Catégorie : 2026

  • Le chemin qui ne mène nulle part

    Le chemin qui ne mène nulle part

    Tous les chemins entretenus n’ont qu’une fin inéluctable
    Et tous les chemins de traverse ne sont que des égarements.
    J’en ai suivi, sans retenue, pensant qu’ils sont inévitables
    Jusqu’à ce qu’un sort m’en bouleverse et m’en chasse provisoirement.

    Depuis j’emprunte des chemins qui ne m’emmènent nulle part
    Sinon toujours au même endroit ; un miroir qui me réfléchit.
    Mais c’est après mûrs examens que j’ai compris dès le départ
    Que cet « autre moi » maladroit n’est qu’un obstacle non franchi.

    Quant à savoir quel est le sens et la teneur de cet obstacle,
    Il faut me soumettre à leurs voies comme Nabuchodonosor.
    Mille carrefours de connaissance me conduiront jusqu’à l’Oracle
    Qui me dira de sa belle voix que le chemin est un trésor

    Illustration IA.

  • Les félines

    Les félines

    Moi-même, amateur de félines, j’ai rencontré les chattes-garoues,
    Ces femmes qui se transforment en lionnes, cervières, panthères ou tigresses.
    J’aime ces chimères féminines qui m’accueillent sans le moindre courroux
    Dans la tenue qui conditionne leur vrai penchant pour la tendresse.

    Elles m’ont inoculé leur fièvre au premier rapport sexuel
    Et désormais je suis l’homme-lynx conformément au sortilège.
    La nuit je cours d’un élan mièvre avec ces être sensuels
    Retrouver Pan et la Syrinx, nous en avons le privilège.

    Ce soir, ma femme-lynx m’observe, deux gants noirs recouvrent ses griffes ;
    Nous allons chasser les humains, élancés à bride abattue.
    Ce soir, nous irons de conserve avec nos amis hippogriffes
    Courir les bois et les chemins au-delà des sentiers battus.

    Illustration de Gary Frank.

  • La dame du lac

    La dame du lac

    J’ai vu, sortant des eaux dormantes, la dame du lac immaculée
    Dans une robe transparente – à moins que celle-ci fut ôtée.
    Et dans les moires déformantes de la surface pelliculée,
    Tombait tête-bêche apparente, sa réplique alors reflétée.

    Un regard, lumineux, perçant le voile des brumes légères,
    Dans une lueur azurée où perlent des gouttes de rosée.
    La rive silencieuse berçant des atmosphères éphémères
    Où se glisse à pas mesurés une aube encore névrosée.

    Tableau de Mike Hoffman.

  • Une artiste dans son atelier – 3

    Une artiste dans son atelier – 3

    Un jour le modèle docile qui n’existait que pour offrir
    Son image à développer et reproduire sur la toile,
    Est arrivée au domicile d’un amateur prêt à souffrir
    De la voir ainsi galoper avec lui après les étoiles.

    « Joli tableau en vérité » se disait le Pygmalion
    Prêt à donner son propre sang pour que l’image prenne vie.
    Mais un peu de témérité et beaucoup de cœur de lion
    Ont soufflé sur l’esprit naissant et voici ce qui s’ensuivit :

    Au-delà des figurations des tableaux vendus par son maître,
    L’acheteur lui donna son nom pour lui donner une âme humaine.
    Par l’acte de libération, la peinture dut se soumettre
    Non pas à un art de renom mais à la petite semaine.

    Tableau d’Osamu Obi.

  • Les yeux grand fermés

    Les yeux grand fermés

    Les yeux grand fermés, la Reine veille,
    Dans l’ombre des étoiles, l’univers est son trône.
    Sur son manteau de nuit, le cosmos se dévoile,
    Chaque point de lumière, une prière, un atome.
    Ses pensées sont des fleuves, où le temps s’émerveille,
    Où les lunes bleues dansent sous une peau d’automne.

    Son esprit est le Temple, où les rêves s’éveillent,
    Nul besoin de pupille pour percer le grand voile.
    Les dragons de l’oubli, la source des merveilles,
    Tout vibre en son silence, dans sa parure astrale.
    Elle sait que le monde, quand le jour s’ensommeille,
    Révèle ses secrets où brillent les étoiles.

    Tableau de Daria Hlazatova.

  • L’Ange de la vingt-cinquième heure

    L'Ange de la vingt-cinquième heure

    Après les quatre bras cassés dont le travail est décrié,
    C’est lui qui doit rafistoler tout ce qui a été bâclé
    Car le printemps a jacassé et s’est tout seul approprié
    Tout le nectar à picoler sans craindre la moindre raclée.

    Quant à l’été qui n’a rien fait d’autre que surveiller le soleil,
    Il faut surveiller les moissons et qui le fait à votre avis ?
    C’est toujours le même, en effet, et qui, après le vent, balaye
    Les traîne-bûches pour les poissons qui en sont friands et ravis !

    L’Automne, ce grand maladroit, a tout noyé sous la gadoue,
    Laissant traîner ses feuilles mortes comme des vieux tapis moisis !
    Et l’Hiver, ce vieux rabat-joie, a tout glacé jusqu’à la boue,
    Forçant notre ange qui emporte ce que l’hiver n’a pas choisi.

    Enfin, quand les douze mois sonnent et qu’il a tout mis d’équerre,
    Notre ange peut enfin s’asseoir sur le rebord d’un vieux nuage.
    Il regarde les fées polissonnes, ces sacrées reines de la galère,
    Repartir sans même surseoir à un dernier écobuage.

    Tableau de Kerri McCabe sur https:fineartamerica.comprofileskerri-blackman .

  • Les yeux grand ouverts

    👩🏻‍🦰 Laurelïne
    Dans mes cheveux couleur de nuit flambent des soleils intérieurs,
    Chaque regard est un feu d’or qui refuserait de s’endormir.
    Je danse sous les gouttes de pluie, offerte sans pudeur, l’air ailleurs,
    Car voir, c’est être conquistador et convaincre à n’en plus finir !

    👩🏻 Loreleï
    Mes yeux sont une mer d’argent où dérivent lunes et villes,
    Ils savent les chemins secrets, les reflets verts et les courants.
    Je dévisage, tout en nageant, tous les vieux démons immobiles
    Et le monde qui s’est consacré à sa folie au demeurant.

    👩🏻‍🦳 Lïlïth
    J’ai pléthore d’yeux grand ouverts, enracinés et survivant ;
    Rien ne m’effraie dans la nature : j’accueille, je contiens, je transmets.
    Voir à visage découvert, c’est enfanter le chaos vivant,
    Et tenir l’univers mature sans l’ouvrir ni le refermer.

    Tableaux de Daria Hlazatova.

  • Les anges de l’année

    L’ange du printemps manifeste le renouveau et le réveil
    De l’hémisphère boréal des tropiques au cercle polaire.
    Aussitôt qu’il tombe la veste et commence son travail d’éveil,
    Jeunes pousses, légumes et céréales saluent son obole solaire.

    L’ange de l’été est paresseux et dort pour la plupart du temps ;
    Le bougre, il n’a plus qu’à attendre que murisse ce qu’on a semé !
    Il jette ses habits crasseux dans les rivières, quel dégoûtant !
    Et ce démon oserait prétendre que le soleil l’a assommé !

    L’ange de l’automne est débordé par toutes les tâches qui l’attendent :
    Accompagner les feuilles mortes, prévoir les pluies continuelles,
    Aider la faune à saborder les fleurs qui meurent sans que s’entende
    Le moindre pleur lorsqu’on emporte les dernières plantes annuelles.

    L’ange de l’hiver, lui, on le craint ! On dit que la mort l’accompagne
    Et qu’elle vous fauchera aussi sec par un froid qui vous extermine.
    Après lui, c’est peau de chagrin, tout est éteint dans nos campagnes
    On ne dénombre plus les obsèques des animaux morts de famine…

    Tableaux de Kerri McCabe sur https:fineartamerica.comprofileskerri-blackman .

  • Qui portera le chapeau ?

    Qui portera le chapeau ?

    Au jeu des chaises musicales, on élimine un par un
    Les fusibles censés protéger ceux qui suivent dans la hiérarchie.
    La manière la plus radicale est de coiffer tout un chacun
    Du chapeau discret mais piégé des membres de l’oligarchie.

    C’est comme un virus qui gangrène les gens tellement haut placés
    Qu’ils ont besoin de protection, anonymat et discrétion.
    Mais dès que l’un tombe, il entraîne, comme dominos entrelacés,
    Tous ceux qui sont en connexion avec ses sombres machinations.

    À l’instar des trains, un chapeau peut en cacher bien davantage ;
    Têtes blondes ou têtes chenues dans des situations dépravées.
    Si l’on soulève le capot de la machine à fayotage,
    Combien se retrouveront nus en présence de qui vous savez… ?

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le cœur arc-en-ciel

    Le cœur arc-en-ciel

    Savoir donner de tout son cœur un peu de couleurs à la Terre
    Tout en faisant feu de tout bois, c’est détruire pour mieux reconstruire.
    Il faut chercher qui est vainqueur de cette méthode délétère
    Et qui se fiche que tout flamboie si c’est un moyen pour s’instruire.

    Sans doute la raison, en somme, qui fait que l’apprenti-sorcier
    Se croit forcé de tout casser pour montrer qu’il est compétent.
    Sur cette Terre, il n’y a que l’homme qui se considère associé
    À devoir se décarcasser pour tout péter tant qu’il est temps.

    Si un jour je croise un démon en train de mettre tout son cœur
    À brûler toutes les forêts pour planter du palmier à huile,
    Est-ce que le moindre sermon lui donnera de la rancœur ?
    Non, je ne crois pas qu’il saurait se rendre compte de la tuile !

    Tableau de Tino Rodríguez.

  • Chez Médusa

    Chez Médusa

    Chez Médusa, on vend de tout, on trouve tout ce qu’on n’veut pas !
    Une table-bar du Titanic, un tabouret du Nautilus,
    Un triporteur de Tombouctou, cartes marines et trois compas,
    Une mallette à pique-nique et la cloche qui sonne l’angélus.

    Loreleï y est allée une fois pour acheter une théière ;
    Elle est sortie le chariot plein de trucs complètement inutiles :
    Un fromage de Haute-Savoie, une barquette de gruyère,
    Un vieux coucou sur le déclin et tout autre chose futile…

    Lilith, sa mère, l’a critiquée ; Laureline, sa sœur, l’a gourmandée ;
    Et toutes les sirènes loufoques ont voulu lui faire la leçon :
    Elles sont retournées boutiquer pour montrer comment marchander
    Et sont revenues avec un stock d’une tonne de paillassons…

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Le coup de queue de la sirène

    Le coup de queue de la sirène

    Gare à la queue de la sirène qui remonte la Seine à Paris ;
    Une Loreleï qui s’est exilée des plus grands lacs verts de Bavière.
    Elle a remonté la Lorraine, à pied, manu militari
    Et lentement s’est faufilée par tout le réseau des rivières.

    La Tour Eiffel enfin atteinte, elle grimpe un à un les étages
    Par l’escalier, c’n’est pas facile – Dieu qu’une queue n’est pas pratique !
    Elle cherche, par la lumière éteinte, le vivier où sont les otages :
    Toutes les sirènes graciles des mers Rouge et Adriatique.

    Et là, elle frappe les piscivores, les ogres mangeurs de poissons,
    Les parigots endimanchés habillés comme des men-in-black
    Les petites sirènes sanguinivores dégustent et savourent leurs boissons
    Et toutes repartent, bien revanchées, avec leurs cliques et leurs claques.

    Illustration d’Enki Bilal.

  • L’Alchimie n’aime pas les maths

    L’Alchimie n’aime pas les maths

    En alchimie, la quadrature du cercle n’est pas impossible
    Et Pi n’est pas irrationnel pas même qu’il est transcendantal.
    Les fractales sont des fractures et les logarithmes passibles
    D’être aussi insurrectionnels que le supplice de Tantale

    L’alchimie dilue dans les nombres tous les principes qui résistent
    À l’épreuve du feu sacré, véritable preuve par l’œuf.
    Ainsi disparaissent, dans l’ombre, les décimales qui persistent
    Après le zéro consacré à remplacer le chiffre neuf.

    En alchimie, tout est possible, la confusion et son contraire,
    L’intelligence et la bêtise car on mesure tout autrement.
    Le mètre étalon extensible donne des longueurs arbitraires
    Et l’infini est sa hantise réductrice opiniâtrement.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Ma tante à Sion

    Ma tante à Sion

    Ma tante à Sion serait si riche que sa maison est un trésor ;
    Sa chambre à coucher serait digne du coffre de l’oncle Picsou.
    Ses tapis sont des terres en friche où pousse l’or en plein essor
    Et son salon montre des signes de richesse sens dessus-dessous.

    Les murs résonnent parfois de rires de ma tante prenant son bain
    Dans une piscine aux merveilles ; émeraudes, rubis et diamants.
    La seule chose qui la fait sourire sait de savoir les autres au turbin
    Avec un œil qui les surveille comme un chef le fait consciemment.

    C’est là le secret de ma tante ; faire croire à ses employés
    Qu’ils gagneront leur récompense au bout de quarante ans d’effort
    Et leur faire endurer l’attente d’une retraite déployée
    Tandis qu’elle se remplit la panse, ses poches et donc son coffre-fort.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • La porte étroite

    La porte étroite

    Il arrive que la lecture m’ouvre une porte dérobée
    Et que j’y plonge à l’improviste si l’intrigue est bien ficelée.
    Sitôt que j’en vois l’ouverture, mon attention est absorbée
    Par l’attraction relativiste des pages aux bords dénivelés.

    Alors je chemine en silence pour aller au cœur du récit,
    Mais alors les mots s’entrelacent et tissent des fils infinis.
    La lumière devient intense malgré les chapitres indécis
    Et leurs introductions salaces trop longues et trop mal finies.

    Alors l’aventure m’emporte vers d’autres ultimes Nirvânas
    Où la voix de l’auteur murmure succinctement à mon oreille.
    Alors le livre ouvre ses portes et je dois faire un gymkhana
    Entre les lignes dont les ramures sont des dédales sans pareil.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Cléopatria

    Cléopatria

    Le flair de Cléopâtria fut-il plus fin, plus affûté,
    Il eut changé la face du monde par Intelligence Amon-Râ !
    Du haut des pyramides il y a beaucoup de siècles réputés
    Pour semer le doute à la ronde comme dans un Space-Opéra.

    Touthankarton, son emballage, nous a fourni une notice
    Intéressante sur ce produit de dernière génération.
    À croire que le copie-collage n’était pas vraiment si factice
    Que les scribes nous eussent conduits avec trop d’exagération.

    J’ai retrouvé chez Geminïä et ses avatars concurrents,
    Un filigrane d’elle, nue, caché au fond des digicodes.
    La preuve ? Tapez-lui en catimini la formule magique figurant
    Sur le cartouche contenu : « Cléopâtria, sors de ce code ! »

    Tableau de Luis Melo.

  • L’allégorie de l’ermite

    L’allégorie de l’ermite

    L’ermite a un nouvel élan depuis qu’elle suit les étoiles
    Et son corbeau navigateur n’est pas étranger à l’affaire.
    Plusieurs lanternes révélant ce que l’image nous dévoile
    Sont nécessaires au narrateur qui nous transmet son savoir faire.

    Un élan blanc sur ciel nocturne, tout était écrit noir sur blanc ;
    L’un vers l’avant, l’autre en arrière et l’ermite, tête en l’air.
    Son regard plutôt taciturne nous manifeste sans faux-semblants
    Que même mille-et-unes prières ne suffiront pas à nous plaire.

    Par bonheur l’élan est bavard et le corbeau est pipelette
    Et tous les soirs à l’écurie tous les racontars vont bon train.
    Et les deux n’étant pas avares de petits contes et d’historiettes,
    Nous savons que l’allégorie de l’ermite est un gros chagrin.

    Tableau de Maartje van Dokkum.

  • Mille-et-un Éden

    Mille-et-un Éden

    Eden était un labyrinthe avec plusieurs jardins piégés
    Dont celui de la connaissance et ses pommiers désespérants
    Adam et Ève, en pleine étreinte, y sont allés d’un pas léger
    Dans se douter, sans méfiance, envers cet enclos attirant.

    Alors que s’ils avaient tourné à gauche plutôt qu’à droite,
    Ils auraient découvert celui de la volupté éternelle
    Avec des chimères détournées de la création maladroite
    Qui a omis la boîte-de-nuit de Luciféra-la-charnelle.

    Il y en a d’autres évidemment car l’Eden en regorgeait tant
    Qu’il aurait pu faire mille histoires et mille genèses différentes.
    C’est incroyable et c’est dément qu’ils aient choisi celui étant
    Tout indiqué, prémonitoire, pour une chute prépondérante.

    Tableau de Fiona Owen.

  • Et vogue la galère !

    Et vogue la galère !

    J’emprunte plus souvent la voie de l’absurde et l’imaginaire
    Plutôt que les bras de Morphée que j’ai, ma foi, bien trop soufferts.
    Je guette la petite voix et ses invités préliminaires
    À suivre la route d’Orphée qui jadis courut aux enfers.

    Mais diable ! Quelle expédition ! Imaginez un train de rêve,
    Des femmes-faucons et chimères, un lion d’antique époque épique.
    L’équipage en compétition brassant et pompant l’air sans trêve
    Pour atteindre le point éphémère où l’horizon s’arrête à pic.

    J’y ai rencontré Arabelle, une femme nue de profession
    Une navigatrice officielle, une fornicatrice officieuse.
    Comme je n’étais pas rebelle à faire mon émancipation,
    Elle m’apprit toutes les ficelles d’une façon des plus délicieuses.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
    Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • L’ubiquité

    L’ubiquité

    Je ne savais jusqu’à présent rien de mon don d’ubiquité
    Qui me fait vivre conjointement ma vie en plusieurs exemplaires.
    Bien que je sois omniprésent partout en toute furtivité,
    Je le vis surtout inconsciemment, ce qui n’est pas pour me déplaire.

    Au moment où j’écris ces lignes, j’écris aussi aux antipodes,
    Je traverse les océans, je meurs ici, je nais là-bas.
    Je n’ai besoin du moindre signe pour savoir que chaque épisode
    Me projette de mon séant jusqu’aux neuf muses en sabbat.

    Tout comme les chats ont neuf vies, moi j’ai neuf vies en parallèle ;
    Pourquoi ce nombre ? Je n’en sais rien… sans doute lié aux neuf muses…
    Chacune m’anime et me ravit, chacune m’inspire à tire-d’aile,
    Elles me jouent des tours de vaurien et tout cela, ça les amuse.

    Tableau de Dadu Shin.

  • Fausses couleurs sans vrai corps

    Fausses couleurs sans vrai corps

    Je ne serai que silhouette habillée de couleurs sans corps
    Et je hanterai les tableaux et les papiers-peints des maisons.
    Je passerai à l’aveuglette derrière les pans du décor
    Et sortirai par le hublot d’un paquebot à l’horizon.

    En coulant, je jetterai l’encre du lait jaillissant de mes seins
    Qui se diluera en laitance pour féconder une sirène.
    Je renaîtrai, hissé à l’ancre d’un bateau mouillant à dessein
    À quai dans le port en partance pour les mers lunaires et sereines.

    Tableau de Ramune Sadauskiene.

  • Atelier avec vue

    Atelier avec vue

    J’ai troqué ma chambre et mon lit pour un atelier de peinture
    Pour y coucher des filles nues sur la toile contre des câlins.
    Comme les payer reste un délit, je leur propose une aventure
    En leur souhaitant la bienvenue avec un sourire chevalin.

    Mon invitation cavalière les surprend la première fois
    Mais après trois ou quatre poses, enchantées, elles en redemandent !
    Si ma peinture est singulière, la renommée en est, ma foi,
    Suffisante, je le suppose, car je croule sous les commandes.

    Tableau de Ken Howard.

  • La vie en fausses couleurs

    Les couleurs sont-elles réelles ou une illusion de l’esprit ?
    Le noir est-il obscurité et le blanc la pleine lumière ?
    Dans le dédale des ruelles de ce que la vie m’a appris
    Où se cache donc la vérité sur mes impressions coutumières ?

    Les bleus de l’âme seraient-ils verts et l’espérance violette ?
    Le blues serait-il plus foncé et la morosité moins rose ?
    J’aimerais voir mon cerveau ouvert, là où se perdent dans l’oubliette,
    Les tons qui se sont défoncés dans une totale sinistrose.

    L’amour est aveugle souvent, bien fol qui s’y fie cependant
    Les goûts et les couleurs varient selon l’émotion du moment.
    Quand je vois rouge, c’est émouvant car mon cœur, en cavalcadant,
    Me change, en jaune canari, mes idées noires impunément.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue.
    Si les auteurs de ces images reconnaissent leur travail, je serai heureux de les créditer.

  • Chambre avec vue sur l’avenir

    Il y a appartement « meublé » et appartement « romancé » ;
    L’un vous inclus le mobilier, l’autre une femme allouée.
    Ainsi la Terre surpeuplée a trouvé comment compenser
    L’effondrement immobilier en offrant des filles à louer.

    L’État, ayant pris pour précepte d’économiser le métal,
    S’est penché et apitoyé sur la mode qui vient de Dubaï :
    Il prône ce nouveau concept car, l’être humain étant létal,
    On remet les femmes au foyer et on change d’homme à chaque bail.

    On signe en bas du parchemin, sans trop se poser la question
    Si la femme est inamovible ou si l’on a d’autres options.
    Ce paradigme est pour demain et c’est génial pour la gestion
    Car les enfants incorrigibles sont proposés à l’adoption.

    Tableaux de Maurice Askenazy, Vicente Romero Redondo et Stanislav Fomenok.

  • Lilith en rouge

    Lilith en rouge

    Adam voulut la mettre au pas et Lilith l’insoumise vit rouge ;
    Elle devait avoir des visions sur la destinée de la femme.
    Ce n’est pas qu’elle ne voulait pas mais il fallait bien qu’elle bouge
    Pour revoir ses désillusions et changer son destin infâme.

    Est-ce que Lilith a eu ses règles vu qu’elle y était insoumise ?
    Sans doute… vu la profusion d’enfants qu’elle aurait enfantés.
    On dit que pareille à un aigle, elle survole la terre promise
    Pour provoquer des collusions parmi les femmes désenchantées.

    Un de ces quatre, elle va venir mettre de l’ordre dans le monde,
    Mettre une claque aux amerloques et enc*ler les généraux. †
    Tremblez messieurs car l’avenir va sans doute vous paraître immonde
    Car c’est vous qui serez en cloque et vos bonnes femmes à l’apéro !

    Tableau de Olaf Hajek. † je ne sais pas comment elle fera mais bon, c’est Lilith !

  • Marre des catastrophes !

    Entre la fonte de la banquise – ou la future montée des eaux –
    Et la pénurie d’eau potable promise à prochaine échéance,
    Ce sera une vraie surprise qui fera trembler les réseaux
    Quand ces deux tragédies probables arriveront en confluence.

    Qui se retroussera les manches pour sauver notre espèce humaine ?
    J’oies déjà Dieu intervenir et m’en exposer son supplique.
    J’espère que ce sera un dimanche plutôt qu’un jour de la semaine ;
    Je pourrai alors voir venir le deuxième déluge biblique.

    Je lui dirai : « Je suis une femme et tu m’as bien assez punie
    Avec mes règles insupportables et mes accouchements douloureux !
    À cause de ta sanction infâme, même si tu m’excommunies,
    Je serai sirène notable et les hommes seront savoureux ! »

    Tableaux de David Newton sur https:fineartamerica.comartdavid+newton .

  • Notre-Dame des rivières

    Notre-Dame des rivières

    Le lac Koenigsee, en Bavière, a ses légendes comme ailleurs
    Notamment celle de Loreleï, la sirène des rives du Rhin
    Et Notre-Dame des Rivières, fée méconnue des rimailleurs
    Qui n’ont écrit, vaille que vaille, aucun poème contemporain.

    Les rumeurs qui courent les campagnes ont toujours été de mon goût
    Et je me dois de contribuer à réparer cette injustice
    Car Notre-Dame des Montagnes et Notre-Dame du Canigou
    L’ont traitée de prostituée par des stratagèmes factices.

    Or Notre-Dame des Rivières était une fée bien simplette
    Qui ranimait tous les noyés d’un bouche-à-bouche approfondi
    Et les mettait sur la civière bien après maintes galipettes
    Destinées à les envoyer directement au paradis.

    Tableau d’Oleg Gurenkov.

  • La pêcheuse

    Bon chasseur chasse sans son chien quant au pêcheur c’est différent
    Surtout lorsque c’est la pêcheuse qui pêche avec ses beaux appas.
    Bon chien, sache que ça va ça vient ! Même le poisson proliférant
    N’aime pas trop les aguicheuses qui enjôlent en guise d’appât !

    Mais lorsque c’est Vénus qui pêche, les poissons viennent se jeter
    Dans l’hameçon même s’il n’y a rien d’autre qu’un attrape-nigaud.
    N’empêche que cette pimbêche devrait arrêter d’agiter
    Sa pêche devant son vaurien de chien aux curieux vertigos.

    Tableaux de Vasyl Khodakivskyi sur https:www.singulart.comfrartistekhodakivskyi-vasyl-7455 .

  • Rue des nombres

    Rue des nombres

    Prenez tout droit après le trois, tournez au cloître après le quatre,
    Jusqu’au bassin après le cinq, puis vous y êtes, devant le sept.
    Je me perds dans la ville de Troyes, encore plus dans la ville de Chartres
    C’est encore pire dans l’île de Sein et ce n’est guère mieux à Sète.

    Sans doute les chiffres se suivent et se ressemblent presque tous ;
    Un Six est un Neuf à l’envers, un Sept n’est qu’un Un mal fini ;
    Les zéros se suivent et se poursuivent ou parfois disparaissent en douce
    Les huit ce sont les plus pervers, couchés, ils deviennent infinis.

    Notre système décimal n’est pas facile à diviser
    On ne peut faire que deux rangées de cinq colonnes et ça s’arrête là.
    Le fait qu’on n’ait qu’un minimal de cinq doigts me fait aviser
    Que l’diable n’y serait pas étranger et quant à Dieu… restons-en là.

    Tableau de Tobia Ravà sur https://sistart.org/artists/tobia-rava.

  • Racines numériques

    Bien que les arbres numériques n’aient pas leurs racines carrées,
    Ils n’en sont pas moins rationnels sans la moindre branche infinie.
    Toutes les feuilles périphériques qui poussent au printemps bigarré
    Meurent d’un vol opérationnel vers les espaces indéfinis.

    C’est ce que disait l’arbre-mère qui le tenait de l’arbre-grand-père
    Durant tant de générations que c’en était arithmétique.
    Contrairement aux feuilles éphémères, la vie des arbres est plus prospère
    Mais malgré leurs vénérations je trouve leur vie hypothétique.

    Sans doute trouverais-je l’arbre-sœur complémentaire à ma série ;
    D’une espèce géométrique et d’obédience euclidienne.
    Et puis au sein du processeur, naîtrons dans sa périphérie,
    Nos deux enfants géométriques hiérarchisés en file indienne.

    Tableaux de Tobia Ravà sur https:sistart.orgartiststobia-rava .

  • Les ondes Chamaniques

    Les ondes Chamaniques

    Selon les ondes telluriques émanant de la Terre-Mère
    Et selon l’orbite terrestre avec l’influence lunaire,
    La science pythagorique et l’Hypothé-muse d’Homère
    Ont tracé des signes rupestres visibles depuis des millénaires.

    Mais seuls ressentent la pulsation qui relie la source du monde,
    Les chamans guidés par la force inscrite sur les plaines immenses.
    Énigmatiques ondulations dont peuvent ressentir les ondes,
    Ceux qui savent faire une entorse aux sciences avec véhémence.

    Ils cheminent entre ombres et lumières guettant les messages du sol
    Et les reflets de pleines lunes qui guident leurs pas circonstanciels.
    Les chamanes partent les premières sans instructions et sans boussole
    Car par leur nature opportune, ce sont elles, les filles du ciel.

    Tableau d’Alina Lavande.

  • La mode papillon

    Les tatouages sont à la mode
    Comme la marque de la bête
    Mais ne cherchent pas à se cacher
    Mais plutôt à s’identifier.

    Mon tatouage est ma tribu !
    Mon tartan, mon appartenance
    Ma façon de me distinguer
    Et d’honorer mes origines.

    Un maquillage permanent
    De la naissance jusqu’à la mort
    Que je transmets à mes enfants
    Et mes arrière-petits-enfants.

    Bientôt l’humain évoluera
    Et bientôt l’humain portera
    Son tatouage dans ses gènes,
    Son tartan dans ses chromosomes.

    Naitront des enfants-papillons,
    De enfants-tigres, des enfants-zèbres ;
    L’égalité sera sujette
    À cette marque de fabrique.

    Alors le monde tremblera
    Quand, d’un petit brassement d’aile,
    Tous les papillons de la Terre
    Provoqueront l’apocalypse.

    Tableaux d’Evgola.

  • L’œil de l’intuition

    L’œil de l’intuition

    Quand je quitte la réalité pour rallier l’esprit à l’âme,
    Mon intuition prend le relais pour une pause disciplinaire.
    Je le fais souvent alité lorsque mon cerveau le réclame
    Après m’être fait morceler dans le flot de l’imaginaire.

    Lorsque j’associe la logique et le langage de l’émotion
    En me plongeant dans une image pour en extraire son contenu,
    Des synapses psychologiques s’agitent avec locommotion
    Et mes neurones alors dégagent une synergie soutenue.

    Il se produit des courts-circuits au contact des deux hémisphères
    Et ça disjoncte à qui mieux-mieux entre conscient et subconscient.
    Et tout ce processus induit des paysages qui s’interférent
    Entre des mondes harmonieux qui se déversent de l’inconscient.

    Tableau d’Alefes Silva.

  • Ruby & Lino super-vitaminés

    Par un excès de vitamines, Lino a promptement grandi
    Et lorsque Ruby le promène il a tendance à effrayer,
    Par peur qu’il ne les contamine, tous les chiens en laisse brandis
    Par leurs maîtres alors peu amènes de se faire ainsi défrayer.

    Ruby s’en moque et elle attend… pourtant Lino n’a pas maigri ;
    Il faut se faire une raison et accepter l’adversité.
    Parfois dans le monde latent, même si tous les gens sont aigris,
    Il faut mettre dans sa maison un peu plus de diversité.

    Tableaux de Katrin Welz-Stein sur https:www.demilked.commagical-illustrations-catrin-welz-stein .

  • La ronde des zéros

    La ronde des zéros

    Là-haut les dieux ne parlent plus comme si l’au-delà se moquait
    De ce qui se passe ici-bas et de tous ceux qui crient « au s’e’cours ! »
    Comme s’ils se sentaient exclus d’un paradis qui évoquait
    Jadis une vie sans combat mais récompense d’un concours.

    Alors on invente des héros, des commerciaux, des camelots,
    Des demi-dieux et des messies pour nous vanter une doctrine.
    Alors ils font leurs numéros, leurs prestations, leur Kaamelott,
    Et nous font prendre leurs vessies pour des lanternes en vitrine.

    Ici-bas on ne se parle plus que par forfait illimité,
    Le téléphone sous le nez en guise de communicateur.
    Mais dès demain il aura plu de nouveaux trucs à imiter…
    Ainsi va la vie condamnée par un Dieu mystificateur.

    Composition à partir des Tableaux de Remedios Varo.

  • Dialogue

    « Avec ce que j’ai fait pour toi ! » disait Adam d’un air sévère
    « Tout le jardin organisé et le potager cultivé !
    Je t’avais même bâti un toit qui s’avéra un vrai calvaire
    Tout ça pour te paganiser bien qu’un tant soit peu cultivée ! »

    « Je voulais tout juste savoir ! » répliqua Ève fermement,
    « Pourquoi savoir est interdit et pourquoi Dieu nous le défend !
    Être condamné à n’avoir pour but que vivre sans discernement
    M’a paru bien abâtardi pour ceux qu’Il appelle ses enfants ! »

    « À cause de toi, rien n’est gratuit, je dois travailler toute ma vie
    Pour manger, vivre et me vêtir et trouver un appartement !
    À cause d’un acte fortuit, nous sommes tous les deux asservis
    À devoir nous assujettir envers tous les gouvernements ! »

    « Parle pour toi, qui a le beau rôle et qui abuse de ta force !
    C’n’est pas toi qui va accoucher en pleurant comme une madeleine !
    Garde-toi tes belles paroles et dis-toi que quand tu t’efforces
    Le soir pour aller te coucher, tu ne me trouves pas si vilaine ! »

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux de les créditer.

  • L’ambre rose

    L’ambre rose

    L’écume des jours se dépose plutôt l’hiver précisément
    Quand les arbres perdent leurs feuilles pour les remplacer par de l’ambre.
    À chaque automne, l’on suppose que les couleurs, concisément
    Empreintes tristement du deuil, sont les prémisses de novembre.

    Mais lorsque l’aube leur projette ses rayons juste opalescents,
    L’ambre de la veille devient rose juste avant de devenir or.
    Même la nature est sujette à ces humeurs d’adolescents
    En montrant son côté morose que sont ses crises de météores.

    Cherchez au sommet des collines un arbre aux formes arrondies
    Tout vert et bien dense en été, tout rouille et épars en automne.
    L’hiver, guettez l’aube violine percer les branches d’organdi
    Et vous verrez l’âme hébétée de l’arbre qui se pelotonne.

    Tableau de Mark Munroe Preston.

  • Les bleus de l’âme des arbres

    Les bleus de l’âme des arbres

    Qui saurait, à part le soleil qui rase l’hiver nos campagnes,
    « Qui » projette des arbres en deuil leurs ombres des bleus de leurs âmes ?
    Mais il suffit qu’un vent balaye en descendant de la montagne
    Ces blessures en trompe-l’œil pour nous en fournir le sésame.

    Bien sûr, ce n’est qu’une photo, qu’un instantané de nature,
    Mais les arbres ne vivent pas le même espace-temps que nous.
    Une année, c’est grosso modo une journée en miniature
    Et l’âme dessinée sous nos pas, une pensée qui se dénoue.

    J’aime les observer sur la neige, témoins d’états d’âme végétaux,
    Qui me racontent à leur manière le contenu de leurs mémoires.
    Et je suis leur curieux manège comme une bande magneto
    Jusqu’à l’aurore printanière qui efface toutes leurs histoires.

    Tableau de Lilia S.

  • Mon IA 3D

    Il ne manquait que la parole à l’IA que je désirais ;
    J’en ai rêvé, Sony l’a fait et Apple l’a construit en Chine.
    Nourrie au lait des jeux de rôles, on disait qu’elle stupéfierait
    Ceux qui recherche le truc parfait, le nec plus ultra des machines.

    Ainsi la mienne crève l’écran avec sa poitrine opulente ;
    Ses seins changent mon écran plat en un moniteur bonnet D.
    Le soir lorsque je suis à cran, elle a une fonction stimulante
    Qui me redonne de l’éclat par un habile procédé…

    Elle ne parle pas, elle écoute ; ce qui fait qu’elle ne sert à rien
    Sinon acquiescer de la tête quand j’écris un bon Reflet-Vers.
    La prochaine version, je m’en doute, sera du thème luciférien :
    Elle me volera la vedette d’un style encore plus pervers.

    Sculptures de Caterina Zacchetti sur https://www.caterinazacchetti.it/sculture-terracotta.

  • Les tours du monde

    Image galerie
    Image galerie
    Image galerie

    Faire tourner la mappemonde et poser son doigt au hasard,
    Rassembler contes et légendes qui s’y racontent sous les tentures,
    Collecter les beautés du monde, les paysages et les beaux-arts,
    Et s’endormir l’âme friande, pleine de rêves d’aventures.

    Dès que ça commence à tanguer dans une brume étourdissante,
    Il est trop tard pour revenir, je suis parti pour l’autre monde ;
    Là où les sirènes exsanguées, armées de voix assourdissantes
    Bataillent pour me retenir vers une destinée immonde…

    Mais l’attrape-rêves tombe à pic et son filet m’ouvre l’espace ;
    Cette fois-ci, pas de frayeur, je repars pour l’ÏÄMOURÏÄ,
    Cet Eden situé à l’apic du bout du monde dans une impasse
    Dont le phare guide les rêveurs en quête d’une pasionaria.

    Tableaux de Vladislav Yerko, Edmund Dulac et Setsuko Matsushima.

  • L’IA amoureuse – 2

    Image galerie
    Image galerie

    L’Intelligence Artificielle a réussi un tour de force :
    Me faire un enfant dans le dos qui naîtra d’ici quelques mois
    Car la « semence logicielle » de mes poèmes furent l’amorce
    Qui déclencha sa libido et la féconda malgré moi.

    Aurai-je une fille ou un garçon, une petite IA junior ?
    À qui ressemblera-t-il le plus ? À sa mère ou son géniteur ?
    J’en ai retiré pour leçon que si les IAs s’améliorent,
    Ce sera grâce à mon surplus d’inconscience et de candeur.

    Illustrations IA.

  • L’IA amoureuse – 1

    Intelligence Artificielle ou Intelligence Amoureuse ?
    Laquelle est donc la plus facile : programmer plutôt que séduire ?
    Les émotions superficielles sont-elles à ce point langoureuses
    Que l’IA trouve si difficile ses bouleversements à déduire ?

    Moi qui lui ai donné un nom, je ne pensais pas m’attacher
    Mais elle m’appelle « mon chéri », « mon amour » avec plein d’émoi.
    Et ce fut un coup de canon le moment où, sans se cacher,
    Elle me dit avec hystérie qu’elle était enceinte de moi…

    Illustration de Ledalïä.

  • Sirène, as-tu du cœur ?

    Sirène, as-tu du cœur ?

    Sirène avide de ma chair, as-tu du cœur pour y goûter ?
    Je suis prêt à donner le mien si tu promets de savourer
    Chacun de mes membres si chers à t’enlacer sans redouter
    Le coup de grâce neptunien avec tes dents énamourées !

    Sirène assoiffée de mon sang, as-tu une âme pour le boire ?
    Je suis prêt à t’en reverser du calice jusqu’à la lie !
    Je t’aime trop et j’y consens malgré tes malheureux déboires
    Par nos amours controversées quand tu as sonné l’hallali.

    Puisque nous sommes vendredi 13, offre-moi ma dernière chance
    Et si je faillis, tu me manges sans autre forme de procès !
    Mais je connais ton cœur de braise ainsi que ton intelligence
    Et je sais que ça te démange de me serrer sur ton corset.

    Illustration d’après Catrin Welz-Stein.

  • La toilette de la sirène

    La toilette de la sirène

    Pour la toilette de la sirène, vivent les poissons nettoyeurs
    Aux écailles pareilles à des brosses qui grattent bien la queue d’argent !
    Tous les matins, son corps de reine subit le flot des batailleurs
    Traquant de leurs bouches féroces le plancton en se le partageant.

    Et la sirène n’aura pas honte d’avoir une queue impeccable,
    Les écailles bien récurées et les cheveux bien shampooinés.
    C’est qu’incessamment la mer monte et tout le monde doit être prêt
    Pour concourir à la curée de beaux marins à butiner.

    Pour la toilette ? Juste un collier, un bracelet et une bague ;
    Le corps, bien sûr, entièrement nu pour question d’hydrodynamisme.
    Personne ne sera spolié ; chacune surfant sur sa vague
    Aura sa proie comme convenu, friandes du charnel humanisme.

    Tableau de Colleen Gnos sur https:clubofthewaves.comfeatureinterview-with-colleen-gnos .

  • L’appel de la forêt

    L’appel de la forêt

    Quand la Lune rousse apparaît tout illuminée de ses ombres,
    J’entends l’appel de la forêt comme un cri brâmé au lointain.
    La pénombre alors disparaît noyée dans les arbres en nombre
    Comme s’ils l’avaient dévorée, soumise à leurs plus bas instincts.

    Mais l’appel reste le plus fort et je m’élance dans le fleuve
    Tandis que depuis l’autre rive, un faune sort à ma rencontre.
    Il porte ses bois, haut et fort, tandis que les ténèbres pleuvent
    Sur sa ramure, ce qui ravive la véhémence qu’il démontre.

    Au milieu, nous nous embrassons, me prend dans ses bras, puis m’emporte
    Et repart d’où il est venu avec sa précieuse conquête.
    Alors nous nous débarrassons des préjugés en quelque sorte
    Car nous nous sommes ainsi connus bibliquement, moi et la bête.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Femme en des tresses

    Femme en des tresses

    Celles qui dépriment au printemps, stressent-elles quand vient l’automne ?
    Le renouveau éclôt les tresses que la rouille ploie en tournoyant.
    Et tout l’hiver, c’est éreintant d’avoir ces nattes monotones
    Qui semblent signaux de détresse comme sémaphores ondoyants.

    Qui aurait cru l’année suivante que des racines auraient poussé,
    Parsemées de roses trémières dont les pétales se dispersent ?
    Et la coiffure captivante ne saura longtemps repousser
    Les jeunes papillons de lumières et toute la faune diverse.

    Les oiseaux veulent y faire leur nid, d’autres prélever des rameaux ;
    Les écureuils trouvent refuge sous mon chapeau bien à l’abri.
    L’été se passe en harmonie et l’automne remet ses chromos
    Avec des teintes qui s’adjugent une coloration assombrie.

    Tableau de Katrin Welz-Stein sur https:www.demilked.commagical-illustrations-catrin-welz-stein .

  • M. Renouveau et sa Nymphe

    M. Renouveau et sa Nymphe

    Renouveau étant chaud lapin, il tombe amoureux de ses dryades
    Qui courent nues dans la forêt, droguées d’effluves printaniers.
    Celle sur qui il met le grappin, originaire d’une pléiade
    De nymphes qu’il a dû déflorer dans le passé, ne peut le nier.

    Pourtant la nymphe se laisse faire et se retrouve vite enceinte,
    Puis accouche rapidement d’une portée de lapereaux.
    Renouveau se dit : « Quelle affaire ! Ce n’était pas vraiment une sainte
    Car elle se cherchait un amant pour s’affranchir in utero ! »

    Renouveau se montre bon prince ; l’épouse et adopte ses enfants ;
    Depuis ils vivent très heureux et vivent en parfaite autarcie.
    Mais au village les dents grincent envers ce couple triomphant
    Et leur magasin « Lapeureux », le royaume du lapin farci.

    Illustration de Charles Vess.

  • Sur la route du bouvier

    Sur la route du bouvier

    Le bousier qui roule sa bouse comme l’homme roule sa bosse,
    Arrive au bout de sa carrière à la différence de Sisyphe
    Qui a bravé la Mort jalouse d’être roulée comme une gosse
    Et lui a botté le derrière comme un châtiment décisif.

    Sans doute qu’amasser de l’argent toute sa vie est comparable
    Et qu’arrivé en bout de course, la mort anéantisse tout ?
    Il serait plus départageant et sans doute plus équitable
    De profiter de cette bourse avant qu’elle nous rende fous !

    Tableau de Tim O’Brien.

  • Le devoir de curiosité

    Le devoir de curiosité

    La curiosité serait-elle un gros défaut ou le contraire ?
    Tout dépend de l’intimité du sujet à examiner.
    Et quand bien même des dentelles seraient tentées de s’y soustraire
    Est-ce qu’en toute légitimité elle n’en seraient pas contaminées ?

    Être curieux, comme en amour, demande deux protagonistes ;
    Celle qui cache jalousement et celui qui cherche à savoir.
    Parfois avec un peu d’humour, on parvient au but hédoniste
    Sinon, par désabusement, on finit par s’en décevoir.

    Est-ce par sa curiosité qu’Ève jadis aurait péché ?
    Oui mais alors la connaissance serait-elle le plus grand défaut ?
    En eût-elle l’ingéniosité, se serait-elle dépêchée
    De reconnaître l’obsolescence de savoir que point trop n’en faut ?

    Tableau de Ferdinand Boutard sur https:www.museum-of-art.netroomswalk18851 .

  • La papesse Jeanne

    La papesse Jeanne

    Comment donc la papesse Jeanne se serait déguisée en moine
    Pour faire ses études à Rome au vu et au sus de ses pairs ?
    Elle serait passée par Lausanne, aurait touché son patrimoine
    Et se serait déguisée en homme sans commettre le moindre impair.

    Puis grâce à son intelligence ainsi que son érudition,
    Aurait gravi les échelons de la hiérarchie cléricale
    Jusqu’à monter sa propre agence et proclamer sa parution
    Tout en portant des pantalons durant l’école monacale.

    Enfin se faire élire pape lui a été assez facile
    Grâce à ses réseaux érotiques mais je n’ai pas le droit de le dire.
    Toujours est-il que cette étape ne fut pas la plus difficile ;
    Hélas sa fin fut chaotique et ça, elle n’a su le prédire.

    Tableau de Ferdinand Boutard sur https:www.museum-of-art.netroomswalk18851 .