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  • Miroirs d’eau

    Bizarr’ment je peux traverser le miroir liquide en surface
    Et m’ retrouver de l’autre côté sans pour autant être inversé.
    Alice m’a trop longtemps bercé d’illusions par cette interface
    Dont le monde est boycotté par des sceptiques controversés.

    Lorsque j’aperçois mon reflet, j’aimerais qu’il en fasse autant ;
    Qu’il sorte du néant de l’onde même si c’est conflictuel.
    Ce qui serait un camouflet, c’est un reflet ravigotant
    Qui m’accompagne et me seconde, comme un frère jumeau virtuel.

    J’aimerais aussi ma copie incombant au sexe opposé ;
    Moi-même en version féminine aux chromosomes compatibles.
    Bien que ce soit une utopie, la question est déjà posée :
    « La rencontre sera léonine ou au contraire indéfectible ? »

    Comme Morgane « née de la mer », une sirène de transition,
    J’observe dans chaque cours d’eau et chaque rivière, mon image
    Et je m’attends à l’éphémère extraordinaire immersion
    Qui ferait de mon corps lourdaud, deux âmes-sœurs se rendant hommage.

    Photos de Lexi Laine.

  • Bateaux volent !


    Quand je vois des bateaux volants évoluer sur l’horizon,
    Je m’imagine aux antipodes où terres et mer sont à l’envers
    Avec navires décollant de n’importe quand, sans raison,
    Avec des rames telles pseudopodes pour brasser de l’air à revers.

    Ces pays, où le sud est froid et le nord porteur de soleil,
    Qui ressemblent à des mappemondes aux cartes en déclinaison ;
    Des îles sous le vent de l’effroi qu’un vol de migrateurs balaye
    Quand ils s’envolent autour du monde lors des changements de saison.

    Photo de Gloria Illescas.

  • Les droits des animaux

    Une fois la dette remboursée aux colonies qui concoururent
    À l’essor de l’économie des capitaux fondamentaux,
    On verra les humains coursés par les animaux à fourrure
    Qui lorgnent sur la bonhommie des mémères aux jolis manteaux.

    Les bœufs réclameront leur dû, les vaches et les cochons leur cuir,
    Les moutons pleureront leur laine au rayon d’alimentation.
    À chaque espèce sera rendu tout ce qui pourrait nous en cuire
    Si nous résistions hors d’haleine à leurs justes revendications.

    Je rends son aiguille à mon chat, je rends son fusil à mon chien,
    Je rends l’arçon à mon cheval, je rends ses œufs d’or à ma poule.
    Je renonce à tous mes achats de viande et schnitzel autrichien
    Et pour l’océan j’ai l’aval des poulpes, des huîtres et des moules.

    Illustration de Peter de Seve sur https://tanjand.livejournal.com/108193.html#comments .

  • À la mode des gens bizarres de chez nous

    Sculpturale sera la mode ou bien celle-ci nous méprendra !
    Les couturiers toujours bizarres se sont encore surpassés.
    Si la couleur vous incommode, le noir et blanc vous surprendra
    Avec des fleurs et tout le bazar que l’on puisse ou non repasser.

    Juste un collant – fallait oser – un chemisier décolleté
    Et vous voilà reine d’un soir avec le succès garanti.
    On pourrait même supposer que les fleurs vont virevolter
    Lorsque vous voudrez vous asseoir avec le plus beau ressenti.

    Seins nus soulignés de peinture et fleurs de récupération
    Sur un jean noir indémodable bien ajusté au gabarit ;
    Pas de bretelles ni de ceinture, le tout tient par l’opération
    Du Saint-Esprit accomodable avec tous les seins de Marie.

    (Sculptures de Willy Verginer sur https://beautifulbizarre.net/2014/03/31/willy-verginer-finest-flower-sculpture/ .)

  • Le baptême des sirènes

    Baptisées d’eau, les jeunes filles sélectionnées et initiées
    Connaissent le moment crucial de mourir et quitter l’air libre.
    Exorbités comme des billes, les yeux peuvent à peine balbutier
    L’horreur dans l’élément glacial qui leur fait perdre l’équilibre.

    Vient le moment de se noyer et s’inonder à pleins poumons
    D’eau qui transforme les alvéoles qui mutent en branchies salvatrices.
    Cessons de nous apitoyer sur les filles devenues démons
    Et admirons leurs malléoles † devenir queue adaptatrice.

    Les voilà qui ouvrent les yeux sur leurs nouvelles identités.
    Les voici consacrées sirènes que la grâce de Neptune inspire.
    Prônons ce moment merveilleux et acceptons l’immensité
    Du passage des filles sereines pour le meilleur et pour le pire.

    Déjà les poissons font la cour à leurs nouvelles souveraines ;
    Les hippocampes les vénèrent comme maîtresses cavalières.
    Les pieuvres offrent en secours tous leurs tentacules à leurs reines
    Pour le titre de congénères de la milice animalière.

    Fonds d’écrans d’iPhone ; attention une sirène est cachée dedans !
    † Les malléoles sont les chevilles.

  • Tout va très bien avec Marianne

    Avec Marianne assis sans maître,
    Je goûte au vide de la vie.
    Je n’ai pas peur des lendemains,
    Des crises et tout ce qui s’en suit.

    Avec Marianne à six-cents mètres,
    De ses projets je suis avide
    Pour avancer sur le chemin
    Qui m’ôtera ce que je suis.

    Assis au bord du précipice
    Je n’ai aucune méfiance
    Pour faire un grand pas en avant
    Grâce au progrès en confiance.

    Si j’ai plongé dans les abysses
    Par ses mauvaises expériences,
    Que voulez-vous dorénavant
    Qui soit pire que mon insouciance ?

    J’ai bien écouté les Chinois
    Qui m’assurent de prendre du bon temps !
    Bientôt je n’aurai plus à craindre
    C’est simple comme « abracadabra » !

    Notre économie à la noix
    Va s’écrouler dans pas longtemps
    Et ils pourront enfin étreindre
    Le monde entier entre leurs bras.

    Tableau d’Alfred Isac sur https://www.redbubble.com/fr/people/alfred-isac/shop .

  • Un nouveau look pour Marianne

    Le bonnet phrygien aux orties, Marianne arbore ses cornes !
    À se faire ainsi cocufier, la République a décidé
    Que, quand son Roi est de sortie avec son ministre au bicorne,
    À tant faire qu’être statufiée autant aller se suicider.

    Qu’il soit brillantissime énarque ou polytechnicien émérite,
    Qu’a-t-il, ce premier de la classe, de plus que notre Marianne ?
    Mais elle a déjà pris ses marques ; son Manu, elle le déshérite
    Et va botter hors de sa place ce roitelet mégalomane.

    Désormais Marianne va seins nus comme « Femen Républicaine » ;
    Un nouveau parti adapté à la taille de ses bonnets C.
    La « Sans-Culotte » s’insinue dans cette nouvelle dégaine
    Afin de séduire et capter toutes les voix rétrocédées.

    Photo de A. H.

  • Nouvelle queue pour sirène esthète

    Elle fait sa mue de temps en temps, extrait ses jambes de sa queue
    Qui se détache et qui s’en va nourrir quelques poissons voraces.
    Elle n’se repose pas pour autant ; elle produit un fluide visqueux
    Composé de coacervat † tandis qu’elle lit sur sa terrasse.

    Dès la nouvelle queue formée, dans le fourreau ses jambes glissent
    Et nous retrouvons la sirène prête à nager entre deux eaux.
    Sa structure ainsi transformée, elle disparaît dans les abysses
    Pour parader d’un port de reine et frimer dans tous les réseaux.

    † coacervat : Petite gouttelette sphéroïdale de particules colloïdales en suspension.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La vie au grand air

    Océaniquement sirène, tu aimes l’eau, ton élément
    Dans lequel ta jolie queue vibre, aime se nourrir et s’étirer.
    Atmosphériquement sereine, tu aimes l’air évidemment
    Sans lequel ton corps n’est pas libre de s’empresser de respirer.

    Tes jambes recouvertes d’écailles, je les ai vues se transformer ;
    Devenir queue étincelante lorsque tu plonges dans la mer ;
    Redevenir jambes sur les rocailles lorsque tu viens te conformer
    À une vie équivalente à celle des humains éphémères.

    Tu es immortelle sirène, lorsque tu vis dans les légendes
    Mais tu redeviendras mortelle si tu viens vivre hors de ton monde.
    Alors reste libre, ma reine, parmi l’abondante provende
    De l’océan qui te rappelle que tu es la fille de l’onde.

    Illustration de Coles Phillips sur https://www.americanartarchives.com/phillips,c2.htm .

  • En route vers la tendresse !

    Si la voie de la séduction paraît, sur la carte du tendre,
    Comme une route de montagne avec lacets et précipices,
    Sans doute la reproduction de l’espèce a besoin d’attendre
    La plus adaptée des compagnes pour un accouplement propice.

    Mais la route de la tendresse paraît comme une ligne droite
    Qui va directement au but lorsque la barrière est levée.
    Alors le héros se redresse, ses mains deviennent plus adroites,
    Et c’est sur les chapeaux de rut que la vitesse est relevée.

    Après cent mille kilomètres, le véhicule est fatigué ;
    La route pleine de nids de poule et la vitesse limitée.
    Gare alors à l’éthylomètre et les stupéfiants prodigués
    Par le viagra qui rend maboules les fous d’amour illimité.

    Illustration de Raoof Haghighi sur https://www.raoofhaghighi.com/drawings .

  • Comme deux sorcières oubliées

    Ni chat ni chien mais un lapin qui les accompagne partout,
    Une créature biscornue qui vous observe l’air anémique.
    Elles habitent un petit lopin, une cabane, un vrai fourre-tout
    Où elles entassent des cornues et autres instruments alchimiques.

    Les deux sœurs ne sourient jamais comme deux sorcières oubliées
    Un soir du trente-et-un octobre qui seraient restées tout l’hiver
    Et seraient coincées désormais à ce que vous ne les troubliez
    Et que vous leur jetiez l’opprobre pour quelques menus faits divers.

    Comme par exemple de raconter qu’on les a vues sur leurs balais
    Pour aller sous la pleine Lune participer à un sabbat ;
    Ou encore de les affronter tandis qu’elles vous brinquebalaient
    Pour soulager votre rancune et pour vous passer à tabac.

    Finalement elles sont parties après maintes taquineries
    Et après qu’eurent témoigné toutes les bonnes paroissiennes.
    Depuis lors, en contrepartie, contre toutes cochonneries,
    On ne sait comment se soigner car c’étaient nos deux pharmaciennes…

    Tableaux de Brom sur https://www.bromart.com/instagram .

  • Rouler à côté de ses pompes

    Je les appelle « les cons qui roulent » sans leur cerveau resté à quai ;
    Leurs mains sont devenues pilotes et leurs jambes, des machinistes
    Dont les pieds déroulent et enroulent un mouvement de tourniquet
    Comme une danseuse ballote lorsqu’elle tourne sur la piste.

    Mais où se situe la machine et où se dispose l’humain ?
    Les mains rivées sur le guidon relient bras et tête, mécaniques,
    Obligés de courber l’échine si par hasard sur le chemin
    Les jambes-au-corps avaient le don de s’évader dans la panique !

    Quant aux Helvètes à bicyclette, ils s’entraînent dès leur jeune âge ;
    Quel que soit le temps qu’il fera, qu’il vente, qu’il neige ou qu’il grêle,
    Dans le brouillard à l’aveuglette ou sous un orage à la nage,
    C’est le corps qui imposera sa volonté surnaturelle.

    Illustration de Raoof Haghighi sur https://www.raoofhaghighi.com/drawings .

  • Comme deux vestales oubliées

    Comme deux vestales oubliées chargées d’entretenir les flammes,
    L’une de cœur et de raison, l’autre de l’âme et de mon corps.
    Car chaque reflet publié forge et me façonne la lame
    Qui tranche net la déraison d’un monde en total désaccord.

    En Lune noire, tout le mystère jaillit par ma vestale obscure
    Qui alimente les secrets de Dieu, l’Univers et le reste…
    C’est un feu du creux de la Terre, Soleil, Vénus, Mars et Mercure
    Qui monte du foyer sacré entouré de flammèches prestes.

    Le cœur consume la raison s’il est de pierre réfractaire
    Lorsque l’amour brûle en dedans au risque d’y laisser sa vie.
    L’âme éprouve sans cesse le corps pour affûter son caractère
    Comme infernales rages de dents jusqu’à c’qu’elles soient du même avis.

    En pleine Lune, toute la lumière jaillit par ma vestale blanche
    Qui canalise l’origine des étoiles en évolution.
    C’est un feu au cœur des chaumières qui se répand en avalanche
    Comme une passion sauvagine qui nourrit les révolutions.

    Illustrations de Coles Phillips.

  • L’amour sauvage

    Elle voulait goûter tous mes fluides ; mon sperme, mon sang, ma salive
    Et me mordit un peu partout causant mille-et-une ecchymoses.
    N’étant plus vraiment très lucide, elle m’enduisit d’huile d’olive
    Mais qu’elle répandit surtout en me la suçant par osmose.

    Elle absorba toute mon essence me laissant juste assez de forces
    Pour que je puisse récupérer afin de pouvoir recommencer.
    J’eus droit à sa reconnaissance après m’avoir brouté le torse
    Par le plaisir inespéré d’un cannibalisme romancé.

    Photo de Jerry-Jane Pears.

  • Madame Câline & Monsieur Calotte

    Elle se prénomme Câline et Monsieur s’appelle Calotte ;
    Ils forment un drôle de couple, l’amour n’est jamais ajourné.
    Quand il lui monte l’adrénaline, dès qu’il lui ôte sa culotte,
    Tous les deux aussitôt s’accouplent à tout instant de la journée.

    Afin de pouvoir la baiser après le petit déjeuner,
    Il lui dégrafe sa chemise et sa femme aussitôt éprise
    Lui envoie mille-et-un baisers, tous passionnés et déchaînés,
    Tandis que Câline soumise se fait pénétrer sans surprise.

    Il rentre tard sitôt que sonne l’heure où le soleil se dérobe ;
    Elle ne porte qu’une tunique pour mieux accueillir son héros.
    Il l’embrasse et elle frissonne à l’instant où tombe sa robe
    Et après ce rituel tonique, ensemble ils prennent l’apéro.

    Tableaux de Kenne Grégoire.

  • L’amour sans les mains

    Elle voulait me faire prestement l’amour sans y mettre les mains
    Et voulut me déshabiller avec la bouche à pleine dent.
    Elle m’arracha les vêtements d’un tel comportement inhumain
    Que j’ai cru être écharpillé d’une passion sans précédent.

    Quand tomba le dernier bouton, elle me mordilla le menton,
    Puis descendit sous le nombril pour gober le membre viril.
    Et quand elle m’eut vidé les bourses, elle repartit au pas de course.
    Comment après mûr examen faire pour lui demander sa main ?

    Photo de Jerry-Jane Pears.

  • Cours tout nu !

    Nager tout nu, courir tout nu, cheveux au vent et fesses à l’air,
    Qu’il est grisant d’abandonner sa carapace de tissu !
    Tout innocent, tout ingénu, ne demandant d’autre salaire
    À la nature que de donner au cœur ce dont il est issu.

    J’aime voir les seins ballotter, les mamelons se trémousser,
    Les jolies jambes s’écarter et le sexe oser s’exhiber
    L’instant de se déculotter, le moment de se détrousser
    Et de se dire en aparté qu’on est fier de se déshiniber.

    Illustrations de Coles Phillips sur https://www.americanartarchives.com/phillips,c2.htm .

  • L’IA… trop robot pour être vrai !

    Plutôt qu’apporter des lilas, il s’était procuré des roses ;
    Des roses jaunes en bouquet pour attendrir sa Madeleine
    Ou pour séduire sa Dalila ; il s’était ceint de primeroses
    Couronnant d’un toupet coquet sa grosse tête pourtant vilaine.

    L’intelligence artificielle, douée pour les alternatives
    Et les options les plus complexes, reste nulle aux jeux de l’amour.
    Si la femme est superficielle aux yeux de sa mémoire vive,
    Elle cogitera longtemps perplexe contre sa logique glamour.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La rose directrice de Valentine


    Rose des vents pour la marine, rose devant pour Valentine,
    La rose aime se conjuguer selon l’emploi que l’on en fait.
    Juste posée sur la poitrine aidera l’allure enfantine
    À avancer et subjuguer ses admirateurs stupéfaits.

    Du moment que le rouge est mis, on pourra le humer des yeux,
    Goûter sa couleur de la bouche et l’observer par les oreilles.
    Le cap décisif est émis par ses pétales délicieux
    Dont la douce saveur fait mouche semblable à nulle autre pareille.

    Photos de Katya Brook sur https://www.filmconstruction.com/katya-brook-fine-art .

  • Transports amoureux

    Au début, l’amour à vau-l’eau se montre assez imprévisible
    Car pour séduire il faut ouvrir la porte aux nouvelles surprises.
    L’amour pédale sur son vélo avec la grâce assez risible
    De la danseuse qui va souffrir dans les montées et les reprises.

    Et puis l’amour se motorise lorsqu’il a appris le chemin
    Par cœur de la carte du tendre qu’il doit parcourir chaque jour.
    Et si le couple lui autorise, aussitôt en un tournemain,
    Il met la gomme sans attendre, à fond la caisse, avec bravoure.

    Enfin, les quatre roues motrices déploient l’amour et le dépannent
    Pour transporter la maisonnée lorsqu’elle s’évade en vacances.
    Si conducteurs et conductrices font souvent le coup de la panne,
    Il leur faudra arraisonner tout un convoi en conséquence.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Les clefs de la Saint-Valentin

    Saint-Valentin, grand serrurier, sait déverrouiller les problèmes ;
    En tant que maître-cœurdonnier, il connaît toutes les ficelles.
    Cœur intrépide, aventurier, il sait résoudre les dilemmes
    De tous les troubles garçonniers aux retenues des demoiselles.

    Bien sûr, les garçons ont la clef mais ignorent le mécanisme
    De la serrure féminine et toutes ses prolongations.
    Un rossignol peut tout bâcler, en outre induire traumatismes
    Qui grippent, rouillent et éliminent tout acte de fornication.

    Bien sûr, les filles ont la serrure et tout le schéma intérieur
    Mais jugent trop partialement la taille de la clef convenable.
    Saint-Val’, lui, connaît les ferrures de tout calibre supérieur
    Et les clefs idéalement de qualité incontournable.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • La Saint-Valentin de Marianne

    Puisqu’une fois n’est pas coutume, Marianne voit la vie en rose ;
    Elle a décoré son palais et attend son prince charmant.
    Mais pas plus d’homme que de costume dans les couloirs vides et moroses ;
    Elle qui pensait se régaler se trouve sur les charbons ardents !

    Mais où sont passés Roméo, Manu, Pascal et Valentin
    Qu’elle avait invités ce soir pour une partie de jambes en l’air ?
    Aucune caméra-vidéo ne montre le moindre pantin
    Ni quidam qui pourrait surseoir à faire retomber sa colère.

    Elle a fini par découvrir ses mecs dans la salle des fêtes,
    Le cul à l’air à s’enfiler comme on joue à saute-mouton.
    Voyant tous ces anus s’ouvrir, notre Marianne stupéfaite
    Les a forcés à défiler en les tenant par les roustons.

    (Photo de Cassie Sambia sur https://www.instagram.com/cassiesamji/?utm_source=ig_embed&ig_rid=5678c28f-9d7a-4903-a97d-8b9f11af7c15&ig_mid=C32D3FFE-01D9-4CE6-BE56-8199AEFD4132# .)

  • Valentine échaudée

    Si chat échaudé craint l’eau froide, chatte échaudée craint l’amour fou !
    On lui a promis tellement d’être sautée qu’elle en déchante.
    D’ores et déjà, toute une escouade lui est passée sur le minou
    Et après l’écartèlement, Marianne est devenue méchante.

    Déjà pour traverser la rue afin de trouver du travail,
    Elle s’est faite baisée dix fois par de sinistres boniments.
    Puis à la gare, il apparut qu’elle ne valait, vaille que vaille,
    Rien pour les contrôleurs grivois qui l’ont poinçonnée hardiment.

    Tous ont, au conseil des ministres, tenté de la sodomiser
    À grands coups de quarante-neuf/trois les uns à la suite des autres.
    La croupe est pleine et enregistre tant de saillies atomisées
    Qu’elle reconnaît à son endroit le surnom des queues qui s’y vautrent.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La sirindienne

    Pour la Saint-Valentin indienne – qui n’existe que dans les contes –
    Valentine, la petite sirène, cherche un matelot à aimer
    Par pour le manger à l’ancienne, en sauce comme on le raconte,
    Mais pour toute une nuit sereine à faire l’amour comme jamais.

    Au début, un peu de torture pour amadouer le marin ;
    Ça l’excite et sa queue frétille lorsque sa proie lui crie « arrête ! »
    Baisers alternés de morsures et coups de nageoires sur les reins,
    Ça l’exalte et ça l’émoustille et ça stimule son arête.

    Oui, elle est sado-masochiste mais une seule fois à point nommé ;
    C’est elle qui mène le mâle au bal et tourne autour du feu de camp.
    Mais elle n’est pas fétichiste ; une fois le marin consommé
    Elle délaisse l’envie animale pour d’autres plaisirs subséquents.

    Illustration de Marjorie Sarnat.

  • Saint-Valentin dans les abysses

    Cupidon a son homologue dans le royaume des abysses
    Et Saint-Valentin, un confrère pour les quatorze févriers.
    Saint-Espadon le sexologue pique les amants qui s’assoupissent
    Alors que Saint-Pierre au contraire les feraient plutôt frétiller.

    Saint-Espadon, à l’éperon leste et rapide, vous décoche
    Des coups de foudre aiguillonnés qui cabre la queue des sirènes.
    Quant à Saint-Pierre, le chaperon, il a toujours dans sa sacoche
    Un filtre qui fait bouillonner les saintes nitouches les plus sereines.

    (Tableau de Boris Vallejo sur https://aphrodisiacart01.wordpress.com/2016/07/18/boris-vallejo-julie-bell/ .)

  • Quand ça fond, fond, fond !

    La nuit du quatorze février, nuit la plus chaude par excellence,
    Valentine passe sa journée à évacuer toute sa chaleur.
    Le soir, déjà tout enfiévrée, au mépris de toute indécence,
    Elle commence sa tournée des grands ducs les plus cavaleurs.

    Comme elle veut battre le record du nombre de copulations,
    Elle enchaîne les soupirants qui font la queue impatiemment.
    Elle se donne de tout son corps à toute une population
    Venue l’aider en espérant tirer son coup indolemment.

    À minuit c’est l’heure des comptes et Valentine a bien gagné
    Le titre de Fornicatrice, la plus grande de tous les temps.
    Dans certains night-clubs, on raconte qu’elle y vient nue, accompagnée
    D’une gorille intimidatrice pour chasser les incompétents.

    Tableau de Timo Kähara sur https://timokahara.com/portrait-drawings .

  • Valentine au soleil

    À la Saint-Valentin, débute le printemps
    Car les graines d’amour commencent à germer.
    Et déjà le soleil rayonne à chaque instant
    Pour réveiller les œufs qui sont encore fermés.

    Quand l’amour a frappé, le cœur irréversible
    Se met à bourgeonner d’envies et de projets.
    Les caprices marcottent de désirs impossibles
    Qui pourtant réussissent car rien n’est abrogé.

    Rendez-vous l’an prochain, à la Saint-Valentin,
    Vous verrez la récolte de nos fruits de l’amour.
    Des filles aux joues roses et leurs rires enfantins ;
    Des garçons pleins de fougue et du sens de l’humour.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Le Grand Chaperon Rouge

    Le Petit Chaperon a grandi, son addict pour les loups aussi,
    Et quand vient la Saint-Valentin, sa soif d’amour grandit d’autant.
    Juste une robe en organdi pour qu’elle n’ait l’air d’avoir grossi
    À consommer les galantins qui se succèdent au fil du temps.

    Le chaperon, appétissant à première vue, est bien trompeuse
    Car la mignonne se sustente du cœur de son amant épris.
    Si l’amour est abêtissant, par contre il nourrit la gouapeuse
    Avec sa meute impénitente qui n’a pour lui que du mépris.

    C’est triste mais il faut bien le dire, le chaperon rouge a viré
    De bord et changé de crémerie en ce qui concerne la morale.
    Perrault aurait pu le prédire, lui qui était très attiré
    À lui faire des coquineries dans ses fadaises immorales…

    Tableau de Timo Kähara sur https://timokahara.com/portrait-drawings .

  • Valentine pour tous

    À chaque Valentin, sa seule Valentine ;
    À chaque cœur fervent, sa partenaire éprise.
    L’énergie de l’amour entoure et agglutine
    Tous les cœurs solitaires, tous frappés par surprise.

    Imaginez l’amour, personne aux mille bras
    Pour étreindre les cœurs qui passent à sa portée.
    Imaginez l’éclair d’un « abracadabra »
    Qui ouvre votre organe pour s’y téléporter.

    Toutes les femmes ensemble ne sont qu’une seule chair
    Qui aime sans compter tous les hommes à aimer.
    L’Amour, comme Kali, soit l’être le plus cher,
    Est la Source de vie qui cherche à s’essaimer.

    Tableau « Liminia » d’Andrew Gibbons sur https://www.artstation.com/artwork/1adze .

  • Mentalla Valentina

    Elle use tant de stratagèmes dans ses mille histoires d’amour
    Qu’elle en oublie le principal : comment le garder avec elle ?
    Il a beau lui dire « je t’aime », elle renvoie au petit jour
    Le petit garde municipal et n’en garde aucune séquelle.

    Depuis qu’elle s’est fait élire maire, Valentine s’occupe de tout
    Notamment des gardes champêtres et des gardiens municipaux
    Qu’elle dorlote comme une mère et les dresse comme toutous
    Qui viennent chaque nuit se repaître de relations à fleur de peau.

    Or les quatorze févriers lors du conseil municipal,
    Elle note ses administrés pour leur valeur patriotique
    Qui donne à ce jour férié titre d’arbitre archétypal
    Pour compter et enregistrer les meilleurs agents érotiques.

    Tableau de Joshua Mays.

  • Valentine enceinte de glace

    Elle vous paraît froide pareil au bloc de glace,
    Distante voire snob, bêcheuse et prétentieuse.
    Sans doute est-il utile de vous mettre à sa place
    Et revoir votre approche pataude et malicieuse.

    Votre regard la perce et sous ses vêtements
    Vous ne voyez que formes et appas sexuels.
    Ce sont vos yeux qui givrent par votre entêtement
    À ignorer le poids de son intellectuel.

    Voilà, vous lui parlez, la glace commence à fondre ;
    Voilà, vous souriez, tout son corps se ranime ;
    Voilà, vous l’écoutez, elle daigne vous répondre ;
    Voilà, vous l’embrassez et tout son cœur s’anime.

    Photo de Stephane Fugier.

  • Regard sur l’avenir

    Valentine attend Valentin qui ne viendra que mercredi
    Et fait mille suppositions sur ce que sera la soirée.
    Se montrera-t-il galantin ou jouer a-t-il la comédie
    Et dans quelles dispositions sera ce sacré enfoiré ?

    Car elle pardonne mais n’oublie pas toutes les précédentes fois
    Où ce sagouin s’est annoncé, l’a baisée, puis s’est en allé.
    Mais ce soir au moindre faux pas, elle lui plante un direct au foie,
    Et une fois sa gueule défoncée, sur Facebook ira le signaler.

    « Mais ne soyons pas pessimiste ! » se dit en son for intérieur
    Notre Valentine échaudée par toutes ses fêtes maudites
    Qui se suivent toujours extrémistes quant à l’étape supérieure
    Qui consiste à échaffauder comment survivre à l’heure dite.

    Illustration de Loish sur https://twitter.com/loishh .

  • La nymphe de la Saint-Valentin

    Serait-ce un rouge-gorge ? Serait-ce un rossignol
    Qui m’apporte un message de l’élu de mon cœur ?
    Bien-aimé italien, hidalgo espagnol,
    Un amant de passage, un athlète vainqueur ?

    J’ai tant donné d’amour aux hommes de ma vie
    Que je ne sais choisir quelqu’un qui me ressemble.
    N’en voudrais-je qu’un seul pour une seule envie,
    Ou tous l’un après l’autre ou même tous ensemble ?

    Vous me croyez volage mais je ne suis que femme
    Femme-enfant, femme-mère, épouse et concubine.
    Tant pis si je déplais, si je parais infâme ;
    Tant mieux si je me plais à être votre copine.

    Vous me plaisez aussi, surtout le p’tit oiseau
    Qui se dresse pour moi et m’offre du plaisir.
    Rendez-vous sur ma page, située sur les réseaux
    Qui vous dévoileront l’objet de vos désirs.

    Illustrations de Yaxin the Faun.

  • Le renard en automne

    Le renard roux durant l’automne nourrit sa nature gloutonne ;
    Mais les corbeaux s’en vont flâner et prennent tout c’qu’il y a à glaner.
    Or lui souvent rentre bredouille de cette uniformité rouille
    Tandis que les oiseaux criards montrent un engouement égrillard.

    Maître Renard en addiction à la fable et aux traditions
    En cherche un, un peu plus benêt que les autres, un petit jeunet.
    Dès qu’il l’avise sur sa branche, compère en a les coudées franches
    Et de sa bouche en cul de poule montre qu’il en a dans la ciboule.

    Mais l’oiseau n’était pas tombé de la dernière pluie plombée ;
    Après avoir atteint le pompon, l’eau avait coulé sous les ponts.
    De bec à oreille de corbeau, ils ont tous repris le flambeau
    Et la leçon pour le rusé vaut qu’ son stratagème est usé.

    Tableau d’Iris Scott sur https://www.thisiscolossal.com/2013/05/oil-finger-paintings-by-iris-scott/ .

  • Adieu janvier, bonjour février

    Janvier est passé tellement vite qu’on est déjà en février
    Avant d’avoir réalisé qu’on a franchi la fin du mois.
    Le temps décolle, le temps lévite, et, d’une manière enfiévrée,
    Il sera réactualisé avec le nouvel an chinois.

    Chacun voit midi à sa porte sur l’ensemble de la planète
    Mais aux deux pôles, rien ne va plus, six mois de jour, six mois de nuit.
    Si chaque matin nous apporte une nouvelle journée nette
    Elle est bien trop vite conclue ; c’est déjà le soir, je m’ennuie.

    Passer le temps, tuer le temps, meubler le temps, ça prend du temps
    Et vingt-quatre heures n’ont pas suffi pour faire tout ce que je voulais.
    Le temps perdu n’est pas content mais il se venge en m’imputant
    Un retard qui s’intensifie et qu’hier déjà je refoulais.

    Illustration de June Leeloo sur https://havengallery.com/portfolio/june-leeloo-imaginarium .

  • Sirènes grassouillettes

    Entre vaguelettes et ondelettes, là où la surface est moirée,
    Le soleil baigne au crépuscule ses adeptes du rayon vert.
    Ainsi les sirènes rondelettes batifolent en fin de soirée
    Et n’ont pas peur du ridicule pour émerger à découvert.

    Perles noires et perles surfines, perles à l’orient le plus nacré,
    Leur rondeur rend irrésistible une attraction si séduisante
    Qu’elle agit comme une endorphine sur tout ce qui nous est sacré.
    Piège d’un charme indescriptible, chute d’amour euphorisante.

    On dit que les enfants des îles partent les affronter la nuit ;
    Ceux qui reviennent n’en parlent pas, le cœur tombé dans l’oubliette.
    Les autres ont élu domicile là où personne ne leur nuit :
    Entre les bras et les appas de leurs sirènes grassouillettes.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Anges ou démons ?

    Ange ou démon que ce printemps qui vous réveille la nature,
    Qui tire la faune du sommeil et la flore en feu d’artifice ?
    Démon tant il est éreintant de subir les températures
    De cet insolite soleil dont vous sentez le bénéfice.

    Ange ou démon que cet été qui vous embrase les cultures
    Par des millions de fleurs des champs que vont butiner les abeilles ?
    Ange qui vient vous répéter, dans des vents de désinvolture,
    Floraisons et fruits aguichants qui vous rempliront les corbeilles.

    Ange ou démon que cet automne qui vous assombrit vos soirées
    Au détriment de la lumière qui meurt en fin d’après-midi ?
    Démon aux langueurs monotones dans les paysages moirés
    D’ambre jusque dans les chaumières comme une douce maladie.

    Ange ou démon que cet hiver qui vous recouvre du manteau
    De neige au froid soporifique qui arrête l’horloge terrestre ?
    Ange vengeur de l’univers aux principes fondamentaux
    Qui d’un trépas frigorifique vous met les terres sous séquestre.

    Tableaux de Karol Bak sur http://www.andegemon.com/blog/karol-bak.html .

  • Grand branle-bas sur l’hallali

    Exit toutes les bêtes à cornes, les bêtes aux longues dents, les morses,
    Les éléphants et les licornes, dès janvier l’histoire se corse !
    Le Roi a dépassé les bornes, son second quant à lui s’efforce,
    En tirant une gueule triste et morne, de veiller à la moindre entorse.

    Quelle est donc cette révolution qui nous secoue la république ?
    Juste un petit remaniement ministériel chez notre Roi
    Qui a pris la résolution de braver la clameur publique
    Qui en a marre du ralliement à l’article quarante-neuf trois.

    Un premier ministre aux dents longues, une Reine au genre caché,
    Ça brouille les cartes et ça s’appelle « noyer l’poisson à l’étouffée » !
    Il est temps de sonner le gong et tous ensemble s’attacher
    À faire sortir de sa chapelle ce diable d’homme empatufé.

    Illustration de Maximiliano Moretto.

  • Double Je


    Avant Marianne allait de droite à gauche alternativement ;
    Désormais elle joue à la fois des deux sans passer par le centre.
    Par une ruse très adroite, elle a brouillé massivement
    Ses électeurs qui toutefois dans l’isoloir se déconcentrent.

    Avant Marianne se voyait très bien par son œil directeur
    Comment diriger le pays avec ordre et sécurité.
    Là, elle ne fait que louvoyer sous la lumière des projecteurs
    Entre les français ébahis et les gilets jaunes irrités.

    Avant Marianne paraissait grande et nous inspirait confiance
    Car sa justice était garante pour nous protéger du malheur.
    Aujourd’hui si le peuple gronde et s’il exprime sa méfiance,
    Elle s’en fout comme de l’an quarante et veille sur ses propres valeurs.

    Tableau d’Eva Gamayun.

  • Fin de saison

    En fin de saison la sirène rejoint les poissons migrateurs
    Qui partent pour des eaux plus chaudes situées dans l’autre hémisphère.
    En traversant les eaux sereines à l’approche de l’équateur
    Leurs queues deviennent plus rougeaudes mais cela, c’est une autre affaire.

    Mais revenons à la sirène dont les amants sont malheureux
    Car elle n’avait pas son pareil pour passer à la casserole
    Déglacée d’un vin de Touraine dont l’alcool rend le mâle heureux
    Et raffermit son appareil pour mieux lui percer la corolle.

    Adieu sirène de mon cœur, rendez-vous au prochain printemps
    Et si tu me ponds des fillettes ramènes m’en les plus jolies !
    Je passerai à contrecœur un hiver des plus éreintants
    En m’astiquant la zigounette quand je serai seul dans mon lit.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Une faim de lion-des-mers

    Désolé, vous n’auriez pas dû voir cette scène épouvantable
    De sirènes ayant partagé leur repas avec l’équipage.
    Ce passage est assez ardu car, à peine sorties de table,
    Elles ont, les autres passagers, conviés au prochain étripage.

    Avec un appétit de lion, les deux sœurs, sirènes gloutonnes,
    Ont besoin d’un bateau par jour, marins, capitaine et touristes.
    Ces monstres incarnent les trublions les plus dangereux qui détonnent
    Par rapport aux plaisants séjours parmi les Vénus folkloristes.

    Adieu la vie, adieu les femmes ! Mon bateau est arraisonné ;
    J’ai été trompé par les vents qui m’ont fait parvenir le chant
    De ces deux créatures infâmes qui vont bientôt m’assaisonner
    Et voici qu’à peine l’écrivant… – Aïe ! – je m’ fais bouffer sur le champ.

    Tableau de Daniel Landerman.

  • Autoportrait de Mona Lisa

    Lorsque Mona réapparaît, vêtue d’une robe couleur de nuit
    Dont l’intensité de l’étoffe reflète toutes les étoiles,
    C’est comme si elle accaparait tout le firmament qui ne luit
    Plus que de l’éclat théosophe d’un dieu prisonnier dans sa toile.

    Nul ne sait qui est la vestale qui se comporterait ainsi
    Comme gardienne des ténèbres ou comme chasseuse de lumière.
    Depuis peu, le doute s’installe d’après Leonard de Vinci
    Qui nous aurait peint son célèbre chef-d’œuvre de vérité première.

    Toutefois dans son clair-obscur, la ressemblance est déroutante
    Car la Joconde n’apparaît point comme une vestale trompée
    Mais plutôt comme dioscure, épouse d’un dieu, envoûtante,
    Dont le sourire paraît de loin briller d’un mystère estompé.

    Illustration de Mina Velicastelo.

  • Fleur de lumière

    Seule et nue, par les nuits sans Lune, elle va se baigner dans l’étang
    À la lueur d’un nénuphar dont la fleur semble un feu follet.
    Or cette fleur est opportune car elle brille en reflétant
    Sa peau luisante dont le fard absorbe les ultra-violets.

    Immergée de lumière noire, elle plonge alors complètement
    Sous la surface sombre et glacée au cœur du silence ivoirin.
    Elle disparaît de la mémoire de l’eau dans un halètement
    Et puis semble se déplacer dans les royaumes sous-marins.

    Elle ressort quand la fleur s’éteint comme si l’énergie absorbée
    L’avait toute régénérée d’une nuit de nouvelle Lune.
    Si le feu semble avoir déteint sur son corps vierge et résorbé,
    Il pulse alors pour vénérer cette vestale de fortune.

    Tableaux d’Oleg Shupliak sur https://arts.center/uk/OlegShupliak .

  • La Reine de paille

    C’était un royaume très pauvre ; le Roi et la Reine étaient pauvres,
    Chevaliers et valets très pauvres et les serfs encore plus pauvres.
    Le roi était né sur la paille, la reine s’habillait de paille,
    Tous les hommes et femmes de paille ne faisaient pas souvent ripaille.

    L’histoire aurait bien plus s’arrêter là mais, fort heureusement pour moi,
    La Reine enfin se révéla enceinte au bout de quelques mois.
    L’enfant paré de cheveux d’or apporta richesse au pays ;
    L’on s’extasia devant le Cador de toute la contrée ébahie.

    La Reine se fit un costume fagoté de blés d’or en gerbes
    Qui devint, comme de coutume, la mode des princesses en herbe.
    L’ancien pauvre Roi devint riche mais bien sûr, il y avait un truc ;
    Un jour on s’aperçut de la triche : le Prince portait une perruque !

    Photo d’Agnieszka Jopkiewicz.

  • Kaloma

    Sur de vieilles photos fuchsia, Kaloma se réfugia
    Pour les hanter et occuper les épreuves aux bords découpés.
    Elle préférait le noir et blanc pour y transparaître en tremblant
    À moitié nue presque impudique, juste un voile en guise de tunique.

    Elle habitait un ossuaire et déambulait en suaire,
    Le corps encore bien enrobé, elle sortait à la dérobée,
    Pointant les mamelles opulentes de sa poitrine corpulente,
    Les yeux fixés, observateurs, sur l’intrépide spectateur.

    Quand je l’ai vue, je l’ai aimée ; hélas le portrait consumé
    Disparaissait entre les grains du cliché remplit de chagrin
    Formant un brouillard si épais qu’on l’aurait coupé à l’épée.
    « Adieu Kaloma, à Dieu vat ! » Dis-je à l’aura qui s’esquiva.

    Photo de M. L. Pressler.

  • La gardienne du temps

    La mort a détrôné les Parques qui n’ont plus droit à la parole
    Et a éliminé Saint-Pierre à la porte du Paradis.
    Elle a nommé une aristarque †, une spécialiste des jeux de rôles,
    Une sorte de comique-troupière, une cerbère de parodie.

    À l’aide d’un dé à vingt faces – l’icosaèdre précisément –
    Elle décide la destination de votre âme après votre mort.
    Que cela ou non vous satisfasse, vous obéirez posément
    Sans mettre de l’obstination à éprouver quelques remords.

    Vous pouvez vous réincarner ou bien repartir à zéro ;
    Passer dix mille ans en enfer ou dans le néant éternel.
    Elle consigne dans son carnet la destinée de ses héros
    Dont elle gère les transferts d’un soin quasiment maternel.

    † Un aristarque est un critique minutieux et sévère.

    Illustration d’Oozium.

  • Cœur rebelle

    Vous qui cherchez du répondant à vos avances incessantes,
    Son cœur – pas si facile à prendre – déconcerte ses prétendants !
    D’ailleurs elle trouve redondant toutes vos phrases abêtissantes ;
    Vous avez fini par l’apprendre mais à vos dépends, cependant.

    Toutes les lettres enflammées, tous les poèmes romanesques
    N’ont jamais attendri son cœur ni même obtenu de réponse.
    Moi-même qui lui ai proclamé tout mon amour chevaleresque
    N’ai alors souffert que rancœur et une réticence absconse.

    Elle est de la race des femmes qui ne s’intéressent pas aux hommes
    Pour des motifs souvent physiques ou voire de compétition.
    Le sexe lui paraît infâme peu ou presque humiliant en somme
    Et le pouvoir phallocratique, une hérétique imposition.

    Tableau d’Oleg Shupliak sur https://arts.center/uk/OlegShupliak .

  • Une souris dans ma bibliothèque

    Mignonne allons voir si ta fleur s’épanouit entre les livres
    Comme dans un herbier à l’envers duquel on ôterait chaque feuille.
    D’une main fébrile, j’effleure chaque feuillet qui me délivre
    La fin du suspense pervers… à condition que tu le veuilles.

    Je lirai la carte du tendre sur le parchemin de ton dos
    Et tâterai du bout des doigts le verso de ta peau surprise.
    Sois plus sensuelle à attendre le point fort de la libido
    Lorsqu’à la fin, comme il se doit, tu sens l’orgasme qui te grise.

    Tableau de Dino Valls sur https://aphrodisiacart01.wordpress.com/2017/01/17/dino-valls/ .

  • Autant en emporte le temps

    Autant en emporte l’orage lorsque les torrents sont en crue
    Et que leurs eaux tumultueuses transforment les berges boueuses.
    Bien plus que force ni que rage, les caprices du temps – qui l’eut cru ? –
    Avec leurs pluies majestueuses tirent une langueur bien joueuse.

    Autant en emporte le vent, après la pluie vient le beau temps
    Et les dents-de-lion en profitent pour sécher akènes à aigrettes.
    Mais voici du soleil levant monter le souffle du printemps :
    « Adieu houppettes néophytes ! » Disent leurs mères qui les regrettent.

    Tableaux d’Oleg Shupliak sur https://arts.center/uk/OlegShupliak .

  • Mais où vont les chats ?

    La chatte mouille mais ne coule pas ; qui plus est jamais ne se noie ;
    Parmi ses neuf vies antérieures, celle du poisson reste assumée.
    C’est pourquoi son meilleur repas sera le même que les Danois :
    Thon de qualité supérieure, harengs et sardines fumés.

    D’ailleurs Chat-rente maritime et Chat-long sur Saône en témoignent :
    Ils sont amis des maraîchers, marins d’eau douce et capitaines.
    Avec le poissonnier, intime ; bien que quelquefois il l’empoigne
    Pour le plonger effarouché dans l’eau du bassin d’Aquitaine.

    Le chat et la chatte en chaleurs s’immergent dans les jeux de l’amour
    Dans un concert de miaulements et coups de griffes en escouades.
    Les matous sont plus cavaleurs et les minettes plus glamour,
    Et l’on retient finalement que chat échaudé craint l’eau froide.

    Illustration d’Allan Brakusfor.