Catégorie : Poésie du dimanche

  • Le pays de la douche

    Des pays où sans être timide, il fait bon vivre, entièrement nu,
    J’en visite un chaque matin au moment de prendre la douche.
    Son climat est assez humide et ses averses soutenues
    Mais le bonheur est vite atteint si je n’ fais pas la fine bouche.

    Derrière un rideau de pudeur qui garde toute la vapeur,
    Les pores ouverts, je transpire à grandes glandes sébacées.
    Je m’étudie dans l’impudeur et j’évacue toutes mes peurs
    Avec la buée que j’expire une fois le corps décrassé.

    Sans trop être exhibitionniste, j’examine mes attributs
    Que je regarde du bout des doigts, la main tremblante mais tentante.
    Dans l’infini expansionniste des deux miroirs, je distribue
    Quelques caresses, comme il se doit, enrobées de crème hydratante.

    Photos de Mikhail Shestakov sur https:vk.comclub3889576 .

  • La porte du crépuscule

    Quand le jour referme la porte du crépuscule par l’interstice,
    Juste à l’instant du rayon vert, l’ange de nuit déploie ses ailes.
    Tous les démons qui l’insupportent guettent une occasion subreptice
    Pour se glisser à découvert dans le dos de la demoiselle.

    Mais Morphée dans la nuit d’onyx, garde de manière intangible
    Le seuil en tirant la tenture tissée des rêves impénétrables.
    Jusqu’à ce que vienne le Phénix dont l’action inintelligible
    Autorisera l’ouverture d’un nouveau jour impondérable.

    Seulement voilà, l’ange de nuit commence à douter de lui-même.
    Tout seul jusqu’au lever du jour, il estime sa vie infâme.
    Les années passent et il s’ennuie ; personne ne lui dit « je t’aime »
    À part Morphée, depuis toujours, mais l’ange préfère les femmes.

    Tableau de Kinuko Y. Craft.

  • Rêver aux étoiles

    Rêver aux étoiles

    Dans les trous noirs de mes nuits blanches, lorsqu’il n’y a rien à explorer,
    Je fais ce que Dieu à ma place aurait fait… et alors je crée.
    Souvent les mots en avalanches tombés des mémoires éplorées
    Se décantent dans la mélasse d’un poème à leur consacrer.

    Parfois je lis sur ma tablette, en lettres blanches sur fond noir,
    Des mots en étoiles filantes dans l’infini de l’interface.
    Parfois ma soif reste incomplète alors j’enfile mon peignoir
    Et je trinque à la rutilante Lune gibbeuse sur ma terrasse.

    Et les mots s’affichent en couleurs et la page m’ouvre ses portes ;
    Je traverse un champ de lecture et prends la voie des vers ferrés.
    J’arrive en Gare des Douleurs attraper le bus qui transporte
    Les rêveurs en soif d’aventure sur un air de Léo Ferré.

    Tableau de Hajin Bae.

  • L’amour vert

    La sexualité des arbres, souvent incomprise des hommes,
    Ne laisse pourtant pas les femmes indifférentes envers leurs charmes.
    Les religions restent de marbre sur les sylvestres chromosomes
    Et jugent la question infâme sans même y verser une larme.

    Pourtant ces amours invisibles en forêts profondes s’enchaînent ;
    Les arbres mâles et femelles s’accouplent en chœur, petits et grands
    Quand leurs passions imprévisibles annoncent leurs noces de chêne,
    Toute la flore alors s’emmêle pour leur souhaiter beaucoup de glands.

    Nos femmes, beaucoup plus sensibles, ressentent le lien de la sève
    Comme des sœurs apparentées à l’arbre de la vie cosmique.
    Et l’envie irrépréhensible de les prendre en leurs bras relève
    D’un désir de complimenter cette sororité karmique.

    Tableaux de Tomazs Alen Kopera.

  • Le troisième œil

    L’œil solaire
    Par une lumière solaire d’un premier rayon éphémère,
    L’intuition donne une vision connectée vers notre intérieur,
    Et depuis l’étoile polaire jusqu’à la Terre, notre mère,
    Nous en sentons les prévisions projetées au monde extérieur.

    L’œil animal
    Par le premier cri de la vie poussé par la petite voix,
    Notre subconscience instinctive parle directement au cœur.
    Sage est l’esprit qui se ravit d’écouter et suivre la voie
    D’illumination inductive connexe à l’âme du vainqueur.

    L’œil lunaire
    Par une présence lunaire qui rythme le cycle du temps,
    Nous ressentons dans la matière l’arborescence de l’amour.
    Comme une partie lacunaire, un vide se répercutant
    De la nature tout entière qui nous fait vivre chaque jour.

    Tableaux de Tomasz Alen Kopera sur https:www.grahamfineart.comtomasz-alen-koperatomasz-alen-kopera-1.php .

  • Une perle pour l’Univers

    Une perle pour l’Univers

    À l’origine de l’Univers ? Un tout petit grain de poussière !
    Mais il gêne tant le cosmos qu’il sécrète la Voie Lactée
    Dont le lait produit mille vers qui l’entourent de bras de lumière
    Jusqu’à ce que prenne l’osmose d’une galaxie réfractée.

    Ainsi Dieu au commencement procrée une perle de vie
    Enrobée d’anges dont la nacre devient énergie et matière.
    Après cet ensemencement, ce Dieu s’apaise, il est ravi
    Et le lendemain se consacre à l’humanité tout entière.

    Toutes les civilisations qui se sont imposées sur Terre
    N’ont pas l’air d’avoir reconnu cette mission dont elles disposent.
    Sauf si leurs réalisations, même si elles s’avèrent délétères,
    N’aillaient dans le sens inconnu du Plan Divin qu’Il nous impose.

    Tableau de Dana Lynne Andersen.

  • Jardin d’une nuit éternelle

    Jardin d’une nuit éternelle

    Ah, que mon âme se complaît en joignant ma propre âme-sœur
    Lorsque mon côté féminin paraît un instant éphémère !
    Enfin mon être est au complet comme au temps béni précurseur
    Où je n’étais qu’ange bénin avant d’être enfant de ma mère.

    Mais si choisir, c’est renoncer, quel déchirement fatidique
    De perdre son autre moitié tant que durera l’existence !
    Pour moi, la mort est annoncée comme la phase véridique
    Où je suis à nouveau entier mais dans une autre consistance.

    Par bonheur l’amour vient combler la faille d’où naît ce complexe
    Et permet la reconnexion du yin et du yang dissociés.
    L’homme et la femme rassemblés connaissent le plaisir du sexe
    Et la joie de la conception par leurs chromosomes associés.

    Tableau de Yoann Lossel.

  • Femmes-fleurs au printemps

    Au printemps l’ivresse des fleurs fait basculer les romantiques
    D’effervescentes phéromones que la nature distribue.
    Et les jeunes filles en pleurs subissent l’effet aromatique
    De leurs corps saturés d’hormones et de leurs nouveaux attributs.

    Les yeux sont le reflet de l’âme et l’on y voit le temps qu’il fait
    Dans leurs cœurs tantôt bien moroses ou tantôt tout émoustillés.
    Dans ce regard passe la flamme de quelques désirs stupéfaits
    Par des amours à l’eau de rose ou des promesses vite oubliées.

    Mais les couleurs reviennent vite afin que l’âme s’en nourrisse
    Et que leurs corps mettent en route le support d’un jardin fertile.
    Bientôt répondront à l’invite les papillons vers la matrice
    Aux nervosités en déroute pour un coup de trompe érectile.

    Tableaux de Maria Pace Wynters.

  • Le sourire musclé

    La théorie
    Puisque l’amour, c’est la santé, commençons donc à attirer
    En musclant nos zygomatiques pour plaire d’un air de vainqueur
    Sur un visage innocenté par un vrai sourire soutiré
    Au réseau des nerfs sympathiques puisé dans la source du cœur !

    La pratique
    Une fois que c’est bien compris, oublions notre théorie
    Et démontrons-en la pratique avec un peu d’entraînement !
    Coupons le canal de l’esprit qui viendra a posteriori
    Et laissons le cœur empathique diriger nos enchaînements.

    La réalité
    Puisqu’il faut se jeter à l’eau, ne craignons pas le ridicule ;
    Un sourire communicatif, se répand comme traînée de poudre !
    Tel le soleil dans son halo, crevons de notre denticule
    Notre embarras limitatif et gagnons-y un coup de foudre !

    Tableaux de Lisa Aisato sur https:www.boredpanda.comsurreal-illustrations-lisa-aisato?media_id=3057426&utm_source=pinterest&utm_medium=social&utm_campaign=organic .

  • L’oiseau-trompette et Vénus Anadyomène

    L’oiseau-trompette et Vénus Anadyomène

    Bien sûr, une seule hirondelle ni même deux ne font le printemps
    Et non, aucun oiseau trompette ne déclenche aucun ouragan.
    Mais comment un battement d’aile de papillon, un court instant,
    Peut-il provoquer la tempête voire un cyclone extravagant ?

    Se produit-il, ce phénomène, quand le volatile en question
    Affronte les intempéries et que la pluie s’intensifie ?
    Surgit Vénus Anadyomène qui donne en tant que suggestion :
    « Souvent la météo varie et bien fol l’oiseau qui s’y fie ! »

    Entre l’attraction de la Lune et de Mars conjointe à Vénus,
    Les Météorologues doutent que leurs influences soient très nettes.
    Quant à Jupiter et Neptune, ainsi que Saturne et Uranus,
    Je crois qu’ils n’y comprennent goutte sur les humeurs de la planète.

    (Tableau de James Jean.
    Anadyomène signifie « surgie des eaux » en grec ― on en apprend tous les jours.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • La femme-papillon

    La femme-papillon

    La femme papillon s’habille de dentelle ;
    De toiles d’araignées, de vers à soie tissés
    En guise de cotillon, de porte-jarretelle
    Et de musc imprégné sur ses ailes hérissées.

    Mais lorsque la pluie tombe, elle cherche un abri
    De crainte que ne fonde sa robe vaporeuse.
    Quand vient l’orage en trombes sous un ciel assombri,
    Sa nudité profonde la rend bien malheureuse.

    Mais elle bénéficie de solidarité
    Envers les libellules qui lui offrent un refuge
    À ses péripéties et sa précarité
    Par d’étanches ombellules sûres et calorifuges.

    Tableau de Troy Brooks.

  • Enceinte éternellement

    Avant la vie, après la mort ? Que lui importe au petit ange ?
    Pour lui le monde est limité à son univers intérieur.
    Il ne connait aucun remords, il se contente des échanges
    Dans sa moelleuse intimité sans contact avec l’extérieur.

    Parfois sa planète bascule et parfois elle reste immobile
    Mais il n’existe ni de temps ni de distance à parcourir.
    Juste un étrange tentacule qui à l’occasion l’obnubile
    Mais qui lui paraît important, sans doute pour le secourir.

    Il n’aura aucun souvenir mis à part la voix de sa mère
    Qu’il a toujours à sa portée bien à l’abri dans sa maison.
    Toujours est-il que l’avenir prévoit son congé éphémère
    Car il va se téléporter mais… est-ce à tort ou à raison ?

    Tableaux de Steven Kenny sur https:www.kaifineart.comstevenkenny?m=1 .

  • La renaissance

    Si je ne vis pas plusieurs fois, je change plusieurs fois de vie.
    Elle commence par une trompe d’éléphant surnommé Fallope
    Qui me transbahute, ma foi, à la rencontre d’une envie
    Arrivée en un coup de pompe, gigotant comme une antilope.

    Et voilà comment j’ai atteint le premier barreau de l’échelle
    Où chaque année est un degré où je dois faire des progrès.
    Que je sois, du soir au matin, enfant riche ou romanichel,
    Je vais devoir y intégrer mes joies, mes peines et mes regrets.

    Bien sûr, l’échelle se termine et j’en ai beaucoup enterrées
    Mais il leur manque le curseur qui grimpait inlassablement.
    Il faudra bien que j’y culmine mais mes deux anges ont interêt
    De faire de moi le précurseur vers un nouveau raccordement.

    Tableaux de Beth Conklin.

  • La vie en rose

    La vie en rose

    Mon film n’est pas « la vie en rose », du moins pas toujours, pas tout l’temps,
    Car je ne reste jamais fixé sur un coin de ma pellicule.
    Certains clichés semblent moroses mais, alignés à contretemps,
    Reflètent un bonheur remixé, en prenant bien sûr du recul.

    Cette vie que je croyais plate s’est révélée comme une fleur
    Qui s’ouvre et qui s’épanouit à l’aube d’un matin de printemps.
    Le blues en devient écarlate arrosé de larmes et de pleurs
    Et le chagrin s’évanouit d’en voir ses faveurs à plein temps.

    Pour ne pas rester sur ma faim quand viendra ma métempsychose,
    J’espère n’avoir plus d’ennemi à récurrence destinale.
    Mais puisque tout a une fin, j’en ferai une apothéose
    Où je convierai mes amis à ma Sainte Cène finale.

    Tableau de Mihai Criste sur http:sweetdreamsart.centerblog.netrub-mihai-criste-.html .

  • Deo gratias in blues

    Deo gratias in blues

    L’âme du violon semblait faite pour glisser sur sa robe en blues
    En paysages liturgiques avec des doubles et des alias.
    L’archet courrait monter au faîte de la petite corde jalouse
    Des pizzicatos démiurgiques qui créaient le Deo gratias.

    Lorsqu’elle arrête de jouer, le silence ressemble au silence
    Qui succède après le final et qui reste toujours du Mozart.
    Et dans sa quiétude enjouée, ce calme trouve son équivalence
    Avec le geste original d’un Dieu qui créerait par hasard.

    Elle vous donnera l’illusion de jouer les bleus de son âme
    De son doigté le plus précieux qui s’envoleront dans l’azur
    À la vitesse de diffusion de l’onde qui sert de sésame
    À l’ouverture en clef des cieux dont un ange bat la mesure.

    (Tableau d’Abner Recinos.
    « Elle semblait faite pour glisser, en robe blanche, dans des paysages liturgiques, une branche de lis ou un rameau d’or à la main. » — Octave Mirbeau, Le colporteur)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • Mérou au secours !

    Tout en haut de ma tour d’ivoire, j’appelle un mérou de secours
    Avant de plonger dans les rêves et nager dans leurs eaux profondes.
    Juste une fuite provisoire qui soit mon ultime recours
    Seulement pour cette nuit si brève où j’oublierai un peu le monde.

    J’aime sentir ce lâcher prise et chuter éternellement
    Dans les airs à tombeau ouvert, sécurisée par le mérou.
    Le songe étant plein de surprises, je le serre fraternellement
    En lui disant à mots couverts de m’emmener jusqu’au Pérou.

    Hélas mon rêve est éphémère et je suis désavantagée
    Car je n’ai pas plus d’avenir qu’avait la Belle-au-Bois-Dormant.
    Au matin le prince des mer me rend mon baiser engagé
    Et je me réveille au souvenir de mon petit mérou charmant.

    Tableaux de Nicoletta Ceccoli.

  • Les sirènes atlantes

    Deux descendances différentes vivent ensemble au fond des mers.
    D’une part, les filles de Neptune, en queue de poissons héritée ;
    Puis, les atlantes proliférantes dans les abysses outremer
    Depuis la chute inopportune de l’Atlantide déméritée.

    Elles ont conservé leurs deux jambes – les pieds palmés mais pas les mains –
    Adaptées à tous les milieux, amphibies par transmutation.
    Particulièrement ingambes, elles prennent souvent le chemin
    De Paris et de sa banlieue, puis en métro jusqu’à Nation.

    Mais lassées de l’humanité, elles rentrent en fin de semaine
    Et rapportent les souvenirs aux petits poissons attentifs.
    Restant loin de l’inanité de notre société humaine,
    Elles préfèrent suivre l’avenir depuis l’océan préventif.

    Tableaux d’Annie Stegg.

  • Nuit d’Onyx

    Nuit d’Onyx

    Discrétion, silence et mesure, l’ange de nuit répand son ombre
    Et tisse un écheveau obscur qui plonge la Terre en sommeil.
    Le jour s’enfuit dans l’embrasure poursuivant le soleil qui sombre
    Flanqué du fidèle Mercure dans un dernier rayon vermeil.

    Ange ou démon ? Je m’interroge sur ses véritables desseins
    Et cette étrange accoutumance qu’instaure le marchand de sable.
    Fatalement nul ne déroge à ce rituel sacro-saint
    Malgré toute la véhémence de ma quête inassouvissable.

    Les plus beaux rêves sont tissés dans la chevelure de nuit
    Qui me reconnecte au réseau du chœur des étoiles qui songent.
    Étoiles noires métissées d’astres et de comètes qui fuient
    Comme s’envolent les oiseaux qui migrent au pays des mensonges.v

    Tableau de Kaysha Siemens.

  • L’autre côté du miroir

    L’autre côté du miroir

    Tous les miroirs de ma maison accèdent à un autre côté,
    Un genre d’univers inversé, mais qu’ils m’interdisent de franchir.
    Je ne sais si j’ai eu raison mais je les ai tous boycottés
    Jusqu’à c’ qu’ils soient controversés et acceptent de m’affranchir.

    Depuis je peux passer ma tête, un bras, une jambe, une main
    Mais je reçois un bol d’eau froide et parfois carrément un seau.
    Ils sont farceurs mais je m’entête à y découvrir un chemin,
    Même si c’est une porte étroite, pour m’y retrouver au verso.

    Alors pour fair’ fondre la glace puisque le miroir est poli,
    Je m’ suis reflétée en parlant d’une voix pointue et étroite,
    Puis nous avons changé de place, mon double et moi, à la folie,
    Et depuis je parle en verlan et confonds ma gauche et ma droite.

    Lorsa pour raif’ drefon la cegla quepuis le roirmi est lipo,
    Je m’ suis téeflére en lantpar d’une voix tuepoin et troitée,
    Puis nous vonsa géchan de cepla, mon bledou et moi, à la liefo,
    Et puisde je lepar en lanver et fondcons ma chegau et ma tedroi.

    Tableau de Natalie Shau.

  • La danse des Samodiva

    Les trois sorcières solidaires ne sont pas descendantes d’Ève
    Mais de Lilith ou Artémis selon l’histoire non écrite.
    Sauvages et de vies solitaires, chaque année elles renouvellent
    Leurs liens en suivant les prémices que leur nature leur a prescrites.

    Alors elles invoquent leur mère qui apparaît tel un phénix
    Dans le feu ardent dont les flammes les embrassent de leur chaleur.
    Elles redeviennent chimères et montent dans la nuit d’onyx
    Rejoindre et réunir leurs âmes sacrées aux divines valeurs.

    Comme une naissance d’étoile, les filles ont fusionné leur mère
    Et créent de nouvelles énergies pour les diriger sur la Terre.
    Alors retombent comme un voile des étincelles éphémères
    Qui se transforment en synergie fertilisante, élémentaire.

    Premier tableau d’artiste inconnu ; deuxième et troisième tableaux d’Eduardo Rodriguez Calzado sur https:eduardorodriguezcalzado.com .

  • Féminité sacrée

    La vierge clôture l’été, c’est déjà le temps des colchiques ;
    Les feuilles commencent à tomber malgré la chaleur persistante.
    On l’aperçoit se refléter sur les eaux sombres métapsychiques
    Des lacs et étangs surplombés par sa psyché inconsistante.

    La mère est enceinte en automne ; elle gardera neuf mois son fruit
    Et subira une alchimie archangélique en son bassin.
    Sa grossesse paraît monotone mais à l’intérieur se construit
    Une inviolable biochimie qui métamorphose en son sein.

    L’enchanteresse ferme l’hiver et annonce le renouveau
    De primevères en perce-neiges, de boutons d’or en pâquerettes.
    En accord avec l’univers qui met les saisons à niveau,
    Elle exécute son manège, fraîche émoulue et guillerette.

    La sorcière charme le printemps, surtout les nuits de pleine Lune
    Où elle adore danser nue autour d’un feu avec ses sœurs.
    Mais elle donne des cours à plein temps aux quatre filles de Neptune,
    Jeunes sirènes ingénues, qui nécessitent un professeur.

    Tableaux de Tamara Phillips sur https:www.tamaraphillips.ca .

  • Coup de foudre

    Coup de foudre

    Un coup de foudre au crépuscule lors de son dernier rayon vert
    Qu’il adresse, tel un message, à l’astre féminin du soir.
    Celle dont le croissant bascule l’embrasse alors sous le couvert
    De l’ombre qui prend le passage au jour en lui disant « bonsoir ».

    Juste un baiser et disparaît le Soleil amoureux déçu
    De n’avoir pas d’autre occasion sous la discrétion des étoiles
    Qui taisent lorsqu’il réapparaît combien la Lune était fessue
    Lors d’une éclipse d’évasion durant la danse des sept voiles.

    Quand vient la nuit de Lune rousse, des faubourgs de la Voie Lactée
    Le Soleil lance un billet doux cacheté d’étoiles filantes.
    Sept jours après, quand se rebrousse le temps de s’être contacté,
    Les astres fuient, on ne sait d’où, vivre leurs amours ambulantes.

    Tableau de Marta Orlowska sur https:www.behance.netMoonOnRoof .

  • L’amie-nid des oiseaux

    L’amie-nid des oiseaux

    J’ai pondu un chagrin d’amour dans un œuf couvé dans mon nid
    Et les p’tits oiseaux dans ma tête l’ont fécondé dans la douleur.
    Un jour est né mon Désamour ; un poussin qui a le génie
    D’égosiller des cris de bête et des reproches roucouleurs.

    Alors j’ai arraché l’amour, cautérisé la plaie du cœur
    Et nettoyé les cicatrices de mes passions désavouées.
    J’ai regardé avec humour − un humour noir, vif et moqueur −
    La trace purificatrice que les oiseaux m’avaient tatouée.

    Est-ce une maladie d’amour ou une maladie de vivre
    Que de passer son temps à pondre pour le meilleur et pour le pire ?
    Est-ce que s’arrêtera un jour ? Ce n’est pas écrit dans les livres
    Car pas un seul ne sait répondre au vague à l’âme dont je soupire.

    Tableau d’Elisa Anfuso sur https:formsofchaos.tumblr.compost189217611178supersonicart-elisa-anfuso-paintings-surreal .

  • La robe dérobée

    Derrière le rideau d’une grande couturière,
    Petite retoucheuse se livre à sa besogne.
    Ses yeux de péridot et l’âme aventurière
    Incitent la bêcheuse à agir sans vergogne.

    Plutôt que comparaître comme voleuse à la tire
    Et qu’elle ne reparte sans la robe aux saphirs,
    Pour faire disparaître l’objet de ses désirs,
    Un simple tour de cartes ne pourrait y suffire.

    Mais la robe précieuse n’était qu’une vitrine ;
    Un écrin pour les pierres qu’on range tous les soirs
    La fille capricieuse à petite poitrine,
    Authentique fripière, l’a volée dans le noir.

    Tableaux de Shiori Matsumoto sur https:iamachild.wordpress.comcategorymatsumoto-shiori .

  • L’imagination

    Dans ma tête en colimaçon lorsque j’étais petit garçon,
    J’étais comme un poisson dans l’eau dans mes pensées méli-mélo.
    Je retournais tout l’univers que je voyais tout à l’envers
    D’où partait tout un écheveau en direction de mon cerveau.

    Un jour mon crâne se recycla et mon corps vola en éclats ;
    Le bassin se brisa trois fois et je fis ma crise de foi.
    Une voix qui se prétendait Dieu m’a révélé mon crime odieux
    Et mon esprit à contrecœur céda son pouvoir à mon cœur.

    Demain, ma cervelle d’oiseau prendra le chemin des réseaux
    Angéliques ou bien diaboliques si ce n’est pas très catholique.
    Sans doute mon imagination verra avec fascination
    Comment c’est de l’autre côté une fois l’âme désasticotée.

    Tableaux de Mihai Criste sur https:www.irancartoon.comsiteartistsmihai-criste .

  • Lily Magnolia

    Lily Magnolia

    Un soir de terrible tempête, une jardinière effarouchée
    S’accroche désespérément au pédoncule d’un magnolia.
    Le ciel, n’en faisant qu’à sa tête, pour le plaisir d’escarmoucher,
    L’expédie délibérément dans un jardin de camélias.

    « – Prends garde à toi, Lily-Follette, à voyager en fleur violette
    Tu risques de te fracasser ! » dit un jardinier affolé.
    « – Je ne suis pas une femmelette et ta remarque est obsolète.
    Bye-bye, je ne fais que passer ! » répond-elle comme un feu follet.

    Soudain un éclair détonant déchire le ciel et l’espace.
    La fleur décolle déchaînée, Lily agrippée à sa tige.
    Magnifique spectacle étonnant, sépales et jupon qui s’effacent
    Avec un fondu enchaîné de deux roses à la voltige.

    Tableau de Christian Schloe sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201306Christian-Schloe.html?m=1 .déjà utilisé le 20.06.2021 « Sale temps sur la planète ! ».

  • Rose-des-Étoiles

    Rose-des-Étoiles

    Dans un univers de dentelles, aiguilles, fuseau, filet, crochet,
    Dieu a tissé la Voie Lactée en forme de toile arachnéenne.
    Tous les astres qui la constellent s’en sont tellement rapprochés
    Que leurs orbites ont contracté une courbe hyperboréenne.

    Car la Dentelière Divine a crocheté les galaxies
    Cousues dans un mercerisage d’onyx enveloppé d’un voile.
    Après cela, je le devine, plongée en pleine ataraxie
    Dieu la nomma, je l’envisage, au titre de Rose-des-Étoiles.

    Rose-des-Étoiles, quel joli nom que celui que porte mon ange
    Raccommodeur et repriseur dont je descends le long du fil
    Et qui a brodé mon prénom au même rang que les archanges
    Pour que je sois thésauriseur de tout l’amour qu’il me profile !

    (Tableau de Christian Schloe sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201306Christian-Schloe.html?m=1
    L’ataraxie est la tranquillité de l’âme, la quiétude.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.

  • L’arbre de toutes les vies – 2

    L’arbre de vie universel s’est imposé dans la nature.
    Soit végétal, soit animal, c’est toujours le même schéma.
    Et même dans la moindre parcelle on retrouve sa signature
    En plus infinitésimal comme inévitable Karma.

    J’aime marcher dans la forêt et je dirige mes antennes
    Du pied des arbres jusqu’aux faîtes pour canaliser leurs fréquences.
    Je sens des éclairs phosphorés qui me rattachent par centaines
    Et je redeviens le prophète qui se recueille en conséquence.

    Je ne sais comment cela fonctionne mais je sens mon âme impliquée
    Dans le fantastique réseau au-delà du monde atomique.
    Ce que la flore me ponctionne est certainement dupliqué
    Dans les rayons et les fuseaux qui tissent les cordes cosmiques.

    Tableaux de Tamara Phillips sur https:www.tamaraphillips.ca .

  • L’arbre de toutes les vies – 1

    Comment naquit de la matière la vie au cœur de ses atomes
    Et d’un processus minéral muter au stade arboricole ?
    Cette évolution sans frontière laisse-t-elle des traces fantômes
    Comme un processus général de transformation floricole ?

    La nourriture si vitale a provoqué le mouvement
    Et la vie devint animale afin de se développer.
    Par mutations congénitales et des millions d’accouchements,
    L’histoire se choisit optimale pour commencer son épopée.

    Tandis que l’homme se détache de ses racines obstétricales,
    Les femmes restent reliées à la vie en priorité.
    Et j’aime celles qui me rattachent à ce cordon ombilical
    Qui remonte au règne oublié qui s’appelait « Sororité ».

    Tableaux de Tamara Phillips sur https:www.tamaraphillips.ca .

  • Le parfum

    Le parfum

    Du labyrinthe des odeurs jusqu’au dédale des parfums,
    Où vous cachez-vous odorantes petites fragrances de charme ?
    Vous attirez le maraudeur − sans doute alléché aux embruns −
    Qui cherche de ravigotantes essences dépourvues d’alarmes.

    Invisibles et imperceptibles sauf au nez possédant un flair
    Capable de remonter la piste jusqu’à sa profonde racine.
    Sentez-vous cette irrésistible exhalaison qui flotte en l’air,
    Précieux message d’un artiste alchimiste dans son officine ?

    Je suis l’explorateur fidèle − natif du chien, signe chinois −
    Et je recherche les arômes qui me font rêver l’odorat.
    L’amour envoie à tire-d’aile ses phéromones à mon minois ;
    Je flaire leurs pistes jusqu’à Rome vers le forum et l’agora.

    Tableau de Christian Schloe.

  • L’étoile recueillie

    L’étoile recueillie

    Mon cœur d’étoile fut recueilli par la fille du firmament
    Un jour qu’il faillit se noyer dans la mer de sérénité.
    Mon âme s’est enorgueillie quand, présenté à ma maman,
    J’eus l’impression d’être choyé pendant toute une éternité.

    Pour montrer ma reconnaissance, je promis pour autant de vies
    Qu’il y a d’étoiles dans le ciel de vivre dans le cœur des hommes.
    C’est ainsi qu’à chaque naissance, je brille d’un gène qui ravit
    Ce petit homme providentiel dans l’assortiment du génome.

    Peu m’importe si, ici, je brille et si, là, je reste un peu terne ;
    Je représente tout l’ensemble du ciel alternativement.
    Un jour comète qui part en vrille, un jour étoile subalterne,
    L’Univers en moi qui rassemble la vie avec ravissement.

    Tableau d’Alla Tsank sur https:allatsankfineart.comArtist.asp?ArtistID=44641&AKey=B782DLQ2&ajx=1#!pf161943_im7 .

  • La semeuse d’étoiles – 2

    Cueillir les étoiles filantes ne se pratique qu’en pleine Lune.
    La semeuse doit courir très vite ; elle a donc pris une apprentie.
    Une chatte blanche et vigilante qui, au temps jadis, cherchait fortune
    Avec un chat noir anthracite que l’histoire n’a pas démenti.

    La chatte aux yeux couleur de lune est habituée à sa clarté
    Et guette chaque mouvement des fugaces aérolithes.
    Grâce à cette aide, fort opportune, elle sait parfaitement écarter
    Oreilles et yeux jalousement au moindre rayon insolite.

    À l’aide des queues fécondantes des comètes à saturation,
    Le retour des deux émissaires luit d’une intime connivence.
    Cette récolte surabondante promet que la maturation
    Donnera le moût nécessaire à leur élixir de jouvence.

    Illustrations de Noëlle T. sur https:www.noelleillustration.com .

  • La semeuse d’étoiles – 1

    Recueillir toutes les étoiles une nuit de nouvelle Lune,
    Privilégier les plus brillantes accrochées aux faîtes des chênes,
    Se hâter avant que ne se dévoile une première aube inopportune
    Qui repousse l’émoustillante cueillette en lunaison prochaine.

    Prendre le canard omnibus et semer au long du chemin
    Les étoiles dans la rivière qui viennent illuminer ses eaux ;
    Au premier cumulonimbus, prendre son courage à deux mains
    Et quitter vite la civière avant de se tremper les os.

    Il faut attendre une semaine afin que le croissant accueille
    Toutes les étoiles germées comme de minuscules phares
    Qui quittent la petite humaine assise au rebord de sa feuille
    Avant de voir se refermer leurs reflets sous le nénuphar.

    Illustrations de Noëlle T. sur https:www.noelleillustration.com .

  • Tempête rose

    Tempête rose

    L’amour comme une tempête rose dépose un pollen de velours
    Sur le parvis de ma mémoire quand je commence à revenir.
    Il laisse quelques pensées moroses dans le cœur qui devient balourd
    Car il contient dans son semoir toutes les graines du souvenir.

    Sur le chemin de mon retour, je pense à celle que j’ai quittée
    Et me souviens de ses baisers et de la chaleur de ses mains.
    Il me semble qu’aux alentours apparaît en toute équité
    Son tendre visage apaisé lorsque je lui dis « à demain ».

    Tableau de Shiori Matsumoto sur https:iamachild.wordpress.comcategorymatsumoto-shiori .

  • La clef de la maturité

    La clef de la maturité

    Juste derrière les hublots de mes yeux braqués sur le monde,
    L’esprit dirige les manettes de mon fier vaisseau corporel.
    Et pour compléter le tableau, un navigateur le seconde,
    Relié au cœur de la planète par un organe intemporel.

    Mais souvent l’esprit crie trop fort et l’intuition peine à répondre
    Car mon troisième œil est bouché par excès d’incrédulité.
    Seul le cœur peut fournir l’effort pour m’empêcher de me morfondre
    Mais pour cela, il faut l’attoucher d’une preuve de maturité.

    Tableau de Shiori Matsumoto sur https:iamachild.wordpress.comcategorymatsumoto-shiori .

  • L’amour volé

    Brunante
    J’irai te voir à la brunante quand le jour baissera les yeux
    Quand la lumière déclinante hésitera au bord du bleu
    J’irai te voir quand le pelage d’encore chien et bientôt loup
    Assombrira le paysage quand l’horizon deviendra flou.
    Et nous attendrons la noirceur avec moi tu n’auras pas peur.

    Couchante
    Puis quand le soleil fatigué se couchera sur les collines
    Je volerai l’astre rougi pour qu’il me réchauffe le cœur.
    J’irai, sur la Lune intriguée par cette insolite rapine,
    Lire, éclairé par la bougie de cire du soleil moqueur.
    Et nos deux corps effarouchant s’amadoueront en se touchant.

    Imminente
    Avant que l’aube ne décide l’horizon de pointer son nez,
    Je permettrai juste au Soleil d’envoyer un premier rayon
    Pas trop afin qu’il ne dévide toute sa pelote illuminée
    Dont je garderai en sommeil un bout fixé à mon crayon.
    Et nous quitterons nos toisons et tomberons en pâmoison.

    Sonnante
    Ding dong avant que sonne l’heure de l’aurore qui marque son point,
    Je lancerai l’astre à la mer pour faire un dernier ricochet.
    Tandis que changent les couleurs et que le jour revient de loin,
    Nous fuirons son faisceau amer lorsque nous irons nous coucher.
    Et nous n’attendrons pas le jour dérobé pour faire l’amour.

    (Tableaux de Christian Schloe sur https:www.tuttartpitturasculturapoesiamusica.com201306Christian-Schloe.html?m=1 .
    La première strophe « Brunante » est de la main de la merveilleuse et regrettée Anne Sylvestre.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Les fous du Tarot

    Voulant mener à bonne fin ma folle course vagabonde,
    J’en examinai les arcanes, l’un après l’autre avec ma loupe.
    D’abord je restai sur ma faim puis, en recomptant tout le monde,
    J’y aperçus quelques chicanes révélant toute l’entourloupe.

    Par un tour de force astucieux, deux cartes étaient escamotées
    Pour égarer tous les profanes dans un labyrinthe foldingue.
    C’était un lion malicieux qui jadis les avaient ôtées
    Les jugeant, l’une trop diaphane et l’autre beaucoup trop lourdingue.

    Ce fut la Reine des bâtons – la femme du roi du tambour –
    Qui fit jaillir toute la lumière crue de la dix-neuvième lame.
    Je sortais du rêve à tâtons, aveuglé par le petit jour
    Qui répandait dans ma chaumière la joie du soleil sur mon âme.

    (Tableaux de Catrin Welz-Stein
    Le premier vers est de Georges Brassens.)

    Images trouvées sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si les auteurs de ces images reconnaissent leurs travaux, je serai heureux d’en mentionner les noms avec respect.

  • Le nid d’anges

    Le nid d’anges

    Depuis les Pâques, quoi qu’on dise, les œufs me font tourner la tête !
    Les enfants tournent en girouettes tout autour de mon nid d’amour.
    On ne parle que de friandises, les chocolats sont à la fête
    Et dès cinq heures, une pirouette pour les cacher avant le jour.

    À peine revenue sous la couette, j’entends crier dans la maison
    Les enfants qui sortent en trombe pour guetter les premières cloches.
    Je vois courir leur silhouettes, explorer les fleurs de saison,
    Secouer les arbres pour que retombent les œufs colorés dans les poches.

    Tableau de Beth Conklin sur http:bethconklin.blogspot.com201602 .

  • Gaie, gaie, Madame Pinson

    Gaie, gaie, Madame Pinson

    J’aimerais connaître chaque oiseau par son petit nom de baptême
    Donné au sortir de son œuf pour la becquée providentielle.
    Je me cacherais dans les roseaux avec une musique à thème
    Pour, tous ensemble, faire un bœuf d’une habileté démentielle.

    Bergeronnette en clef de Do, Chardonneret en La mineur,
    Martin-pêcheur en triolets, une Hirondelle en pâmoison,
    Quatre Alouette pour un rondeau, Coucous et Moineaux jaspineurs,
    Un Étourneau à dos violet et un Pinson pour diapason.

    Et la Fauvette des dimanche, connue pour nous donner le La,
    Chanterait avec la Mésange, le Merle bleu et le Corbeau.
    Et moi qui chante comme un manche, j’entonnerais a capella
    Avec la Grive des vendanges et la Tourterelle à jabot.

    Tableau de Lizzie Riches.

  • La folle du Tarot

    Elle bascula dans le vide, retenue par un parachute
    De grands froufrous et de volants sous ses jupons affriolants.
    Je lui liai, le cœur avide de la préserver de la chute,
    Une corde avec nœud coulant à son pied nu sanguinolent.

    Mais entraînés par la vitesse, nous plongeâmes au fond du bassin
    Et la robe en forme de coquille lui fit un trône d’or pailleté.
    Alors humblement son Altesse, la Reine des coupes offrit le sein
    À un bébé de pacotille, un hippocampe emmailloté.

    Je repartais à pas de loup lorsque la Reine un peu loufoque
    M’ouvrit passionnément, sans trêve, son lit en forme de crocodile.
    Elle me dit « Ne sois pas jaloux des hippos et des bébés phoques !
    Puisque tout ceci n’est qu’un rêve, viens donc me chanter tes idylles ! »

    Tableaux de Catrin Welz-Stein.

  • Le fou du Tarot

    Tonitruant à tous les vents, descendit le roi du bâton
    De l’escalier colimaçon tambourinant devant mon huis :
    « Debout les morts et les vivants ! En avant pour le marathon ! »
    Et, enfourchant son canasson, partit se fondre dans la nuit.

    Je restai là, sur le parvis de l’esplanade circulaire
    En regardant courir les gens qui sortaient du numéro dix.
    Plutôt soucieux pour ma survie de fuir la nuit caniculaire,
    Je montai dans l’encourageant froid qui émanait de l’interstice.

    J’avais encore les oreilles sifflantes d’embrouillamini
    Quand j’arrivai sur la terrasse où trônait une jolie pépée.
    Coiffée d’une charlotte pareille à l’arbre creux offrant son nid
    Je commentai ce qui se passe au 10, rue Abbé-de-l’épée.

    Tableaux de Catrin Welz-Stein.

  • La Reine d’Halloween

    La Reine d’Halloween

    Contrairement à sa cousine – la Reine de Pâques susnommée –
    La Reine d’Halloween ponctuelle arrive toujours fin octobre.
    Carrosse tout neuf, sorti d’usine qui a bâti sa renommée
    Par son mouvement perpétuel exempt de défaut et d’opprobre.

    Jadis, elle venait en citrouille traficotée par sa marraine
    En une voiture dernier cri qui n’a plus cours dorénavant.
    Mais foin de ces carabistouilles ! Désormais Madame la Reine
    Roule en cabriolet Ferrari au cheval cabré vers l’avant.

    Tableau de Michael Cheval.

  • La Reine des Pâques

    La Reine des Pâques

    La Reine nous arrive en retard, n’en déplaise aux chocolatiers !
    Tout dépend de son attelage qui tire, hâle et s’évertue ;
    Trop tôt quand c’est l’père fouettard qui n’fait pas les choses à moitié,
    Trop tard quand le staff de voyage est assuré par une tortue.

    Or, cette tortue attelée n’est autre qu’une célébrité ;
    Elle a déjà coursé Achille et le Lièvre de La Fontaine.
    Je me dois de vous rappeler qu’elle gagne en célérité
    Nonobstant une santé fragile d’avoir passé la soixantaine.

    Tableau de Michael Cheval.

  • Inaccessible, insondable, incompréhensible

    Cette fille, fort inaccessible, tout en haut de sa tour d’ivoire
    Avait débranché la sonnette et décroché le téléphone.
    Pour la voir, ce n’était possible qu’à condition de l’émouvoir
    Par une petite chansonnette déclamée par un mégaphone.

    Après trois-cent-soixante aubades – une année entière à chanter –
    J’obtins la clef de l’entresol, c’était pour moi une ouverture.
    Je me perdis dans l’escalade de l’escalier sans doute hanté
    Car il descendait au sous-sol par sa complexe architecture.

    Le sommet de sa tour d’ivoire se situant donc à la cave,
    Je rencontrai la demoiselle qui parlait de tout et de rien.
    Au risque de la décevoir, je lui ai récité l’octave
    « Do, mi, sol, do » en ritournelle selon un vieux chant grégorien.

    Photos d’Antonio Mora sur https:blog.grainedephotographe.comles-portraits-photographiques-surrealistes-dantonio-mora .

  • Robes à armures

    Une forteresse de mystères à l’entrée jalousement gardée
    Par une escouade de jupons et de dentelles en oubliettes.
    Ne dites rien ! Il faut se taire car il n’y a rien à regarder
    Et lorsqu’elle passe sur un pont, il vous faut fermer les mirettes.

    La voie des airs reste hasardeuse et les fruits sont bien défendus
    Par un instable mâchicoulis qui borde les rotondités.
    Une curiosité baladeuse provoquera la main tendue
    Qui claque sur le malpoli, prix de son intrépidité.

    Vous eûtes pu ouvrir la poterne dissimulée dans son armure
    À l’aide de la clef du cœur mais ça, il eut fallu l’ savoir.
    Pour éclairer votre lanterne, inadaptée à sa serrure,
    Vous n’obtiendriez à contrecœur qu’une fin de non-recevoir.

    Tableaux d’Alan Macdonald.

  • Voir le silence

    Voir le silence

    Les échos extraordinaires issus des heures routinières
    Dont le silence est reproduit dans les couleurs du crépuscule,
    Entre deux jours bien ordinaires, ouvrent leur assemblée plénière
    Dans l’atmosphère d’aujourd’hui noyée vers la nuit qui l’accule.

    Alors les secondes perdues, les heures et minutes égarées
    Pendant lesquelles rien n’a changé fusionnent dans la confluence
    Portée dans le vent éperdu et les nuages bigarrés
    Pour qu’un soleil rouge-orangé puisse en percevoir la nuance.

    Tableau de Liquidsteel.

  • L’oreille de l’Univers

    L’oreille de l’Univers

    Tous les secrets de l’univers resteront à jamais cachés
    Dans les trous noirs astronomiques et la mécanique quantique.
    Comment un Dieu aussi pervers créerait-il une œuvre entachée
    D’énigmes autant macrocosmiques que minuscules à l’identique ?

    Sans doute que les électrons n’obéissent plus à ses lois ;
    Sans doute que les molécules ont échappé à sa chimie ;
    Sûrement que protons et neutrons interagissent de bon aloi
    Et que la moindre particule disparaît en catimini.

    Pourtant ces secrets se racontent de bouche à oreille d’étoile
    D’où, avant de naître sur Terre, nous serions liés en cohérence.
    Pour ainsi dire, en fin de compte, il est temps de lever le voile
    Et qu’enfin la clef du mystère nous déverrouille l’ignorance.

    Tableau de Wojtek Siudmak.

  • Si une femme à sa fenêtre…

    Si une femme à sa fenêtre laissait s’évanouir son cœur
    Pour un regard vers un bateau et l’être aimé sur sa mâture,
    Je serais curieux de connaître ce marin soi-disant vainqueur
    Qui laisse sa femme au château tandis qu’il parcourt l’aventure.

    Si une femme à sa fenêtre laissait s’évaporer son âme
    Pour une pensée vers l’au-delà où a disparu son marin,
    Je guetterais l’espoir renaître le soir en ranimant la flamme
    Au souvenir du Walhalla loin des pays outremarins.

    Si une femme à sa fenêtre laissait dégringoler son corps
    Pour rattraper le temps perdu à mourir d’amour lentement,
    Je craindrais que le blues pénètre tout son être et, pire encor,
    Qu’elle le rejoigne éperdue d’un mutuel consentement.

    Tableau et variations autour de Salvador Dali.

  • Les reines au cœur d’artichaut

    Tout le monde se tient à carreau lorsque le temps est à l’orage
    Et se réfugie sous la Reine rallié à son pavillon.
    Moutons, brebis, boucs et taureaux font plus que force ni que rage,
    Patients dans l’étable sereine recouverte de tavillons.

    Quand le temps prend un ton épique en lançant ses premiers éclairs
    Et qu’il tombe des hallebardes à faire grincer les quenottes,
    On se serre contre vaches et biques en laissant au ciel sa colère
    Et l’on peste contre le barde qui a poussé ses fausses notes.

    Point de trèfle ni de marguerites sous la houlette de la Reine.
    Bientôt les animaux crient famine, ils s’ankylosent, c’est éreintant !
    Malgré sa place favorite sous les cotillons, on se traîne !
    On sort chercher des vitamines dans l’abondance du printemps.

    Les animaux n’ont pas de cœur, ventre affamé n’a pas d’oreilles
    Et la Reine de les voir s’enfuir pense qu’ils se sont payé sa fiole…
    Tant pis ! Ils s’en vont voir ailleurs déguster leur salsepareille
    Et les cigales se produire sous les lampions des lucioles.

    Illustrations de Dominic Murphy sur https:www.dominicmurphyart.co.ukdown-the-rabbit-hole .

  • Voici ce que j’ai écrit cette nuit

    Voici ce que j’ai écrit cette nuit

    Parfois une pensée dans la nuit surgit comme idée de génie
    Et je la note, émerveillé par ce Saint-Graal réincarné.
    Hélas le matin – quel ennui ! – de lire un embrouillamini,
    Une fois que je suis réveillé, sur les pages de mon carnet.

    Ainsi le monde immatériel frôlé dans mes rêves adducteurs
    Obéit à d’autres langages et d’autres formes de pensées.
    Et comme je n’ai ni tutoriel ni dictionnaire traducteur,
    Je n’obtiens que ce « divagage » dont le songe m’a récompensé.

    (Tableau d’Uramisan.
    Si « divagage » n’est pas français dans notre monde, il l’est dans l’autre monde, évidemment.)

    Image trouvée sur Pinterest sans indication de provenance et de source inconnue. Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux d’en mentionner le nom avec respect.