puis suivi le cours du Rhin
    Jusqu’aux Pays de bas-de-leïne où ses premiers faits de diablesse
    Surprirent Louis II de Bavière dont il était le souverain.

    Peine perdue, la Loreleïne fila tout droit en mers australes
    Car le climat en mer du Nord lui donnait le teint opalin.
    On dit qu’elle chassa la baleïne notamment la plus magistrale
    Moby Dick, la blanche sonore, au célèbre chant cristallin.

    Si les poissons-clowns s’en souviennent, les anémones n’en disent mot
    Et donc consentent à accepter que Loreleïne fut bien leur reine.
    Depuis, si des pluies diluviennes se déversent fortissimo,
    C’est que les pôles sont affectés de l’éloignement de la sirène.

    Illustrations de IA.

  • La sirène en robe de Lune

    La sirène en robe de Lune

    En trompe-l’œil, on ne sait pas si elle a une queue ou deux jambes
    Seuls les poissons doivent savoir en lorgnant en contre-plongée.
    De quelle nature sont ses appas ? Sont-ce de jolies cuisses ingambes
    Ou des écailles dont le pouvoir est un suspense prolongé… ?

    Les signes d’eau sont ainsi faits ; ils nous échappent constamment.
    Les poissons remueront la vase pour fuir plus efficacement ;
    Le cancer produit de l’effet pour se cacher inconsciemment ;
    Si le scorpion vous apprivoise, c’est pour vous piquer vivacement.

    L’habit ne fait pas l’moine, dit-on, alors une queue ou une robe…
    La belle affaire ! C’est un prétexte ; l’arbre qui cache la forêt.
    Peu importe le qu’en-dira-t-on, la sirène sans cesse se dérobe ;
    C’est sa nature dans le contexte où l’on cherche à la pérorer.

    Tableau de Sophie Anderson.

  • Le vent et les vagues

    Le vent et les vagues

    Une sirène en guise de voile, un chant doux en guise de vent
    La queue enroulée qui ceinture, le marin aux jambes arquées,
    La route tracée par les étoiles, Neptune qui tire en avant,
    Et c’est parti pour l’aventure, depuis que l’on s’est embarqué.

    Oui mais… dans quelle péripétie peut nous entraîner la sirène,
    La queue courbée en hameçon qui a son marin accroché
    Qui apparemment apprécie, le cœur battant, l’âme sereine
    Et de surcroît joli garçon, de se faire ainsi embroché ?

    Le ciel s’incline, la mer chavire, leurs souffles mêlés font refrain,
    La corde cède, et tout soupire, sous la caresse du destin.
    Le vent s’endort, la vague expire, mais Neptune ronge son frein
    Car on ne sait plus ce qu’il désire… sirène, marin ou festin ?

    Tableau de Mike Willkox sur https:mikewillcox.comproductsthe-wind-the-waves .

  • Bonjour Novembre, saison des feux calmes

    Bonjour Novembre, saison des feux calmes

    Bonjour tendre Novembre et tes brumes profondes,
    Aux feuillages qui dansent comme des encensoirs,
    Aux rivières qui se font tous les miroirs du monde
    Et reflètent l’étain dans le soleil du soir.

    Tes jours sont des veilleuses et tes nuits des écrins ;
    Des mains d’ombre où l’on pose les dernières semences.
    Sous tes nuages bas on marche avec entrain ;
    On sent venir l’hiver mais avec confiance.

    Alors viens, doux Novembre, avec ton pas discret
    Et verse dans nos verres une boisson fumante
    Qui murmure à nos ventres tous les jolis secrets
    Qu’écoute la nature en berceuses endormantes.

    Illustration de Gemini.

  • L’arbre-mère

    L’arbre-mère

    On ne quitte jamais octobre comme on ne quitte jamais sa mère
    Et toutes les journées font la ronde autour de leur mois nourricier.
    Juste une petite tenue sobre pour la dernière nuit éphémère
    Tout autour des jambes girondes de l’arbre-mère justicier.

    Car l’arbre-mère défend ses filles par la rudesse de son tronc
    Qui résiste à tous les assauts du temps et tous les éléments.
    Les averses qu’il éparpille comme s’il en était le patron
    Des pluies, des vents et des faisceaux d’éclairs et même des plus déments.

    « Au revoir maman ! » lui dit Lundi, sa première fille en robe blanche,
    Et toutes ses sœurs dire de même tout en chantant et en riant
    Sauf celle qui pleure le vendredi mais qui en rira ce dimanche
    Car le mois d’octobre les aime et reviendra en souriant.

    Illustration de Pascal Moguérou.

  • En apesanteur

    En apesanteur

    Ah ! Si je savais respirer sous l’eau je vivrais à l’envi
    Entre deux eaux dans la piscine lorsque tout le monde est parti.
    Entièrement nue pour aspirer au bonheur de sentir la vie
    De mon arbre depuis ses racines et ses énergies réparties.

    Oui… l’isolation sensorielle dans les caissons est fascinante
    Mais n’a pas les mêmes vertus que l’ampleur de la liberté
    Pour mes soucis caractériels que fait la douleur lancinante
    Qui me pousse et qui s’évertue depuis ma tendre puberté.

    Sans doute deviendrai-je sirène comme ma mère et ma grand-mère
    Qui nagent aujourd’hui des Bermudes jusqu’au détroit des Dardanelles.
    Mais j’ai déjà l’âme sereine car bientôt mes jambes éphémères
    Deviendront sous ces latitudes une jolie queue plus fonctionnelle.

    Illustration de Kostis Pavlou sur https:www.boredpanda.comi-create-minimalist-and-colorful-digital-illustrations .

  • La sirène du Greifensee

    La sirène du Greifensee

    La Loreleï du Greifensee s’accompagnait d’une licorne
    Lorsqu’elle émergeait sur la rive pour braconner sur les chemins.
    Et ceux qui s’en allaient bronzer se prenaient quelques coups de cornes ;
    Faute de merles, on mange des grives ; faute de grives, des humains.

    J’ai failli être en son carnier mais j’étais trop maigre à l’époque
    Et j’avais l’goût du marseillais fraîchement débarqué du port.
    Heureusement car le charnier laissé sur la berge équivoque
    Toutefois me déconseillait d’en entretenir des rapports.

    Peine perdue ! Son dévolu jeté sur moi m’a alpagué
    Et j’ai partagé son repas bien que je sois végétarien.
    Quant en amour, j’ai résolu de ne pas trop me distinguer
    Car passer de vie à trépas dans mon sommeil n’était pas rien.

    Tableau de Chie Yoshii.

  • La sirène tigrée

    La sirène tigrée

    C’est au fil de l’eau qu’Irénée dite la « sirène tigresse »
    S’en va à la chasse aux touristes dans les eaux claires du lagon
    Près du Club Méditerranée où elle flaire et puis agresse
    Nageurs, baleines et secouristes, bref tout ce qui lui paraît bon.

    Les gentils organisateurs se réunissent en décidant
    Que ça ne pouvait plus durer et c’est mauvais pour le commerce.
    Donc un évangélisateur jeté à son corps défendant
    Au nom de Jésus, va endurer l’amour divin sans controverse.

    Le jeu dut plaire à la sirène qui exigea tous les dimanches
    De perdurer ainsi la messe avec des curés pas trop maigres
    Pour une digestion sereine et une sieste qui s’épanche
    Aux tréfonds avec la promesse d’un paradis plutôt allègre.

    On dit qu’un jour, las de ses jeux, Dieu voulut la rendre plus sage
    Car tous les anges en pâmoison réclamaient ses baisers félins.
    Mais la belle, d’un rire joyeux, refusa cet odieux dressage
    Car toutes ses rayures à foison étaient d’un petit goût salin.

    Tableau de Kelly Keane.

  • La sirène girafe

    La sirène girafe

    Phénomène rare sur les côtes bordées de plages de sable blanc
    Que montre la sirène girafe entre les récifs coralliens
    Qui est aux marins la mascotte avec ses reflets bruns troublants
    Si dangereux quand elle dégrafe son soutien-gorge somalien.

    Car ses pointes de mamelons dardent un regard hypnotique.
    Eh oui, ce n’est pas de sa voix qu’elle charme les marins d’Afrique
    Mais par aréoles aux tétons acérés aux bouts érotiques
    Qui crèvent les yeux à la fois et le cœur des hommes hystériques.

    On dit que les femmes-cougars y viennent y faire croisière
    Accompagnées des guignolos qui auraient dépassé leurs temps.
    Aussitôt elles préviennent leurs gars de bien ajuster leurs visières
    Et en deux coups de pédalos, chacune y trouve son content.

    Sous la surface elle s’élance, mirage aux mailles de soleil,
    Les mâts se penchent, les voiles ploient, l’océan s’enroule à sa taille.
    Et dans le bleu, sa nonchalance fait frissonner l’eau sans pareil ;
    On ne sait plus qui s’y emploie… mer ou désir qui la travaille…

    Tableau d’Antoine Renault sur https:www.amusingplanet.com201312ocean-paintings-by-antoine-renault.html .

  • La sirène tigrée

    La sirène tigrée

    C’est au fil de l’eau qu’Irénée dite la « sirène tigresse »
    S’en va à la chasse aux touristes dans les eaux claires du lagon
    Près du Club Méditerranée où elle flaire et puis agresse
    Nageurs, baleines et secouristes, bref tout ce qui lui paraît bon.

    Les gentils organisateurs se réunissent en décidant
    Que ça ne pouvait plus durer et c’est mauvais pour le commerce.
    Donc un évangélisateur jeté à son corps défendant
    Au nom de Jésus, va endurer l’amour divin sans controverse.

    Le jeu dut plaire à la sirène qui exigea tous les dimanches
    De perdurer ainsi la messe avec des curés pas trop maigres
    Pour une digestion sereine et une sieste qui s’épanche
    Aux tréfonds avec la promesse d’un paradis plutôt allègre.

    On dit qu’un jour, las de ses jeux, Dieu voulut la rendre plus sage
    Car tous les anges en pâmoison réclamaient ses baisers félins.
    Mais la belle, d’un rire joyeux, refusa cet odieux dressage
    Car toutes ses rayures à foison étaient d’un petit goût salin.

    Tableau de Kelly Keane.

  • La sirène girafe

    La sirène girafe

    Phénomène rare sur les côtes bordées de plages de sable blanc
    Que montre la sirène girafe entre les récifs coralliens
    Qui est aux marins la mascotte avec ses reflets bruns troublants
    Si dangereux quand elle dégrafe son soutien-gorge somalien.

    Car ses pointes de mamelons dardent un regard hypnotique.
    Eh oui, ce n’est pas de sa voix qu’elle charme les marins d’Afrique
    Mais par aréoles aux tétons acérés aux bouts érotiques
    Qui crèvent les yeux à la fois et le cœur des hommes hystériques.

    On dit que les femmes-cougars y viennent y faire croisière
    Accompagnées des guignolos qui auraient dépassé leurs temps.
    Aussitôt elles préviennent leurs gars de bien ajuster leurs visières
    Et en deux coups de pédalos, chacune y trouve son content.

    Sous la surface elle s’élance, mirage aux mailles de soleil,
    Les mâts se penchent, les voiles ploient, l’océan s’enroule à sa taille.
    Et dans le bleu, sa nonchalance fait frissonner l’eau sans pareil ;
    On ne sait plus qui s’y emploie… mer ou désir qui la travaille…

    Tableau d’Antoine Renault sur https:www.amusingplanet.com201312ocean-paintings-by-antoine-renault.html .

  • La sirène Ninja – 2

    La sirène Ninja - 2

    À quoi rêvent les petites filles modernes qui s’endorment le soir ?
    Certainement pas à survoler les villes en tortues volantes…
    Pourtant il est des escadrilles qui leur permettent de s’asseoir
    Afin d’espérer convoler comme des princesses indolentes.

    On dit que les princes charmants parcourent à dos d’hippocampes
    Le pays en quête d’épouses pour assurer leurs descendances.
    D’où ces petits vœux désarmants de la part des filles qui campent
    Des prétentions que leur jalousent les sirènes en décadence.

    Et quand la nuit ferme les portes du royaume en lévitation,
    Les tortues rentrent au bercail sous la lune phosphorescente.
    Les filles, en pleines cohortes, guettent encore la transmutation
    D’un simple songe en éventail et les écailles fluorescentes.

    Mais au matin, tout se dissout dans le brouillard des girouettes ;
    Ne restent que des carapaces, voguant au-dessus des palais.
    Les princes ont perdu tous leurs sous à poursuivre les silhouettes ;
    Souvenirs d’un conte fugace qui s’en va d’un coup de balai.

    Tableau de Victor Molev sur https:viola.bzvictor-molev-portraits-puzzlepainting-by-russian-artist-victor-molev-3 .

  • La sirène Ninja – 1

    La sirène Ninja - 1

    Après toutes les mutations, suite aux centrales nucléaires,
    Qui ont irradié l’océan de rayons alpha-oméga,
    Nous noterons l’apparition sur nos rivages balnéaires
    De sirènes hybridées séant à cru sur carets renégats.

    Escortés de poissons pilotes de l’escadrille des requins,
    Elles patrouillent à la recherche d’autres formes de femmes mutantes.
    Débardeur et jupe-culotte par rapport aux américains
    Qui les confondent avec les perches pêchées lors des marées montantes.

    Quant aux tortues qui n’ont pas tort, mais en service commandé,
    On dit qu’elles auraient profité des tsunamis à volonté
    Déclenchés par Odin et Thor lors des batailles quémandées
    Suite aux inscriptions graffitées par des yakusas effrontés.

    Et quand s’achève la marée, sur l’écran bleu des océans,
    Elles dansent, cyber-sirènes, aux sons des courants sous-marins.
    Leurs chants ont vite démarré par des ultrasons bienséants
    Afin de prévenir leur reine avec les requins pèlerins.

    Tableau de Justin Gerard.

  • Elle nageait nue

    Elle nageait nue

    Elle nageait nue dans la rivière aux eaux si vertes de Bavière ;
    Je l’admirais depuis le pont d’un point de vue plutôt fripon
    Auquel j’ai tellement succombé que j’en ai fini par tomber…
    Heureusement pour moi, la naïade me secouru de la noyade.

    Quand elle me fit du bouche-à-bouche en me regardant d’un air louche,
    Tout hébété je regardais, les yeux dans ses seins qui dardaient.
    Hypnotisé par ce regard j’étais complètement hagard,
    Puis elle me parla fatalement dans un patois suisse-allemand.

    Eh oui ! Revers de la médaille ; c’était la fameuse Loreleï !
    Et la gardienne sacrée du Rhin me donna un grand coup de rein
    En s’asseyant sur mon giron avec un p’tit air fanfaron
    Qui voulait dire : « Je t’ai sauvé et maintenant, tu vas en baver ! »

    Tableau de Lauren White Murphy sur https:www.saatchiart.comen-beaccountartworks1740242 .

  • La fin d’Edward John Smith

    La fin d’Edward John Smith

    Le commandant du Titanic a coulé avec son navire
    Mais n’a pas péri pour autant car des sirènes l’auraient sauvé.
    Ce vieux loup de mer britannique avant que son bateau chavire
    Entendis des voix chuchotant : « Plonge et viens vite nous retrouver ! »

    Edward John Smith prit sa retraite au foyer des gens de Neptune
    Où les sirènes sont infirmières et les poissons domestiqués.
    Et sa fin de vie fut distraite par ces dames aux mœurs opportunes
    Qui tinrent sa gentilhommière avec une queue bien astiquée.

    Ceux qui ont repéré l’épave n’ont pas lu son dernier message
    Écrit en morse à la va-vite et qui disait : « accueillez-moi ! »
    Ainsi ce commandant si brave qui serait mort avec courage
    A plutôt accepté l’invite de ses sirènes avec émoi.

    Tableau de William Holbrook Beard ou bien de Charles Henry Tenre.

  • Né sous le signe des sirènes

    Né sous le signe des sirènes

    Entre le signe des gémeaux et de la vierge, il me semble
    Qu’on a oublié les sirènes ainsi que leur constellation,
    Celle du Capitaine Nemo précisément et qui ressemble
    À une attitude bien sereine envers la manipulation.

    C’est le signe des mentalistes, des faux-voyants, des charlatans
    Qui vous hypnotisent par la voix et par leur chant d’âge affectif
    Car nombre de naturalistes l’ont observé en relatant
    Cette légende qui pourvoit ce comportement sélectif :

    Combinaison de tous les signes particulièrement les poissons
    Qui possèdent cette ouïe discrète et qui savent de faire entendre.
    Egalement des scorpions dignes de faire leur triste moisson
    Avec leur queue vive qui sécrète un poison lent pour vous surprendre.

    Illustration de Milo Manara.

  • La chasse à la sirène – 3

    La chasse à la sirène - 3

    Elle m’encercla de ses cuisses, plus souples qu’un filet de varech,
    Et dans ses yeux brûlait la mer, un gouffre de sel et de fièvre.
    J’y tombai comme un naufragé qui ne sait si c’est un remake
    Et fuit le flot qui le dévore, puis vient s’y fondre à pleines lèvres.


    Sa peau vibrait de mille vents, sa bouche aspirait mon courage,
    Et chaque écume au creux des reins fur un effroi d’adolescent.
    Elle m’enseigna l’adoration d’un cri poussé par tant de rage,
    Le corps offert comme un autel, le baiser fou, incandescent.

    Puis, dans un rire de tempête, elle me relâcha soudain ;
    J’étais brisé ,infiniment heureux d’avoir connu ses pièges
    Car la sirène n’est pas nuisible mais c’est comme un coup de gourdin
    Vers un abîme où l’on renonce à sa vie qui s’y désagrège.

    Texte d’Alysée Rose et Tableau d’Antonyuk.

  • La chasse à la sirène – 2

    La chasse à la sirène - 2

    Quand ses longs cheveux ruisselants eurent couvert le pont souillé,
    Elle s’étira, tout en langueur, en soupirant comme une amante.
    Les rivières se cristallisèrent, suspendues à ses reins mouillés,
    Et la nuit tressaillit de peur face à ses écailles éclatante.s

    Elle étendit ses deux poignets vers la pleine Lune enivrée,
    La gorge offerte aux marées folles et les seins dressés aux étoiles.
    Le vent lui fit frémir la peau, la vague l’ourla d’un secret,
    Comme une nef qui se dévoile en hissant sa plus grande voile.

    Puis elle chanta sans pudeur, la bouche rouge incandescent,
    Un chant qui fit trembler les terres, les ports et les quais d’allégresse.
    Et moi, pauvre chasseur d’hier, je n’étais qu’un adolescent
    Saisi de vertiges amers mais mordu par tant de caresses.

    Texte d’Alysée Rose et Tableau de Monika Luniak sur https:www.artmajeur.commonika-luniak .

  • L’homme-poisson à la baguette

    L’homme-poisson à la baguette

    En renversant enfin les rôles de la sirène et du pêcheur,
    L’homme triton conserve sa queue mais sa tête sent trop le poisson.
    Quand il passe à la casserole par une pécheresse à l’air bêcheur
    L’organe en question bien visqueux convient aux arts bien polissons.

    Les musiciennes à la baguette lui font l’amour à la musique ;
    Les majorettes et leur bâton, s’envoient en l’air et puis s’en vont ;
    Les femmes cougars en goguette ont un effet euthanasique
    S’il ne s’en va pas à tâtons, il finit en boite à savon.

    Ses nageoires battent en cadence et son vit gluant se redresse ;
    La sirène lui mord les tétons pendant qu’il jouit à pleine bouche.
    Les majorettes au cul tendance lui font tourner la queue sans cesse
    Et la baguette bat du plomb quand l’orgasme éclabousse et touche.

    Mais au moment d’atteindre l’Olympe, il glisse et se fait harponner ;
    La morue grasse du quartier le frit alors comme il se doit.
    Le triton qui bande haut et grimpe ne sera plus qu’un plat fumé ;
    Un homme-poisson pané d’ivresse, servi chaud, à lécher des doigts.

    Illustration de Moebius.

  • La chasse à la sirène – 1

    La chasse à la sirène

    Quand j’ai vu qu’elle respirait le buste à moitié hors de l’eau,
    La tête à demi immergée et tout le reste sous la surface,
    J’ai compris lors qu’elle espérait aller comme ça à vau-l’eau
    Sur des flots qui eurent convergé jusqu’à ce qu’ils la satisfassent.

    Je l’ai suivie depuis la rive en suivant d’amont en aval
    La rivière aux eaux transparentes mais assez froides toutefois.
    Mais soudain, voici qu’il arrive un cavalier sur son cheval
    Plongeant de manière effarante et en criant tout à la fois :

    « Taïaut ! Taïaut ! Les gars ! La sirène ne m’échappera pas ! »
    Tandis qu’hennissait sa monture, les naseaux écumant de rage.
    Quelle que soit l’ampleur des dégâts, la fille qui servait d’appât
    Frappa d’une déconfiture le chasseur et son entourage.

    Car elle devint une géante et les captura de ses mains
    En s’asseyant sur le pont neuf, puis les avala tout de go
    Jetant dans sa bouche béante chevaux, chiens de chasse et humains
    Et puis reprit – et j’en réponds – son sommeil sans tous ces nigauds.

    Illustration de Brice Postma Uzel.

  • Toute la vérité sur la petite sirène

    Jolie la petite sirène, laideron sa vieille marraine.
    Pourquoi donc ce stéréotype envers les jeunes et les vieux ?
    Sans doute une promotion sereine pour vendre ses contes pérennes
    Par un Andersen néophyte envers les abysses prestigieux.

    Jolie la voix de l’impétrante qui voulait passer l’examen
    Et prouver que deux belles jambes valent bien mieux qu’une aphonie.
    Mais la marâtre récalcitrante envers un challenge inhumain,
    Se lança dans un dithyrambe et ce fut la cacophonie.

    Les poissons alors solidaires se mirent à mimer tous en rond
    L’ourobouros – serpent de mer – qui se mord la queue en spirale,
    Pour que la fille considère qu’épouser roi, prince ou baron
    C’est donner langue de belle-mère au chat dans les eaux minérales.

    Alors les poissons-serpents firent un grand ballet cérémoniel,
    Traçant des cercles et tunnels dans l’abîme phosphorescent.
    La marraine leur promit d’un rire un destin plus providentiel :
    « Qui désire l’amour éternel doit mordre à l’anneau du serpent ! »

    Tableau d’Arnaldo Mirasol sur https:www.kartiniasia.comcopy-of-rodney-martinez .

  • La bonne pêche

    La bonne pêche

    Bien souvent gagner le gros lot apporte une foule d’ennuis
    Aussi bien parmi la famille que ses amis pour son bien-être !
    C’est comme agiter un grelot auprès de sa femme la nuit
    Quand on rentre avec une fille que l’on prétend ne pas connaître.

    De même quand Martin Pêcheur ramène le fruit de sa pêche
    Une sirène dans ses bras apparemment tout amoureuse.
    Je me demande par quel air bêcheur va-t-il apporter sa pimbêche
    En disant « Abracadabra ! Voilà une pêche miraculeuse ! »

    Le chat s’enfuit… bon débarras ! Les femmes se méfient… tout va bien !
    Le garçon pose la question : « C’est pour manger ou pour jouer ? »
    Le père a semé l’embarras – c’est le paradoxe amphibien –
    Reste à mourir d’indigestion ou avec l’épouse et son fouet !

    Et si demain la mer jalouse réclamait sa belle captive,
    Le marin rendrait la sirène contre une sardine ou un hareng.
    Mais l’épouse, plutôt tarlouze, lui dirait d’une voix affective :
    « La prochaine fois, pour ta p’tit reine, choisis un trésor bien plus grand ! »

    Tableau d’Andrey Boris.

  • Éléphant de mer

    Éléphant de mer

    Un éléphant de mer rêve près du rivage,
    Il est presque endormi, déjà ses yeux se voilent.
    Où va-t-il, que veut-il ? prêt à faire ravage
    De ses songes de sel qui roulent sous les étoiles.

    Sous la lune paisible, il glisse son secret,
    Murmure à l’océan ses rêves les plus sacrés.
    L’air vibre doucement d’une étrange harmonie,
    Où la brise et la vague se marient pour la vie.

    Dans le jardin de brume, un crabe s’est posé,
    Ses yeux, deux feux d’opale, sur la mer, reposés.
    La nuit chante en silence ses promesses ténues,
    Tandis qu’au loin l’étoile éclaire l’inconnu.

    Sous l’océan de verre il avance en silence,
    Chargé d’étoiles vives et de songes d’azur ;
    Colosse pacifique aux pas lourds d’élégance,
    Il porte les abysses mais sans demi-mesure.

    Tableau de Dulk – Antonio Segura Donat.