Catégorie : Reflets Vers inédits

Les maladroits, les trop osés, les non satisfaisants, les « à revoir » et tous ceux qui auraient sans doute dû finir à la poubelle.
Ils n’ont pas été choisis. Trop vifs, trop mous, trop bruts, trop flous.
Mais ils sont là. Fragments d’élan, chutes de vers, éclats d’essai.
Ils ne brillent pas toujours… mais parfois, ils clignent de l’âme.

  • Un parfum d’encens

    Un parfum d’encens

    Pour agrémenter la vitrine du rendez-vous avec les dieux,
    La gardienne du feu sacré parfume le temple d’encens.
    Elle dévoile sa poitrine pour que l’accueil soit plus radieux
    Fors une impudeur consacrée et fors à l’amour renonçant.

    Tableau d’Alfonso Savini.

  • Les habits neufs de l’impératrice

    Les habits neufs de l’impératrice

    Toute revêtue de lumière auréolée de chevelure,
    Sa nudité fait mal aux yeux comme un sex-appeal dévoreur.
    Je ne sais quelle costumière a composé cette parure
    D’un tissu aussi merveilleux que les habits de l’empereur.

    Tableau d’Aleksandr Pavlovets.

  • La raison du miroir

    La raison du miroir

    Entre quatre yeux, entre quatre seins,
    Le miroir répond toujours aux questions.
    Quant à la plus belle, belle des réponses,
    Il doit réfléchir sans perdre la face.

    « Tout est merveilleux, ces deux corps sont sains !
    Mais anticipons à la suggestion ;
    Choisir la plus belle, alors je renonce ;
    Ne saurai fléchir entre vos deux grâces. »

    Tableau de William Orpen.

  • Les rêves en famille

    Les rêves en famille

    Tandis que tout le monde dort, il y en a toujours un qui veille
    Comme le berger des beaux rêves qui compte et compte ses moutons.
    Tandis que sous la couette d’or la mère doucement sommeille
    D’une respiration si brève qu’elle en fait sauter ses tétons.

    Tableau de Igor – Krapar – Shcherbakov.

  • Rêve solitaire

    Rêve solitaire

    Un rêve solitaire, tout le corps replié
    Pour écouter le cœur dans le sein de ma mère.
    La joue contre la terre, un moment oublier
    Mes peines et mes peurs un moment éphémère.

    Le corps nu pour trembler aux caresses du vent,
    Les pieds nus pour sentir la brise sur les plantes,
    Afin de ressembler comme j’étais avant
    Avant de ressentir une ivresse troublante.

    Tableau de Igor – Krapar – Shcherbakov.

  • Couleurs d’amour

    Couleurs d’amour

    Nos veines ont soudain bleui mais ce n’était pas de froid,
    Nos corps ont aussi rougi comme la première fois,
    Nos yeux se sont éblouis mais ce n’était pas d’effroi,
    Et nos sexes ont rugi mais comme une seule voix.

    Tableau de Igor – Krapar – Shcherbakov.

  • Le ponton

    Le ponton

    Dans le canton,
    Sur le ponton,
    Nous barbotons
    Jusqu’au menton

    Comme ingénus,
    Nous baignons nus,
    Nus dans la mare
    Aux nénuphars.

    Puis tu viendras
    Entre mes bras,
    Et je viendrai
    Pour engendrer.

    Puisque commence
    Une romance,
    Au petit jour
    Faisons l’amour.

    Puis à la fin,
    Quand on a faim,
    Quelques boissons,
    Quelques poissons.

    Et puis demain
    À quatre mains
    Nous construisons
    Notre maison.

    Alors plantons,
    Sur le ponton,
    Le premier clou
    De notre igloo.

    Igloo de bois
    On peut, ma foi,
    En faire ici,
    Pas de souci !

    Tableau de Igor – Krapar – Shcherbakov.

  • Ma voisine est une sorcière

    Lorsque j’ai sonné à sa porte je n’étais pas un inconnu
    J’étais son tout nouveau voisin et je venais d’emménager.
    Et là, que le diable m’emporte, elle m’a ouvert à demi nue
    Les mains cachant son magasin de mamelles avantagées.

    Comme je lui laissait le temps d’ passer une robe de chambre
    Elle m’offrit comme boisson une bouteille de Chablis.
    Mais une fois fermé le battant de la porte de l’antichambre,
    J’ai vu des milliers de poissons avant de sombrer dans l’oubli.

    Illustration de Bill Sienkiewicz.

  • Ce n’est pas sorcier !

    Ce n’est pas sorcier !

    Comme je suis un peu sorcier, je capte vos cerveaux crédules !
    Tout ça n’est qu’une comédie dictée par des filous fêlés !
    À propos de points négociés sur vos retraites ridicules ;
    Notamment tout ce qu’on vous dit dans les médias et la télé.

    Illustration de Bill Sienkiewicz.

  • Suivez le fil

    Suivez la femme qui dessine directement sur son corps nu
    Et qui exprime ses désirs par une histoire sans parole.
    Une fois partagé son plaisir de passer à la casserole,
    Elle efface tout dans sa bassine pour calmer son mari cornu.

    Tous les jours elle recommence une nouvelle histoire à suivre
    Vous pouvez vous y abonner mais vous y perdrez la santé
    Une fois commencé la romance, vous aurez hâte de poursuivre
    Et dès l’habitude adonnée, vous deviendrez impatienté.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • La sorcière

    Il n’apparaît à contrejour que les traits de sa silhouette
    Qui dévoile un peu de ses charmes mais difficiles à percevoir.
    Vêtue de ses plus beaux atours, la peau que sa mère lui a faite,
    Elle vient sans déclencher d’alarme sans qu’on puisse l’apercevoir.

    Vous l’avez vue ? Il est trop tard désormais pour vous échapper !
    Sa toile est déjà crochetée et vous vous êtes pris dedans.
    Mais si vous êtes un peu fêtard vous n’serez pas handicapé
    Car elle va vous acheter pour danser en tenue d’Adam.

    Illustrations de Marjorie Cameron et de Paul Colin.

  • Paris, Prague et c’est fini !

    Toutes ces images des villes s’enfoncent inexorablement
    Fondues au brouillard de l’histoire et les registres du passé.
    Que le temps me paraît servile, qui passe impitoyablement
    Au moulin de la préhistoire mon patrimoine compassé.

    Les vieux magasins, les boutiques, les vieux troquets, les restaurants,
    L’un après l’autre cèdent la place à la mode contemporaine.
    Et les boulevards nostalgiques sont devenus expectorants
    Par la pollution qui remplace la fumée des fêtes foraines.

    Tableaux d’Alvaro Castagnet.

  • L’étang romantique

    L’étang romantique

    Le flou artistique authentique côtoie les brumes naturelles
    Où la nature féminine déploie tout son charme mutin.
    Mon petit étang romantique se confond dans une aquarelle
    Où dans la lumière minime, s’ébattent nymphes et lutins.

    Tableau de Chris Forsey.

  • L’instrument avant

    L’instrument avant

    Plutôt que ramer en arrière, je préfère l’instrument avant
    Avec lequel je cours les plages dans l’air du temps contre le vent.
    Quand la pluie dresse sa barrière, je joue l’ouverture devant
    Le brouillard et les gros nuages par un prélude bien émouvant.

    Tableau de Jimmy Lawlor.

  • Le compositeur inconnu

    Le compositeur inconnu

    Les mouettes jouent pizzicato tandis que gronde l’océan ;
    Le vent siffle à travers les nues et les coups de tonnerre éclatent.
    Mais quel est donc ce zigoto perché sur ses rochers géants ?
    Le compositeur inconnu dont la partition se dilate.

    Tableau de Jimmy Lawlor.

  • Belle à sa vitrine

    Belle à sa vitrine

    Sans rideau et sans vêtement, laissant les volets grand ouverts,
    Elle s’amuse à poser nue en dodelinant sa poitrine.
    Heureux celui, honnêtement, qui, à visage découvert,
    Demandera à l’inconnue quel est son prix dans la vitrine.

    Tableau de Tito Merello Vilar sur https:imginn.comtagsTitoMerelloVilar?lang=fr .

  • Transformation du soir – 2

    Transformation du soir - 2

    Lorsque je pars, je perds la tête aussitôt que le sommeil tombe,
    Je veux dépasser la lumière et mon ombre heurte les rameaux.
    Heureusement, en pense-bête, la lune m’envoie sa colombe
    Qui me prêtera sa dernière plume pour vous écrire un mot.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Transformation du soir – 1

    Transformation du soir - 1

    Après l’alcool d’Apollinaire ou l’absinthe d’une aventure
    Le corps se prépare au voyage dont l’âme sera passagère.
    Le cœur bat un coup de tonnerre, l’esprit vocifère : « En voiture ! »
    Et le temps d’un déshabillage, me voici en terre étrangère.

    Tableau d’Autumn Rozario-Hall.

  • Ô Mâtin !

    Ô Mâtin !

    Tous les matins sont emmêlés mes rêves extraordinaires
    Qui tournent autour de ma tête comme une brume féerique.
    Je n’essaie pas d’en démêler car ils sont les préliminaires
    À tous les prétextes de fête pour mes fantasmes chimériques.

    Tableau de James Jean.

  • Ô Soleil ! 2

    Ô Soleil ! 2

    Quand je lui avoue mon amour, le soleil éclate sa voix
    Et son cœur répand la lumière qu’elle doit cacher à ses yeux.
    Plus resplendissant que le jour, les doigts fermés à claire voie,
    Son âme répond la première et me dit : « C’est toi que je veux ! »

    Tableau de Piru.

  • L’éclairage

    L’éclairage

    L’une déroule le fil, l’autre tricote sa vie
    Du passé dans l’obscurité à la lumière du présent.
    Tous les souvenirs défilent, se déroulent et sont suivis
    Parfois d’un nœud hérité qui s’en va en reprisant.

    Tous les moments douloureux qu’on s’amuse à dévider,
    Tous les moments ridicules qu’on évite de montrer,
    Tous les moments langoureux où l’on ne s’est décidé
    À ce que sa vie bascule vers une insolite contrée.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Ô Soleil ! 1

    Ô Soleil ! 1

    Par le miroir du talisman qui en reflète les rayons,
    Une fille nue éblouit par la protection du soleil.
    Je n’évite l’évanouissement qu’en détournant son médaillon
    Par une pensée épanouie que je murmure à son oreille.

    Tableau de James Jean.

  • Corolle de moi

    Corolle de moi

    Tous ces petits « moi » intérieurs qui défilent en transparence
    Au fil du temps et des journées comme une fleur à sa corolle ;
    Quand on me voit de l’extérieur et qu’on juge mon apparence,
    On a tendance à s’ajourner selon celui qui a la parole.

    Tableau de Dain Yoon.

  • La vague lapine – 2

    Lapine comète, comète lapine,
    Qui parcourt l’espace aux mondes inconnus.
    Planète en planète, elle galopine
    Tandis qu’elle passe d’un air ingénu.

    Au-delà des mers, par-dessus les îles,
    Lapines et lapins, tous s’envoient en l’air.
    La fête des mères, les pères en exil
    Mettent le grappin sur d’autres insulaires.

    Illustrations de Schinako Moriyama.

  • Après la lecture

    Après la lecture

    Quand elle a déshabillé le livre, de ses habits, elle se délivre
    Pour rêver elle-même à son tour une belle histoire d’amour
    Que ses deux mains calligraphient sur l’intime géographie
    Et vont explorer les secrets des étroits passages indiscrets.

    Tableau de Pablo Picasso.

  • L’ancre de mes vers

    L’ancre de mes vers

    Lorsque, à dada, j’écris à l’ancre en grattant la couche de rouille,
    je crains un peu, beaucoup la pluie, pas du tout l’eau de l’océan
    Ces traîtresses dilueraient mon encre et créeraient mille-et-une embrouilles
    Entre ma reine de la nuit et ma maîtresse de céans.

    Photo de la Navy.

  • La vague lapine – 1

    Lapine est la vague, la vague est lapine,
    Lorsqu’elle déferle comme un chaud lapin
    Qui vient et divague et puis de débine
    Revient sur la perle, remet son grappin.

    Enfin elle explose, l’onde étincelante
    Chante en voix de crête l’amour cunicole.
    Jusqu’à ce qu’éclose la vague déferlante
    La mer qui s’apprête et qui caracole.

    Illustrations de Giada Bianchi.

  • Chute de charme

    Chute de charme

    À la première femme nue, je suis surpris et puis, j’attends.
    À la deuxième fille à poil, je ne méfie, évidemment.
    La troisième, peut-être ingénue ou bien envoyée par Satan ;
    Après je pars sous les étoiles, cœur et âme concomitamment.

    Tableau de Harry Holland.

  • Sur des musiques peintes

    Sur des musiques peintes

    Sur des musiques peintes sur tes seins en cymbales,
    Sur des partitions dessinées sur les contours de ton visage,
    Sur des paroles en demi-teinte de peur que ton cœur ne s’emballe,
    Sur le papier parcheminé de mes désirs que j’envisage…

    peinture corporelle de David Gueringer et Michael Rosner.

  • Par le judas

    Par le judas

    L’intime communication que me permet cette interface
    Avec le monde qui m’entoure et me réclame un médiateur,
    Perce, comme authentification, une fenêtre à la surface
    Dont le coup d’œil vaut le détour et un verdict appréciateur.

    Tableau d’Antonio Mora.

  • Un vol pour Paris

    Un vol pour Paris

    Quand tout concorde vers les étoiles dans un fauteuil modélisé
    Pour survoler la capitale voire plus loin si affinités,
    Le vent s’engouffre dans les voiles des drapeaux des Champs Élysées
    Et c’est parti dans l’orbitale cosmique vers l’infinité.

    Tableau de Jeanne Saint Chéron.

  • Finalement, l’homme est bon !

    Finalement, l’homme est bon !

    Entre les canons de beauté et l’art de la chair à canon,
    L’homme et la femme en écorché offrent un régal bien octroyé :
    De la belle cuisse au bas-côté ou de la poitrine aux rognons,
    L’humain, une fois embroché, est bien meilleur qu’on le croyait.

    Création de Plasticboy.

  • L’envolée belle

    L’envolée belle

    Les plus belles plantes du pays qui cheminent à pas feutrés
    Sont les plus belles à s’envoler surtout quand l’amour les transporte.
    Hier, j’étais encore ébahi de voir une fille calfeutrée
    Se mettre nue et convoler avec le vent devant sa porte.

    Tableau de Linda Clark Johnson.

  • Dynastie florale

    Si le faune est à la sirène ce que la flore est à la mer,
    Imaginez ce que serait une dynastie forestière.
    Les fleurs couronneraient la reine, le roi décoré de fougères
    Et le petit prince passerait pour le florilège du bestiaire.

    Quant aux princesses multiflores, maquillées de gouttes de rosée,
    Laquelle serait la plus belle ? Je vous le laisse deviner…
    Peut-être Lila Passiflore ou Anémone Couperosée,
    Ou encore Iris Mirabelle ou bien Violette du Dauphiné.

    Tableau d)Angela Chalmers.

  • Clair-obscur

    Clair-obscur

    Entre les cônes de lumière et les trous noirs inexplorés,
    Se cache toujours une femme derrière un rideau de mystère.
    Les plus futées sont les premières – et pas si connes- à déplorer
    Que l’obscurité les diffame tandis que l’éclat est salutaire.

    Illustration de Schmitz.

  • Rien à voir !

    Rien à voir !

    L’épaisseur du mur de lumière connaîtra sa métamorphose
    Lorsque les voitures électriques ne consommeront presque rien.
    Car – ce n’est pas une première – mais trois fois rien, c’est quelque chose ;
    Il y aura toujours des excentriques qui se prétendront ivoiriens.

    Illustration de Schmitz.

  • Explication par l’absurde

    Explication par l’absurde

    Ouverte d’un pan de lumière, comme une voiture en latex,
    L’absurdité de la vision revendique une explication :
    Ici, la matière première provient d’une substance connexe
    Aux montres molles en prévision d’une absurde vulcanisation.

    Illustration de Sébastien Plassard vue sur https:weandthecolor.comsebastien-plassard-dreamlike-illustrations79257 .

  • Drôle d’oiseau

    Au bal masqué un drôle d’oiseau plutôt à poil qu’à beau plumage
    Se présenta recroquevillé comme pour pondre un œuf surprise.
    Il intrigua les damoiseaux et causa l’auto-allumage
    De tous leurs sens émoustillés lorsqu’ils tombèrent sous son emprise.

    Lorsqu’elle se redressa d’un bond tous virent la beauté de l’oiselle
    Toujours masquée, incognito, mais tous ses charmes exposés.
    Elle réveilla les moribonds, fit enrager les demoiselles
    Quant aux organes génitaux, plusieurs faillirent exploser.

    Tableaux de Costa Dvorezky.

  • Sainte Andromède

    Sainte Andromède

    Plutôt que « Dieu créa la femme pour que l’homme ait sa descendance »
    Disons que Dieu façonna Ève pour représenter son image.
    Ainsi le sacrilège infâme d’avoir goûté la connaissance
    Ne l’abaisse pas mais la relève au rang du plus brillant hommage.

    Tableau de Costa Dvorezky.

  • La chute d’Andromède

    La chute d’Andromède

    Après le plaisir de la mer, après le désir du soleil,
    Elle se sent mourir de bonheur comme une chute dans l’épectase.
    Dans le sein même de sa mère, aurait-elle connu cet éveil,
    Celui-là qui met à l’honneur la joie de vivre dans l’extase ?

    Tableau de Costa Dvorezky.

  • La cerise d’Andromède

    La cerise d’Andromède

    Lorsqu’elle émerge de l’élément, de ce liquide nourricier,
    Andromède ajoute une touche d’un bain de soleil à dessein
    Pour sentir sur ses téguments le baume chaud et pâtissier
    Comme un goût sucré dans la bouche qui se déverse sur ses seins.

    Tableau de Marco Ortolan.

  • La plongée d’Andromède

    Le corps reconnaît sa substance plongée dans l’élément liquide ;
    La peau exprime sa nudité pareille au contact amoureux
    Et l’eau rafraîchit l’existence, celle qui paraissait insipide
    Mais retrouve sa limpidité dans ce courant doux langoureux.

    Le corps recouvre ses réflexes dans chaque partie de lui-même ;
    Les bras retrouvent leurs fonctions et les jambes, leur propulsion.
    Le sexe n’a plus de complexe, il redevient l’organe qui sème ;
    Même le cœur fait la jonction avec le sang en impulsion.

    Tableaux de Marco Ortolan.

  • Un amour de petite chèvre

    Je me souviens de cette histoire, celle de la petite chèvre,
    Que l’envie, dans son pâturage, de la montagne démangeait.
    Et Monsieur Seguin, c’est notoire, lui raconta du bout des lèvres
    Que même avec tout son courage, le loup l’aurait vite mangée.

    Mais elle mit un point d’honneur à imiter la vieille Renaude
    Qui combattit, la mijaurée, jusqu’à son éternel sommeil.
    Or, devant le loup flagorneur, la petite chèvre penaude
    Tint à ne se laisser dévorer qu’au premier rayon du soleil.

    Tableau de Marc Chagall.

  • Confondue dans la lecture

    Confondue dans la lecture

    La souris de bibliothèque est devenue caméléon
    Depuis que les chats pitres cherchent à attraper son cul-de-lampe.
    De même dans les vidéothèques, sous la lumière des néons,
    Des chats cinéphiles se perchent pour être sous les feux de sa rampe.

    Pour rappel, un « Cul-de-lampe » en typographie est un ornement placé en bas d’une page.

    Bodypaint d’Adam DuShole ; Photo de Bill Wadman.

  • Dandelions cosmiques

    Parfois les pissenlits ressemblent aux lettres tendres écharpillées
    Que les amoureux désœuvrés ont déchiré aux quatre vents.
    Et les mots perdus se rassemblent dans les étoiles éparpillées
    Pour laisser la vie manœuvrer et semer l’amour survivant.

    Je vois le vol des dandelions comme des milliers de promesses
    Que des cœurs esseulés confient à la clémence du hasard.
    Si j’en crois un vieux tabellion qui m’a conté, je le confesse,
    L’heur d’un Cupidon déconfit et déçu par tout ce bazar.

    Tableaux d’Oleg Mayorov.

  • Anormalement vôtre

    Au début tout semble normal, sauf que l’escalier tourne en rond
    Uniquement en marche avant sans moyen de se retourner.
    Un Suisse-allemand me crie « Nochmal ! » en me piquant d’un éperon
    Et surgissant d’un paravent en bois de rose chantourné.

    En me retrouvant au départ je réalise que je dors
    Et que mon rêve s’est répété dans un cauchemar d’hardiesse.
    Malheureusement nulle part je ne retrouve le livre d’or
    Sur lequel j’avais sécrété ce poème à l’emporte-pièce.

    « Nochmal » en allemand signifie « encore une foi » et se prononce comme « normal ».

    Tableau de Tishk Barzanji.

  • L’enjambement – 3

    L’enjambement – 3

    Finalement, c’est à l’envers que tout le monde paraît droit.
    La règle de l’absurdité parfois prévaut sur tout le reste.
    Voici pourquoi j’écris mes vers avec une rime à l’endroit,
    Les autres avec lucidité mais bien souvent d’une main preste.

    Illustration de Faby sur http:fabyartiste.com .

  • L’arôme de la commémoration

    L’arôme de la commémoration

    À l’heure où les fleurs reconnaissent leur plus grand épanouissement,
    Je vais en humer les fragrances pour invoquer dans l’abbaye
    La vocation des diaconesses qui, jusqu’à l’évanouissement,
    Portaient les arômes en errance aux plus belles vierges du pays.

    Tableau d’Andrea Kowch.

  • Les nymphes océanes

    Les nymphes océanes

    À l’horizon de l’équateur, le soleil jamais ne se couche
    Mais se recueille au crépuscule par les nymphes de l’océan.
    Grâce à son feu générateur, les sirènes enceintes accouchent
    D’un enfant-poisson minuscule puis, on renvoie l’astre au néant.

    Tableau d’Arthur Prince Spear.

  • Voici mon étoile !

    Voici mon étoile !

    Lorsque le miroir me dévoile l’envers du ciel qui y converge
    Tout mon corps tremble et redevient la première femme de la Terre.
    Je suis née au cœur de l’étoile qui gravite autour de la Vierge
    Dont la constellation revient s’aligner avec Jupiter.

    Tableau de Jan Saudek.