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  • Soupirs de fin d’année

    Soupirs de fin d’année

    Voilà les flocons incolores qui recouvrent l’herbe des prés ;
    Voilà le vent qui accumule les congères aux bords des fossés ;
    Voilà le corbeau jusqu’alors qui trouvait pitance tout près
    Faire des cercles et se stimule de cris d’une voix de fausset.

    Voilà les arbres qui éclatent sous le poids de la neige lourde ;
    Voilà le soleil maladroit qui lutte au-dessus des nuages ;
    Voilà la mare toute plate, gelée sous la froidure sourde
    De l’hiver et ses passe-droits pour l’inexorable glaçage.

    La saison où tout paraît mort ou tout endormi pour cent ans
    Guettant le prince du printemps qui réveillera la nature.
    Et l’on sent la bise qui mord dont le baiser mortel s’entend
    Entre les arbres s’éreintant de rhumatismes et courbatures.

    Tableau de Brigitte Berweger.

  • Adieu décembre, bonjour janvier

    Adieu décembre, bonjour janvier

    Décembre va toujours trop vite dès le premier jour de l’avent
    Comme une bougie allumée qui brûle comme un feu de paille.
    D’ailleurs en principe j’évite de travailler dorénavant
    Puisque les nuits ont consumé les jours en fonction de leur taille.

    Moins de neuf heures de soleil et un temps couvert permanent
    Contraignent à faire hiberner le vieil ours qui sommeille en moi.
    Heureusement le vent balaye et siffle un signal rémanent
    Qui me permet de discerner que c’est bientôt la fin du mois.

    Et se produit la distorsion du temps tout le mois de janvier
    Où les minutes sont des heures qui deviennent interminables.
    Ce début en disproportion avec tout ce que j’enviais
    En fin d’année est, sauf erreur, un paradoxe abominable.

    Illustration de June Leeloo sur https:havengallery.comportfoliojune-leeloo-imaginarium .

  • La main verte

    La main verte

    Je fais l’effet d’un drôle d’oiseau aux gens pleins de lucidité
    La première fois sur les réseaux lorsqu’ils lisent mes absurdités.
    Mes bleus de l’âme souvent pervers sont une sorte de béquilles
    Afin de pondre mes reflets vers qui m’font sortir de ma coquille

    Heureusement j’ai la main verte qui commande à mon porte-plume
    Et le cœur à la découverte des rêveries à plein volume.
    Quand l’âme est triste cependant, j’invente contre l’adversité
    Des poèmes en y répandant dérision et perversité.

    C’est mon intuition féminine qui est incarnée par ma muse
    Qui m’envoie la sérotonine qui me distrait et qui m’amuse.
    Et si je suis mélancolique, elle s’insinue par derrière
    Pour donner un coup symbolique à mes fesses aventurières.

    Illustration de Nicole Claveloux.

  • Fairy Lucy

    Fairy Lucy

    Je ne sais si c’est une femme qui se transforme en louve
    Ou bien s’il s’agit d’une louve qui se transformerait en femme.
    Quoi qu’il en soit, je les évite l’une humaine comme l’autre bête
    Car soit elle me fait tourner la tête, soit elle me suce un peu trop vite.

    Fairy Lucy, tel est son nom, erre et parcourt bois et forêts
    Surtout quand ils sont décorés par des farfadets de renom.
    Hélas, comme elle est ma voisine, elle entre comme dans un moulin
    Dans mon univers masculin où elle vient hanter ma cuisine.

    C’est après avoir fait l’amour, avec frénésie et tendresse,
    Qu’elle s’est transmutée en tigresse car elle ne manque pas d’humour.
    Je suis alors devenu tigre – étant incompatible au loup –
    Et la belle m’a dit : « Mon Loulou, désormais tu es un homme libre ! »

    Tableau de Lucy Campbell.

  • Ma vie en arrondis

    Ma vie en arrondis

    Fi des arêtes anguleuses aux formes carrées et cubiques ;
    Vivent les contours arrondis et les femmes les plus girondes !
    Chères mamelles globuleuses, beaux ventres ronds qui s’alambiquent,
    Et jolies fesses rebondies qui honorent la Terre ronde.

    Pourtant ce monde est étranger aux adeptes de la Terre plate
    Qui ne voient qu’en deux dimensions la carte du tendre aplatie
    Aux pommiers et aux orangers produisant des sphères méplates
    Au goût fade et sans prétention qui fait tomber en apathie.

    En tant qu’amateur convaincu de la morphologie sphérique,
    J’adore en tâter la texture sous les pans des jupes fendues.
    Passionné de panpan-cucul sur les fessiers hémisphériques,
    J’aime aussi téter la mixture extraite des fruits défendus.

    Tableau d’Antonio Diego Voci.

  • Deux anges en salle d’attente

    Deux anges en salle d’attente

    Deux anges en salle d’attente attendent leur tour patiemment
    L’air déluré, l’œil affolé envers le dieu qui va entrer.
    Vont-elles se montrer combattantes, soumises ou rebelles vaillamment ?
    On ne sait ce dont va raffoler celui qui va les pénétrer.

    Leurs ailes blanches sur l’épaule dont quelques plumes ont volé
    Leur offrent autant de protection qu’une chaleur bien relative.
    Mais elles n’ont pas le monopole comme celles qui s’en vont convoler
    Avec leurs dieux d’introspection à la corvée copulative.

    De drôles d’anges en fin de compte qui guettent l’homme qui va pécher
    Mais qui sera vite pardonné, envoyé au septième ciel.
    Ce qu’elles leur donnent en acompte, Dieu s’en ira leur dépêcher
    La confession aux abonnés des lupanars sacrificiels.

    Tableau de Cellar-fcp sur https:www.iamag.cothe-art-of-cellar-fcp .

  • La tentation de Saint-Tintin

    La tentation de Saint-Tintin

    Tintin n’est pas trop colérique ; depuis son retour d’Amérique,
    Il laisse au Capitaine Haddock les meilleurs coups de sang ad hoc.
    Tintin n’est pas trop tête en l’air mais, très malin, ayant du flair
    C’est le Professeur Tournesol qui perd plus souvent la boussole.

    Tintin n’est pas trop soupçonneux mais tellement précautionneux
    Qu’il confie le rôle de police aux Dupondt, les flics sans malice.
    Tintin n’est pas trop casse-couilles mais plutôt l’as de la débrouille
    Hormis lorsque notre champion affronte Séraphin Lampion.

    Quand Tintin tombe sur un os, c’est faute à Rastapopoulos
    Et la bande patibulaire d’Allan, Jorgen, Sponz et Muller.
    Il ne fait pas de tralalas à propos du triste Abdallah
    Sauf lorsque ce dernier lui dame son meilleur pion au jeu de dames.

    C’est pourquoi l’aspect féminin est relégué au cas bénin
    D’une cantatrice excentrique, un peu mytho, égocentrique
    Et c’est à peu près tout ma foi… pas d’autre femme toutefois.
    On peut le dire désormais : Saint-Tintin ne faillit jamais.

    Tableau de Nicole Claveloux.

  • Transatlantique

    Transatlantique

    La traversée de l’Atlantique n’est pas la même pour tout le monde ;
    De Christophe Colomb à Lindberg, à chacun la voie qu’il préfère.
    Moi qui suis plutôt lunatique, je laisse mon cœur qui vagabonde
    Louvoyer entre les icebergs et les courants célérifères.

    Avec les bandes dessinées, de Tintin à Corto Maltese,
    J’ai suivi la route du rhum dérivant vers l’Eldorado.
    Ce qui m’était prédestiné puisque sur Terre, en charentaises,
    Les chemins mènent toujours à Rome aussi bien en train qu’en radeau.

    J’ai fait, de coquilles de noix, tellement de bateaux marchands,
    Militaires ou bien de croisière que, de la mer de Marmara
    J’ai vogué depuis les Chinois jusqu’aux Indiens s’effarouchant
    Qui, le matin de leurs visières, lorgnent les chutes du Niagara.

    Illustration de Joost Swarte.

  • Par minous en couleurs

    Soyez bienvenus parmi nous, chats noirs et blancs, drôle de couleur !
    La queue dressée et dominante, bondissez sur les toits brûlants
    Ensemble avec tous les minous, les pépères, les souffre-douleurs,
    Courir dulcinées, rossinantes et leurs miaulements stridulants.

    Soyez bienvenus parmi nous, chats roux, chats teignes et chats tigrés !
    Avec la patte de velours qui contient des griffes de fer
    Pour faire se mettre à genoux les chats étrangers immigrés,
    Siamois et tonkinois balourds et autres ennemis à défaire !

    Soyez bienvenus parmi nous, chats bleus, chats verts et vert-de-gris !
    Allez semer la zizanie chez les rats cucul-la-praline !
    Souris, oiseaux et lapinous du plus gros au plus rabougri
    Clament la démonomanie de votre puissance féline !

    Illustrations de Moghaddam Karimi.

  • Par minous en noir et blanc

    Soyez bienvenus parmi nous, chats noirs, chats gris et gris-foncé !
    Venez nous visiter la nuit ; nous y sommes gris et lunatiques.
    Glissez dans la peau du minou tout votre corps de défoncez
    Tout ce qui heurte, tout ce qui nuit aux envies les plus orgastiques !

    Soyez bienvenus parmi nous, chats gris, chats clairs et blanc-cassé !
    Vivez avec modération pour de nouvelles expériences.
    Venez donc vous mettre à genoux sans vraiment vous décarcasser
    Devant une sidération de chattes dans la luxuriance !

    Soyez bienvenus parmi nous, chats blancs, albâtre et chats laiteux !
    Venez donc vous reconvertir dans de nouvelles traditions ;
    Goûter des souris choupinous, apprécier les fruits velouteux
    De ce qui va vous divertir dans de nocturnes expéditions.

    Illustrations de Moghaddam Karimi.

  • Imperium artificialis intelligentiae

    Il faut admettre qu’ils sont plaisants ces petits moteurs de recherche
    Avec GPS intégré, intelligence artificielle,
    Que tous utilisent à présent pour ne pas passer pour faux derches
    Devant ceux qui ont déjà migré vers la souveraineté logicielle.

    Je Googelise, tu Microsoftes, il Appelle et elle Netflixe,
    Nous YouTubons, vous Facebookez, ils ou elles Mozilla Firefoxent.
    Lorsque les vieux livres ripostent, le numérique devient prolixe
    Et notre histoire, c’est le bouquet, est réécrite, quel paradoxe !

    L’argent qui était mauvais maître va, en se dématérialisant,
    Devenir le Dieu progiciel servi par les prêtres en réseau.
    Le moindre pas au kilomètre est surveillé dès à présent ;
    Penser devient superficiel et l’homme est vraiment un roseau.

    Roseau qui plie mais ne rompt pas comme celui de La Fontaine
    Et non plus un roseau pensant des pensées de Blaise Pascal.
    On passera de vie à trépas mais l’âme mise en quarantaine
    Sur des serveurs nous dispensant d’un divin paradis bancal.

    Illustration trouble sur https:degooglisons-internet.orgfrmedias .

  • Dans l’intimité de Marianne

    Dans l’intimité de Marianne

    De tous les pays se rassemblent les présidents en exercice
    Pour participer aux sommets des nations plus ou moins unies.
    Les conversations se ressemblent parmi les gens du box-office
    Par des mots qui viennent assommer Marianne qui s’en trouve démunie.

    Car Marianne s’ennuie beaucoup, si peu sans passion ni folie
    Car les promesses s’éternisent mais rien de concret n’s’établit.
    Elle sait très bien qu’à tous les coups, malgré les pourparlers polis,
    Les armes qui se modernisent suivront leur cours préétabli.

    Alors Marianne s’est mise à nu pour faire l’amour plutôt que la guerre
    Et invite les dirigeants le soir dans son lupanar rose.
    Pour ne pas être reconnus, ils portent des masques vulgaires,
    Grotesques et désobligeants pour cacher leurs ballets moroses.

    Puisqu’il faut se baiser ensemble entre royaumes, entre nations,
    On joint l’utile à l’agréable et, autant que faire se peut,
    Marchands du temple se rassemblent pour subir la domination
    Des voies les plus impénétrables des dieux aux micmacs sirupeux.

    Tableau de Raluca Vulcan sur https:www.artmajeur.comraluca-vulcan?view=grid#artworks .

  • Pensées éparses et saugrenues

    Pensées éparses et saugrenues

    Tu peux sortir nue, si tu veux, mais n’oublie pas de te couvrir ;
    Un rhume est si vite arrivé et les tétons sont si sensibles !
    Si j’ai le droit de faire un vœu, ce serait de pouvoir t’offrir
    Un truc pour faire saliver d’envie mon organe extensible.

    Tu peux sortir incognito sans crainte pour ta renommée
    Car l’attirance des appas surpasse le portrait-robot
    Par les organes génitaux qui parviennent à point nommé
    À rendre les hommes babas qui trouvent ton charme trop beau.

    On se souvient des émotions, du plaisir démultiplié
    Mais l’image de la première fille n’y est pas toujours rattachée ;
    Malgré son corps en promotion auquel on a dû se plier,
    Le visage est parti en vrille noyé de sens amourachés.

    Au paradis des femmes nues, je viendrai pour y dénicher
    Celle que mon cœur a élue par un charme des plus bénins.
    Et son visage revenu d’entre tous mes portraits fichés
    Rayonnera dans l’absolu qui est l’Éternel féminin.

    Tableau de Robert Edward McGinnis.

  • La veuve du scaphandrier – 2

    La veuve du scaphandrier - 2

    La veuve du scaphandrier partait quelques fois en vacances
    En emportant l’équipement, aide-mémoire indispensable.
    Et selon le calendrier, elle visitait en conséquence
    Ses pires pierres d’achoppement : les immenses plages de sable.

    À la pension « Les tamarins », elle a réservé une chambre
    Avec salle-de-bains-de-mer et sa baignoire océanique.
    Trois gouttes d’essence de romarin, un dé à coudre de gingembre
    Et voici les rêves outremer peuplés de vaisseaux tétaniques.

    Le mari revient quelquefois réincarné dans son scaphandre ;
    La veuve se donne au fantôme qui reprend goût à l’aventure.
    Leurs amours durent toutefois le temps nécessaire à pourfendre
    La femme qui savoure le symptôme de la mort en villégiature.

    Son pèlerinage achevé, elle revient à l’aquarium
    Troublée, le cœur un peu défait de se croire parti en quenouille.
    Mais le rituel parachevé lui accorde un tel impérium
    Qu’elle en reçoit comme bienfait de se sentir femme-grenouille.

    Tableau anonyme extrait de « L’art d’en bas au musée d’Orsay ».

  • La veuve du scaphandrier – 1

    La veuve du scaphandrier - 1

    Parce qu’il serait perdu en mer à la poursuite des sirènes,
    On a retrouvé son scaphandre lequel fut rendu à sa veuve
    Dont le cœur pompe un sang amer, riche en pleurs, pauvre en oxygène,
    Et qui ne cesse de se fendre suite à la douloureuse épreuve.

    Elle a construit un mausolée ; une villa toute inondée,
    Un aquarium où elle loge revêtue de l’équipement.
    Elle vit complètement isolée, laissant son cœur vagabonder,
    Et continue à faire l’éloge de son mari stoïquement.

    Dans la galerie des abysses – ainsi nommée par les sous-verres
    De mammifères aquatiques et de poissons de toutes sortes –
    Le corps, l’âme et l’esprit subissent la souffrance la plus sévère
    Au souvenir si dramatique que seul ce tombeau réconforte.

    Un matin, elle s’est dissoute, on n’a retrouvé que l’habit,
    Les palmes bleues et le scaphandre mais rien de la femme éplorée.
    Sa dévotion l’aurait absoute car un culte de cet acabit
    Plaide pour sa cause à défendre auprès de Neptune imploré.

    Tableau anonyme extrait de « L’art d’en bas au musée d’Orsay ».

  • Rideau !

    Rideau !

    « Rideau ! Ça suffit, s’il vous plaît ! Elle peut aller se rhabiller !
    On l’a reconnue tout de suite, la petite sirène angélique.
    Quelle sinécure et quelle plaie que l’entendre ainsi babiller
    Qu’elle est prétendument en fuite mais aux desseins machiavéliques. »

    Ainsi annonçait le speaker devant un public étonné
    D’apercevoir une ingénue drapée d’un rideau de velours.
    Il disait ça à contrecœur mais sa voix avait détoné
    Et surpris la jeune inconnue devant le premier rang balourd.

    Mais soudain la petite sirène – car c’était elle, évidemment –
    Vint et fit tomber le rideau devant l’assemblée médusée
    Qui, par une ovation sereine, apprécia incidemment
    L’invite à une libido envers leurs femmes désabusées.

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.

  • Des Alizés au Zéphyr

    Des Alizés au Zéphyr

    Selon la direction du vent, comme une folle girouette,
    Les cheveux vous montrent du poil le sens de votre marche à suivre.
    Tout ce qui s’en va au-devant, qui pousse toute silhouette
    À déployer sa grande voile et tout ce qui pourrait s’ensuivre.

    Que j’aime prendre un bain de vent et sentir ma peau caressée
    Par toutes ces mains invisibles que forment tous les courants d’air !
    Ma mémoire lance « au suivant ! » à mes souvenirs empressés
    D’embarquer vers l’imprévisible pays des merveilles légendaire.

    J’ai l’âme amoureuse du vent et le cœur épris du mistral,
    Du zéphyr et des alizés, de la tramontane et du fœhn.
    L’esprit s’envole en poursuivant ses mots sous un coup magistral
    Qui les envoie réaliser ses divagations les plus « fun ».

    Tableau de Helmer MasOlle.

  • L’indienne qui veille et l’indienne qui dort

    Le démon veille et l’ange dort ; le démon dort et l’ange veille.
    Selon le cas, les femmes nues sont des figures totémiques ;
    Dans d’autres cas, c’est le tchador que brandit celui qui surveille ;
    Quoi qu’il en soit, c’est malvenu de susciter des polémiques.

    Dans les forêts amazoniennes, vivent proches de la nature
    Des hommes et des femmes nus loin de la civilisation.
    Aussi belles que soient ces indiennes, elles échappent à la censure
    Car invisibles et inconnues de toutes signalisation.

    Or le vêtement inutile laisse toute la place au corps
    Magnifié par des bijoux, colliers de perles colorées.
    Mais que le textile est futile lorsqu’il est ôté en accord
    Avec la nature qui joue de sa beauté dans les forêts !

    L’indienne qui veille et qui dort entre le cœur et la raison
    Désapprouve ou ferme les yeux, accepte ou frappe d’interdit.
    Tout ce qui brille n’est pas d’or, trop de tabous dans la maison
    Font qu’il me devient insidieux de publier ce que je dis.

    Tableaux de Jef Cablog sur https:jefcablog.com .

  • Pas de réponse au bout du fil

    Pas de réponse au bout du fil

    Hélas toujours pas de réponse aux demandes du chat perché
    Qui passe nuit blanche sur nuit blanche à guetter l’appel de la Lune
    Qui ne dit pas ce qu’elle pense – sans doute est-ce trop recherché
    De s’taire avant que n’se déclenche une aurore jugée opportune.

    Il fallut attendre vingt ans – soit sept mille trois cent nuits –
    Avant qu’un émissaire lunaire ne lui réponde au bout du fil.
    Un prince de quatre-vingt printemps doté d’une barbe inouïe
    Mais l’image étant lacunaire, personne ne vit son profil.

    Lorsqu’enfin la fille se réveille après un sommeil prolongé,
    Le prince ayant suivi le fil se poste devant la fenêtre.
    Et si la fille s’émerveille, c’est d’être restée allongée
    Si longtemps que sa vie défile et qu’elle meurt avant de naître.

    Tableau d’Arléne Graston.

  • La vestale au soleil

    La vestale au soleil

    J’ai beau présenter mes vestales, deux fois par jour de la semaine,
    Parfois elles restent pour vous plaire pour ranimer vos feux de joie
    Mais souvent de leur piédestal, malgré leur beauté tout humaine,
    Elles tombent car elles ont dû déplaire à un quelconque rabat-joie.

    Prenons celle-ci par exemple, bien rimée, pas piquée des vers,
    Tiendra-t-elle les feux de la rampe ou sera-t-elle censurée ?
    Je ne suis pas gardien du temple mais je n’vends rien sous le couvert
    Et d’ailleurs aucune ne trempe dans des magouilles conjurées.

    Ce doit être un effet d’automne ; les feuilles s’en vont à la pelle.
    Les feuilles mortes ou truculentes, celles qui font rougir les pudiques.
    Tant pis pour ces gens monotones qui ne prêchent que pour leur chapelle
    Et veulent faire mourir de mort lente mes jolies vestales fatidiques.

    Et puisqu’aujourd’hui c’est Noël, j’en ai choisi une spéciale
    Afin de décorer votre arbre et mettre le feu dans vos cœurs ;
    Un feu d’amour continuel – spécialité de ma vestale –
    Qui brûle ceux qui restent de marbre et réveillonnent à contrecœur.

    Tableau de Sergio Lopez.

  • Jeux de miroir – 3

    Pour couper court aux réflexions sur Dieu, le miroir et le diable,
    Je suis parti pour explorer mon reflet dans l’eau des rivières.
    Une fille en génuflexion nantie d’une beauté incroyable
    Me poussa à lui implorer une assistance particulière.

    Mais elle m’a dit : « Réfléchis plutôt avec tes deux esprits ;
    Ouvre tes deux cœurs à l’amour et tes deux corps pour l’insuffler ! »
    Et toujours, les genoux fléchis, en voyant que j’avais compris,
    Elle fit un dernier trait d’humour en se fondant dans mon reflet.

    « Alors ? » me dit une autre voix. « As-tu recouvré tes deux ‘moi’ ?
    As-tu senti le lien secret entre les deux mondes enlacés ? »
    Je vis une fille, d’un air grivois, cherchant à me mettre en émoi
    Et sans doute pour m’y consacrer vouloir mon esprit remplacer

    Je voulus alors l’embrasser mais ce n’était que son reflet
    Et me retrouvai dans son lit… plutôt celui de la rivière.
    Déçu autant qu’embarrassé, j’entendis alors persiffler
    La fille rire de ma folie, désopilant sur la gravière.

    Et puisqu’aujourd’hui c’est Noël, j’ai pris le miroir à l’envers
    Pour prendre l’avent à rebours et revenir à son début.
    Il m’a écrit « Noyeux Joël ! » sur fond rouge imprimé en vert
    Qui se projetait en avant. Non mais vraiment il y a de l’abus !

    Tableaux de Slava Korolenkov sur https:blog.naver.compechenegs2220983924802 .

  • Le meilleur ami de la femme

    Le meilleur ami de la femme

    Le p’tit chien-chien a sa mémère avec son sens de l’à-propos
    Saura lui apporter de l’aide par son rôle conciliateur.
    Avec les gêneurs éphémères, il n’y a aucun quiproquo ;
    Qu’elles soient jeunes, belles ou laides il est déstabilisateur.

    Mais il est gaffeur par moment quand il la ficèle de sa laisse,
    Quand il l’entraîne dans la rivière ou renifle un coup sous sa jupe.
    Je pourrais écrire un roman de ce qui arrive à ses drôlesses
    Quand il leur tire la brassière sauf que… peut-être elles ne sont pas dupes…

    Illustration de Dean Yeagle.

  • Les démêlés de Médusa

    Les démêlés de Médusa

    Sera pétrifié d’horreur qui ose regarder
    Dans les yeux la gorgone aux cheveux de serpent.
    Cependant elle-même doit aussi se garder
    Des miroirs qui renvoient le mauvais sort frappant.

    Alors pour se coiffer, Ô Zeus quelle galère !
    Les serpents qui s’emmêlent comme nœuds de vipère.
    Les brosses inefficaces la mettent en colère
    Et les peignes impuissants font qu’elle vitupère.

    Lorsque vous la croisez, n’ouvrez pas vos grands yeux
    Proposez-lui plutôt d’ôter ses pellicules.
    Massez-lui donc la nuque et les serpents soyeux
    S’aligneront sans trop friser le ridicule.

    Illustration de Dean Yeagle.

  • La nuit où j’ai rêvé d’Aphrodite

    La nuit où j’ai rêvé d’Aphrodite

    Celui qui rêve d’Aphrodite, ce n’est pas l’esprit mais le cœur ;
    Le corps aussi par exigence d’une essentielle bandaison.
    Quant à l’âme, c’est chose dite : elle sait que l’amour est vainqueur
    Et la plus belle intelligence c’est aimer plus que de raison.

    Par cette fenêtre hygiénique qu’est le rêve, je réconcilie
    L’âme, le corps, l’esprit, le cœur à ma véritable origine.
    Animal anthropogénique, j’aime sentir ma chair avilie
    À éjaculer ma liqueur pour la Vénus que j’imagine.

    Jamais de la vie n’oublierai la première fois que j’ai rêvé
    D’elle sans comprendre vraiment le pourquoi de cette obsession.
    Et savoir que je publierais cette souvenance préservée
    Et attirante comme un aimant m’a valu cette indiscrétion.

    Tableau d’Ernst Fuchs.

  • Le démon du peintre

    Le démon du peintre

    Le peintre ne voit que modèles et corps à coucher sur sa toile ;
    À ses yeux les femmes sont nues et les hommes, satyres en puissance,
    Un perce-neige, une hirondelle, pour un printemps sous les étoiles
    Et un petit diable cornu, pour un désir de jouissance.

    Il aime montrer ce qu’il voit, là où personne ne voit rien ;
    Il aime peindre ce qu’il sent, là où il n’y a rien à apprendre ;
    Il aime communiquer sans voix comme le ferait un historien
    Juste par l’image qu’on ressent et qu’on finira par comprendre.

    Oui mais… le peintre est visionnaire qu’on prend pour un original,
    Un fou pas vraiment dangereux qui a des hallucinations.
    De sa vision embryonnaire, ses émotions subliminales
    Mettront un temps bien langoureux jusqu’à l’ultime révélation.

    Tableau de Gennady Mikhailovich Zykov.

  • Jeux de miroir – 2

    Je vis à la fois dans deux mondes dont le passage est si ténu
    Qu’il m’est impossible à franchir, c’est son côté paradoxal.
    Lorsque mon esprit vagabonde, il devient donc discontinu
    Jusqu’à finir par s’affranchir de cette frontière abyssale.

    Sans doute Dieu se cache-t-il entre mes deux corps reflétés
    Dont l’un subit ses restrictions et l’autre ses jubilations ?
    Deux, rétractile et contractile selon l’épreuve sécrétée
    Par je ne sais quelle prescription venue pour mon inspiration.

    Si prier devant un miroir me permettait de toucher Dieu,
    J’en disposerai tout autour de ma salle de méditation.
    Dans chaque meuble, chaque tiroir, chaque emplacement insidieux
    Pour multiplier tour à tour la moindre revendication.

    Et mes prières à l’infini ne monteraient plus vers le ciel
    Mais vers cette intime frontière entre mes deux coexistences.
    Hélas Dieu, ainsi défini et réduit au point essentiel,
    Reste au-delà de la matière d’une éternelle inconsistance.

    Tableaux de Slava Korolenkov sur https:blog.naver.compechenegs2220983924802 .

  • Jusqu’à ce que l’homme nu fut venu !

    Jusqu’à ce que l’homme nu fut venu !

    Quelle blague que ce premier homme créé pour dominer le monde !
    Les premiers humains étaient femmes et elles s’ennuyaient dans l’Eden.
    Elles soumirent un ultimatum à Dieu contre un ennui immonde
    Et lui exigèrent un infâme bourreau des cœurs avec bedaine.

    Dieu eut pitié, Dieu conciliant créa l’homme selon cette image
    Et Adam arriva tout nu avec un petit ventre rond.
    Pour les femmes, ce fut humiliant de se partager ses hommages
    Et elles se firent sans retenue prendre par ses coups d’éperon.

    Adam procréa tant d’enfants avec ces femmes nymphomanes,
    Qu’à la génération suivante, il s’était tellement dépensé
    Qu’il n’était plus mâle triomphant mais juste un vieil érotomane
    Qui courrait après les servantes quoique de sexe dispensé.

    Tableau de Paul Delvaux.

  • Jeux de miroir – 1

    Le miroir inverse l’image mais qu’en est-il de la pensée ?
    Le reflet admet-il un cœur, une âme, un corps et un esprit ?
    En ce cas je dois rendre hommage à Dieu de m’avoir dispensé
    De devoir vivre à contrecœur deux existences pour le même prix.

    En revanche, peut-être la femme aurait l’avantage de vivre
    Avec deux cœurs pour mieux aimer, deux corps pour mieux jouir d’ardeur,
    Deux esprits qui élèvent l’âme à figurer dans le grand livre
    Des femmes qui ont essaimé l’amour et toute sa candeur.

    Le miroir inverse la droite avec la gauche mais pas le sexe
    Et c’est dommage car j’aurais pu admirer ma part féminine
    Avec son intuition adroite et ses raisonnements complexes
    Dont je serais enfin repu de compréhensions léonines.

    Il pourrait inverser mes vers qui rimeraient tout à l’envers ;
    Il pourrait mettre le haut en bas et je danserais la samba ;
    Il saurait lire dans mes pensées et j’en serais récompensé
    Car Dieu serait à mon image et sa femme me rendrait hommage.

    Tableaux de Slava Korolenkov sur https:blog.naver.compechenegs2220983924802 .

  • Rencontre avec un ange

    Rencontre avec un ange

    Vous me croirez si vous voulez, une fois de plus n’est pas coutume
    Mais j’ai vu l’ange débouler avec moins que rien de costume.
    De grande taille, j’lui arrivais au niveau du plexus solaire
    Tandis que ses mains me rivaient de conjectures corollaires.

    Il m’a démontré l’avenir d’une humanité multi-gènes ;
    Nos chromosomes vont devenir, croisés avec d’autres indigènes
    Suite aux croisements des nations, des peuples, aux mélanges des sangs
    Multipliés d’émanations, d’étoile, de croix et du croissant.

    Hommes et femmes réunis d’un même corps à parité
    Et d’un système prémuni contre toute précarité.
    D’ailleurs il nous poussera des ailes comme dans nos rêves légendaires
    Pour nous déplacer avec zèle car nous seront tous solidaires.

    Et comme il était transparent, j’ai vu en lui la vérité ;
    Étant plus ou moins son parent dont il a sans doute hérité.
    J’ai vu la petite part de moi, indivisible et immortelle
    Qui s’accordait avec émoi au son de mon âme éternelle.

    Illustration de The Cyclope Sun.

  • Le piège diabolique

    Le piège diabolique

    N’ayez pas peur car tout est faux notamment le serpent factice !
    Le vrai prédateur, c’est la femme qui s’expose comme une victime.
    Bien sûr, du courage, il en faut ainsi qu’un sens de la justice
    Mais le traquenard reste infâme et tout à fait illégitime.

    Dès que vous vous approcherez pour mettre le serpent en joue,
    La fille vous attachera pieds et poignets à son rocher.
    Alors vous vous reprocherez votre candeur qui vous déjoue
    Et vous condamne comme un rat harponné, la main au crochet.

    Puis elle vous déshabillera et vous sucera goulûment,
    Puis elle vous égratignera de ses ongles en s’y accoutument,
    Puis elle nous mordillera d’abord les cuisses résolument,
    Enfin elle vous dégustera le cœur et le foie indûment.

    Tableau de Marian Wawrzeniecki.

  • Avant après

    Avant après

    Avant la vie, on ne sait plus ; après la vie, on ne sait pas ;
    D’un but qui se serait complu des plans de maman et papa.
    Un passé photographié et que l’on se repasse en boucle ;
    Un futur chorégraphié dans un réseau plein d’escarboucles

    Sous un soleil grenat foncé d’une planète phosphorée,
    L’âme se serait enfoncée dans un beau paradis doré.
    Cet avenir hypothétique, comparé au monde réel,
    S’effondre après le prophétique destin du peuple d’Israël

    Que la Bible voudrait nous faire, avec tous ses contes de fées,
    Admettre afin de satisfaire la peur de la mort échauffée
    Par des religions qui prétendent nous donner la vie éternelle
    Alors que leurs dogmes s’attendent à mater notre vie charnelle.

    Je vis mon présent comme un onde captée par mon corps récepteur
    Qui suit un lien qui vagabonde entre des mondes émetteurs.
    Quand mes batteries fatiguées sonneront l’heure du départ,
    Mon destin sans cesse intrigué recouvrira sa quote-part.

    Photo de John Wilhelm.

  • Pragmatisme

    Pragmatisme

    Si peu importe les moyens pour arriver au résultat
    Est l’apanage du pragmatique, examinons-en les nuances
    Sinon n’importe quel citoyen pourrait faire sa vendetta
    Avec des plans fantasmatiques en usant de son influence.

    Un autre qui, par ses actions, privilégie l’utilité
    Par l’efficacité qu’il crée, et qui s’adapte aux circonstances,
    Puis met en œuvre des solutions propres visant à faciliter
    Des résultats nets et concrets, fera valoir ses compétences.

    Quant au pragmatique en amour qui, par un jeu de séduction,
    Saute les barrières des cœurs, quitte à grimper au cocotier…
    Laissons les femmes avec humour, faire leurs propres déductions
    Du pragmatisme à contrecœur ou au contraire bien volontiers.

    Illustration de Mordillo.

  • Demoiselle Papillon

    Demoiselle Papillon

    Ouvrez, ouvrez les papillons au premier coup de balançoire,
    Tous ces petits moulins azur en totale décontraction !
    Tournez, tournez en tourbillons sans que rien ne puisse surseoir
    À faire au fur et à mesure une échappée à l’attraction !

    Qui donc est cette demoiselle, dresseuse de lépidoptères ?
    Une bergère qui a cessé de jouer à saute-mouton
    Et dont les jambes de gazelle préfèrent jouer à l’hélicoptère
    Avec pieds et mollets dressés toujours plus haut que le menton.

    Elle porte juste un déshabillé et des petits dessous brodés
    Qui donnent envie de convoler, tant son spectacle est affublant.
    Mais tandis qu’elle a vacillé d’un mouvement accommodé,
    La balançoire s’est envolée, pendue à un nuage blanc.

    Tableau d’Alisa Williams sur https:fineartamerica.comprofilesalisa-williams .

  • Fabienne et ses chaussures

    En chaussures ou en godillots, Fabienne voit le monde à ses pieds
    Comme pionnière randonneuse qui vit sa vie bon pied, bon œil.
    D’ailleurs en cas d’imbroglio, elle sortira de ce guêpier
    Avec la mine ronchonneuse en courant autant qu’elle le veuille.

    Quels que soient les souliers à clous ou les pompes bien ajustées,
    Fabienne continue de penser qu’il n’y a que le premier pas qui coûte.
    Godasses ou grolles, Pas de jaloux ! Tout est bon pour tarabuster
    Avec semelles compensées celui ou celle qui la dégoûte.

    Mais pour taper, botter, shooter, rien ne vaut les bottes effilées
    Pour bien se faire respecter des garçons autant que des filles.
    Et pour se faire chouchouter, il lui suffira d’enfiler
    Les fameuses pantoufles suspectées du lui faire enfler les chevilles.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Couleurs de saison

    Puisqu’il n’y a plus de saison mais un temps pourri continu,
    Supprimons l’hiver inutile et réorganisons l’année :
    Un printemps qui montre son nez avec un petit soleil vert,
    De petites pluies sur les lèvres pour ne pas faire la fine bouche.

    L’été, bien sûr, est conservé mais à responsabilité
    Limité par des fronts d’orages la nuit pour arroser les champs
    Et la chaleur, sans canicule, contrôlée et habilitée
    À complaire aux filles bronzées et faire de beaux soleils couchants.

    De l’or, de l’ambre et de la rouille comme un beau visage d’automne ;
    Un soleil d’or matin et soir, une lune d’argent la nuit.
    Voilà enfin mes trois saisons que je prie le ciel d’accorder
    Et j’en ferai la météo en prose, en vers, comme il se doit.

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Ras le bol des spaghettis

    Ras le bol des spaghettis

    Tous les midis, c’est spaghettis pour la plupart des sex-symbols
    Qui en ont par-dessus la tête des pâtes chinoises rapides.
    Numérotez vos abattis si vous leur proposer un bol
    De macaronis, coquillettes ou autres nouilles aussi stupides.

    Pour les pimbêches, c’est le contraire ; elles en ont plutôt ras le bol !
    La faute aux mères trop simplettes qui leur en ont trop fait manger.
    Cette répulsion arbitraire est même devenue un symbole
    De la lutte des pâtes complètes sur celles venant de l’étranger.

    Marco Polo s’est retourné déjà plusieurs fois dans sa tombe ;
    Lui qui prit la route de la soie pour rapporter la tradition.
    Justement c’est d’une fournée de spaghettis à qui il incombe
    D’en cuire sans cesse chez soi pour célébrer l’expédition.

    Photo de John Wilhelm.

  • Hiver

    Hiver

    Mais l’hiver n’en fait qu’à sa tête lorsque vient sonner la retraite
    Et rechigne à abandonner les territoires occupés.
    Il voudrait encore faire la fête quitte à congeler d’une traite
    Les jeunes semences ordonnées pour les chalands les plus huppés.

    Quant au réchauffement climatique, l’hiver s’en moque sans pareil !
    Il jongle avec la météo de neiges douces en douches froides ;
    Il se joue des neurasthéniques en troquant les plages au soleil
    En crépuscules boréaux et inondations par myriades.

    Quant à moi qui aime l’hiver, en Suisse, je suis venu vivre
    Pensant que de m’y pavaner serait bon pour mon matricule.
    Je suis maudit dans l’Univers car, au lieu d’y trouver du givre,
    Je sue sang et eau à l’année entre hivers doux et canicule.

    Illustration de June Leeloo sur https:havengallery.comportfoliojune-leeloo-imaginarium .

  • Sennhof en hiver

    Sennhof en hiver

    Voilà mon village en hiver dont les toitures chenues blanchissent
    Sous cette neige qui alourdit les toits aux ornements de glace ;
    Le silence d’un morne univers, des montagnes qui réfléchissent,
    Le faible éclat abasourdi qu’un ciel lourd et confus déclasse.

    La rivière habillée de deuil, aux eaux presqu’immobiles et noires,
    Rythme le temps au compte-goutte d’une langueur contaminable.
    Par la fenêtre, d’un coup d’œil, des ombres sur les patinoires
    Égayent l’ennui qui me dégoûte d’une journée interminable.

    Demain les pluies emporteront cette blancheur de paradis
    Et un paysage boueux durcira la désolation.
    Les jours suivants supporteront cette hivernale maladie
    Jusqu’aux auspices vertueux de printanières évocations.

    Tableau de Brigitte Berweger.

  • Qui fait la Une, aujourd’hui ?

    Qui fait la Une, aujourd’hui ?

    Elles font leur insurrection, entièrement nues dans les rues,
    Mais en protégeant leur pudeur par les journaux économiques
    Dont la Une fait la sélection de toutes les crises apparues
    Depuis que l’infâme leader du pays cause polémiques.

    Les forces de l’ordre débordées ; elles sont trop dures à attraper ;
    Elles s’enduisent le corps d’huile pour mieux glisser entre leurs pattes.
    Elles sont là pour saborder la police qui a dérapé
    En provoquant la guerre civile par leurs charges de psychopathes.

    Alors, Mesdames, tout le monde à poil, remontez les Champs Élysées,
    Le boulevard Saint-Honoré jusqu’au roitelet dans sa cour.
    Nous tiendrons les cordons du poêle, nous les hommes fidélisés
    Lorsqu’il sera déshonoré, jugé et pendu haut et court.

    Photo de Nathan Coe.

  • L’entraînement des Ladies Godiva

    L’entraînement des Ladies Godiva

    Si la Révolution française rend si fiers nos parlementaires,
    Ils sont pourtant bien mal placés pour désapprouver les Français
    Qui, ne se sentant ni à l’aise, ni de statut égalitaire,
    Voient leurs libertés remplacées par des lois qui les font grincer.

    J’ai lu dans la Déclaration des droits de l’homme citoyen †
    Que lorsque le gouvernement porte atteinte aux droits de son peuple
    Pour ce dernier, l’insurrection est un devoir et un moyen
    D’opposer un retournement à cette dictature aveugle.

    Et j’en appelle à nos françaises à faire comme Lady Godiva ;
    De sortir entièrement nues à pied, à cheval, en voiture,
    Pour conspuer ces lois mauvaises, ces quarante-neuf-trois à tout va,
    Et protester contre Manu de nos droits en déconfiture.

    (Tableau de Wolfe von Lenkiewicz sur https:wolfevonlenkiewicz.comwolfe-von-lenkiewiczartworks ;
    † article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Quand faut-il arrêter de jouer à la poupée ?

    Quand faut-il arrêter de jouer à la poupée ?

    J’ai arrêté mes jeux d’enfants ; les Légo © et les constructions,
    Découpages et coloriages, maisons en cartons découpés,
    Les jeux de rôles triomphants en suivant bien les instructions
    Mais contre tout répertoriage, je n’ai pas joué à la poupée.

    Le cœur n’est pas vraiment trop mûr en ce qui concerne les garçons,
    Mis à part pour ôter les jupes afin d’observer en-dessous.
    Et puis un jour, au pied du mur, celui d’où l’on voit le maçon,
    Tombe le temps des jeux de dupes dans lesquels l’âme se dissout.

    Je n’ai pas autant de poupées que certains grands collectionneurs,
    Ni les plus belles du marché, ni celles qui m’ont tout refusé.
    Malgré le cœur entourloupé de chagrins au petit bonheur,
    Je continue à les chercher sans jamais m’en désabuser.

    Tableau de Teresa Oaxaca.

  • Les amours impossibles – 2

    Des amours poisson et oiseau, il me revient une anecdote
    Envers une nymphe volante et un vilain petit canard.
    Ils se cachaient dans les roseaux car il n’y avait pas d’antidote
    À leurs passions ambivalentes contre les potins goguenards.

    Mais la sirène matrimoniale, ayant plus d’un tour dans son sac,
    Leur organisa un ballet sur le célèbre Lac des Cygnes.
    La prestation cérémoniale entre le sac et le ressac
    Du show eut tôt fait d’emballer la foule car c’était la consigne.

    Le canard devint un beau cygne et la nymphe une belle femme
    Et nul ne trouva à redire à propos des mœurs débridées.
    Leurs amours jugées hier indignes, contre nature, voire infâmes,
    Furent approuvées sans médire sur leur descendance hybridée.

    Galerie sur https:www.galerisoyut.com.trali-fatih-kucukosmanoglu-2019 .

  • Les amours impossibles – 1

    Les amours impossibles - 1

    Le petit poisson qui aimait un petit oiseau d’amour tendre
    S’est confié auprès des sirènes pour trouver une solution.
    Aujourd’hui, il peut désormais rejoindre son Piaf sans attendre
    Grâce à la conclusion sereine prônée contre rétribution.

    Il suffisait donc d’une cage juste en surface disposée
    Pour que les amants se rencontrent intimement en convolant.
    Et lorsqu’il y a déblocage nous pouvons dès lors supposer
    Que leurs amours n’auront rien contre la naissance de poissons-volants.

    N’ouvrez pas la cage aux oiseaux qui flotte sur une mer calme ;
    Les œufs en pleine gestation pourraient précocement voler.
    Postez plutôt dans les réseaux l’instant où ils sortent les palmes
    Juste avant la délectation de leur toute première envolée.

    Tableau de Mirella Santana.

  • Louve éprise qui sait s’y prendre

    Louve éprise qui sait s’y prendre

    Directeur des ressources humaines, il a prédisposé ses pièges
    Afin de la sélectionner parmi de nombreux éléments.
    Cela fait déjà une semaine qu’il doit rendre des comptes au siège ;
    Il se doit de perfectionner sa méthode de recrutement.

    C’est une louve parmi les loups, ceux aux dents longues et acérées,
    Qu’il a choisi comme victime pour son jeu de rôle imbécile.
    Capturée par un pied-jaloux, il va la laisser macérer
    Dans une relation intime entre chasseur et proie docile.

    Mais le syndrome de Stockholm est soit trop gros soit trop ténu ;
    La louve inversera les rôles en sachant où contre-attaquer.
    D’abord elle séduit le bonhomme en jouant la tendre ingénue
    Qui passera à la casserole pour lui rabattre le caquet.

    En trois coups de dents seulement, elle lui a dévoré le cœur ;
    Du chasseur devenu gibier, il ne reste plus que les os.
    Pour faire taire les gueulements des employés pleins de rancœur,
    Elle se sortira du bourbier en devenant chef du réseau.

    Tableau de Christopher Lovell sur https:www.christopherlovell.comdarknature .

  • Sous le signe de la Grande Ourse

    Sous le signe de la Grande Ourse

    Les fées, les nymphes et les elfes dépendent d’un autre zodiaque
    De la Grande à la Petite Ourse via le Grand Chien et Andromède.
    Or d’après l’Oracle de Delphes, ces douze signes pandémoniaques
    Ne sont pas soumis à la course du Soleil d’après Archimède.

    Il n’y a pas que la poussée d’un corps plongé dans un liquide
    Que le savant approfondit mais aussi l’astro-toponymie
    Qui concerne les dieux courroucés qui jouent à des jeux intrépides
    Avec les astres rebondis par effet de cosmochimie.

    Cette nuit-là, de pleine Lune, une fée implora son signe
    Qui envoya la Petite Ourse en tant qu’émissaire des dieux.
    Une synergie opportune dont seul le petit peuple est digne
    Ouvrit de l’éther une source aux effets miséricordieux.

    En ce qui concerne la Terre, son zodiaque étant différent,
    Les calculs trop astronomiques dépassent nos ordinateurs.
    Quoi qu’il en soit, pas de mystère ; si l’effet se montre afférent,
    Dès la prochaine polémique des dieux nous serons spectateurs.

    Illustration de Mango Mendoza sur https:www.deviantart.commangomendozafavourites67843512wow-this-is-good?rnrd=261080&page=30 .

  • Primevère

    Primevère

    Primevère avançait de l’est en ouest en suivant le jour ;
    La lumière lui était vitale, aussi précieuse que l’oxygène.
    Elle s’élançait d’un pas leste, elle ne s’arrêtait pas toujours
    Mais continuait son orbitale presqu’éternellement sans gène.

    Disons « presqu’éternellement » et il y avait des exceptions
    Car elle devait se reposer ; elle usait donc du corollaire
    De l’amour maternellement et notamment la conception ;
    La jouissance étant supposée remplacer l’énergie solaire.

    C’est ainsi qu’elle m’a abordé en me proposant une alliance :
    Faire l’amour, là, sous la Lune et la voir partir au matin ;
    En échange, m’était accordé un orgasme dont la résilience
    Équivaudrait à l’opportune joie des plus hauts sommets atteints.

    Elle s’appelait Primevère et, comme une fleur de printemps,
    S’ouvrit toute nue au soleil dès le premier rayon du jour.
    Elle m’embrassa d’un air sévère – nous étions tous les deux contents –
    Et au premier vent qui balaye, elle s’en repartit pour toujours.

    Tableau de Carlos Leon Salazar.

  • Sans reflet impudique

    Sans reflet impudique

    Les miroirs frappés de censure ne refléteront plus jamais
    De femmes nues, grosses et maigres, et toutes parties sexuelles ;
    Ce qui est en dessous de la ceinture se verra alors désormais
    Flouté pour être plus intègre envers les mœurs contextuelles.

    Phallus et vulves seront cryptés par des gros pixels anodins
    Vus par leurs seuls propriétaires et seulement s’ils sont adultes.
    Qui tentera de décrypter les organes d’un citadin
    Sera traité de libertaire, frappé de coups de pieds occultes.

    À l’instar des miroirs sans tain, voici les miroirs pudibonds
    Qui ne renverront que pudeur et laisseront passer le reste.
    Ainsi les regards enfantins seront soustraits des furibonds
    Reflets qui montrent la raideur d’une érection agile et preste

    Tableau de Jean-Gabriel Domergue sur https:www.catherinelarosepoesiaearte.com201205jean-gabriel-domergue-1889-1962.html .

  • Une chatte brûlante devant son miroir

    Une chatte brûlante devant son miroir

    Avec des miroirs parallèles, je me suis monté un harem
    En dupliquant à l’infini mes jolies invitées du soir.
    Tant qu’elles sont encore pucelles, elles remontent plus haut le barème,
    Une fois ôté leurs bikinis en allant simplement s’asseoir.

    Lorsqu’elles sont mûres mais pas difformes, leurs reflets pointent alors la voie
    Qui ouvre la carte du tendre stéréoscopique à souhait.
    J’en ai quelques-uns qui déforment et qui les laissent alors sans voix
    Et les rires, sans se faire attendre, éclatent à gorges dénouées.

    Côté verso, l’image nette renvoie leurs formes à l’envers,
    Côté recto, l’image émue rougit de façon maladroite.
    Le miroir n’est pas malhonnête bien qu’avec un penchant pervers
    Qui renverse autant qu’il transmue ce qui est à gauche et à droite.

    Tableau de Jean-Gabriel Domergue sur https:www.catherinelarosepoesiaearte.com201205jean-gabriel-domergue-1889-1962.html .

  • Les plantes caressivores

    Les plantes caressivores

    Les plantes aux mains baladeuses ne sont pas vraiment carnivores ;
    Certaines sont des chapardeuses et d’autres plus caressivores.
    Vous passez devant l’une d’elles et perdez votre accoutrement,
    La plante fait partie des modèles des détrousseurs de vêtements.

    Une autre vous fait ressentir des caresses plutôt intimes ;
    L’espèce ne saurait mentir, la plante cherche une victime
    À câliner langoureusement de ses branches aux doigts délicats
    Pour vous oindre amoureusement d’un doux parfum d’arabica.

    Mais gare aux plantes nymphomanes dont les racines s’insinuent
    D’une manière érotomane par les pores de votre peau nue.
    Bien sûr vous connaîtrez l’extase de sensations psychédéliques,
    Mais pour mieux mourir d’épectase par overdose botanique.

    Tableau de Julia Vanderbyl.

  • La femme floue

    La femme floue

    Comme le peintre était miro, il ne distinguait des modèles
    Que leurs seins flous juste estompés et leur sexe fondu-enchaîné.
    Cependant ces effets viraux se répandaient à tire-d’aile
    Sur mes vieux livres estampés d’un vieux myope déchaîné.

    L’amour fou pour la femme floue prend sa racine dans mes rêves
    Qu’au matin je me mémorise à la mode David Hamilton
    Dont les souvenirs me renflouent et remettent à flot sur la grève
    Ces nus charmants qui érotisent encore mes journées monotones.

    La femme floue ne vieillit pas, elle s’atténue doucement ;
    Ses rides fondent en dégradés et ses cheveux d’argent grisonnent.
    Plus le temps passe à petit pas et fait ses éclaboussements,
    Plus il me plait à regarder ma femme que l’âge emprisonne.

    Tableau de David Beynon Pena.