Depuis que je l’ai ramenée secrètement à la maison, J’ai cédé la salle-de-bains en guise de chambre à coucher. Mon lit étant trop suranné, j’ai dû me faire une raison Et le soir je suis son larbin après être allé me doucher.
Car je dois lui lire une histoire de marins et leur capitaine Pour qu’elle s’endorme comme un enfant bien avant d’arriver au bout. Or il est devenu notoire pour ma sirène puritaine Qu’elle dort mieux en étoffant mes histoires à dormir debout.
Pour cela je dois la rejoindre entièrement nu dans la baignoire Tout en inventant une suite piquée de suspense et d’humour. Ensuite je dois lui adjoindre une descente dans les eaux noires Où nous partons à la poursuite de rêves où nous faisons l’amour.
Plus on est de sirènes tendres et plus on rit sur le rivage Et plus il y a de matelots et plus on se remplit le ventre. Il suffit simplement d’attendre, le vendredi, les arrivages À la criée méli-mélo dans les halles et les hypercentres.
Elles se glissent déguisées en thon à l’intérieur des chambres froides Et guettent les beaux poissonniers qui se radinent dare-dare. Car dès qu’ils pointent leurs mentons, il lui arrive une escouade D’amatrices de fruits garçonniers qu’on se déguste façon tartare.
Bien sûr, la Terre est ronde mais ce qu’on ne sait pas C’est « qui vit au milieu sous le manteau terrestre ? » Est-ce l’enfer qui gronde pour le moindre faux pas ? Ou, au contraire, un lieu de mise sous séquestre ?
Vous êtes loin du compte ! C’est le domaine de dieux ; Cet ancien Élysée connu comme Mont Olympien. C’est là que l’on raconte les épisodes odieux Et les billevesées sur le mythe Œdipien.
On croit son cœur de braise, de feu comme une étoile Cependant qu’à l’inverse, c’est le nec plus ultra : Un endroit où l’on baise, où chacun se dévoile Et vit à la renverse un vrai Kamasutra.
Là, le temps se dénude et suspend tous ses droits ; Les corps deviennent signes et les âmes, paysages. On échange les masques, on renverse les proies Et la vérité nue dévoile son visage.
Ces instants volés de détente aux folles heures d’activités Sont l’oasis dans le désert des répétitions quotidiennes. Ainsi je quitte toute attente, les rendez-vous à éviter Et les tenues cache-misère des grand-messes tragi-comédiennes.
Parfois l’attraction est trop forte et les habitudes nous happent Comme des chaînes de devoirs et de responsabilités. Ces heures grises ou l’on supporte d’être enfermé sous une chape De travail à n’en plus pouvoir doublées de culpabilité.
Les gens riches n’ont pas le temps, ils ont l’argent, c’est différent, Mais soumis à des inquiétudes sujettes à la moindre impatience. Les pauvres sont riches au printemps-été-automne-hiver durant, De leurs périodes de quiétude, futilité et insouciance.
Alors je rêve et m’abandonne, à la présence du silence, Le temps dépose sa main nue empreinte de sérénité. Je prends tout ce que l’air me donne en relâchant ma vigilance Et je respire l’instant venu m’apporter sa pérennité.
« Le petit oiseau va sortir, il est temps d’entrouvrir la cage Et laisser l’imagination s’envoler libre à tire-d’aile ! » C’était juste pour divertir le photographe un peu volage Et qui n’a de fascination que pour mon corps comme modèle.
« Ma chatte ronronne et minaude et guette ce petit oiseau Qu’elle épie depuis un moment et qui n’a pas l’air de comprendre… Tandis que l’autre baguenaude à partager sur les réseaux Ses commentaires assommants et ne fait rien pour m’entreprendre… »
Soudain d’un coup de griffe hardi, la patte lui ouvre la porte Et comme un coucou sonnant l’heure, l’oiseau sort et la chatte mord. Elle savoure, ragaillardie, sa proie dont la chair lui apporte Un jus nacré qui par bonheur n’entraîne que la petite mort.
Partant de l’œil au nombre d’or, puis de l’arcade sourcilière, Descendant la courbe du nez, puis remontant la joue fléchie, Contournant l’âme qui s’endort sous ces volutes singulières, Je n’ai cessé d’importuner la femme de Fibonacci.
Mais c’est de la faute à sa suite qui revient dans toutes les femmes Dont les courbures et les rondeurs découlent toutes du nombre d’or. Avant lui, d’une main fortuite, il n’y avait vraiment rien d’infâme À apprécier la profondeur de leurs intimes corridors.
Après lui, il faut calculer et évaluer sans toucher ; Il faut tendre vers l’infini la carte du tendre algébrique. Aujourd’hui tout a basculé et pour prétendre aller coucher Je dois compter en catimini leurs anthropométries lubriques.
Tous les jours défilent les zéros parmi les uns de mon réseau Avec bon nombre de héros, lutins, animaux et oiseaux Car ils m’aident à décompresser quand j’arrive en fin de journée Lorsque le temps s’est empressé d’en accélérer sa tournée.
Plus je vieillis moins ils vieillissent et plus ils ont des aventures ; Les infimes détails s’agrandissent au fil des livres et des lectures. Les guerres qui n’ont duré qu’un temps s’étendent éternellement Et je m’endors en feuilletant les pages continuellement.
Ils me tiennent lieu de veilleuse lorsque je tombe sur un bon titre Et je referme l’album trop tard en laissant tomber le héros. Si la nuit se fait paresseuse, je reprends au prochain chapitre Et si le jour est en retard… la suite au prochain numéro.
Je m’imagine ficelé dans la prison de mon présent Entre un passé décoratif et un futur inaccessible. Tous les jours qui ont défilé, tirent ce lien omniprésent Qui me laisse interrogatif sur tous les dénouements possibles.
Si le passé me tire trop vers mes nombreux trous de mémoire, Je reste prisonnier à jamais des souvenirs irréparables. Je serais complètement rétro dans la poussière des armoires Qu’on jette à la mer désormais par containers indénombrables.
Si le futur d’emblée m’attire, l’âge ira en s’accélérant Excepté toutefois les Parque qui me guettent d’un coup de ciseaux. Si d’aventure je me retire de ce schéma intolérant, Je naviguerai sur la barque de Charon sur le Styx schizo.
Alors je tranche enfin ce fil, non par courage, mais par présence ; Ni hier, ni demain ne m’attachent, leurs nœuds se desserrent en silence. Je m’assieds là, sur le seuil pile où l’instant défait l’impatience Et dans ce vide que je lâche, je marche droit… sans vigilance.
N’en déplaise aux frères Grimm de même qu’à Charles Perrault, Le petit chaperon était rose et le loup un amant lubrique. Ce n’était pas vraiment un crime mais au moment de l’apéro, Elle calmait ses humeurs moroses avec lui derrière la fabrique.
L’usine fabriquait des galettes au beurre salé de Guérande, Le loup travaillait à la chaîne et la fille aux expéditions. À la pause, derrière les palettes, elle lui proposait son offrande Et lui pratiquait, non sans gêne, des orgasmes à répétition.
Un jour leur usine a fermé pour être délocalisée Et le loup partit pour la Chine, l’autre pays des poulpiquets, En tant qu’ouvrier confirmé, il a pu se focaliser En lubrifiant les machines tandis que la fille l’astiquait.
Papa Ours aime les rouquines notamment les poils-de-carottes Parmi les elfes des forêts et les « je t’aime à tous les vents ». Si l’une d’elles est assez coquine pour lui offrir quelques poirottes, Elle se laissera déflorer par son gros chevalier servant.
Car une fois apprivoisé Papa Ours au cœur d’artichaut, Elle lui en fera voir, la bougresse, par un innocent esclavage ; Après avoir bien grivoisé et excité le mâle au sang chaud, Ce sera corvée de tendresse, cunnilingus, libertinage.
Mais Papa Ours, plus on l’excite et plus il se montre facile Et un beau jour, il en vint une que le plantigrade regretta. La suite est simple et explicite ; la fille se montra difficile Et lui réclama tant de thunes qu’elle fut « persona non grata ».
Le chat affectionne ces verbes : entir, sortrer, rentir, ressortrer. Ils font partie de son langage plutôt gestuel que verbal. Et qui leur donne cet air acerbe quand ils vous observent prostrés Avec un « miaou » qui dégage une compassion à deux balles.
À la façon dont il regarde, apitoyé à la fenêtre, Avec le regard implorant du pauvre petit prisonnier, Je sais que ce matou me garde des représailles qui vont naître Pour me pourrir la nuit durant en brayant comme un poissonnier.
Entir : sentir sans y toucher ; sortrer : sortir mais de travers ; Rentir : revenir tout vexé ; ressortrer : pour quérir son câlin. Avec quatre verbes moucher cet inventaire à la Prévert Et mon chat tout décomplexé faire donc un peu moins le malin.
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Folie dans le ciel aujourd’hui malgré les messages rassurants De la météorologie qui se veut toujours agréable. Comment cela s’est-il produit ? L’état s’en sort en assurant Que cette céleste pathologie est due par le contribuable.
Même les chemtrails des complotistes qui nous quadrillent l’atmosphère Fabriquent de drôles de nuages qui s’étirent et puis qui s’éclipsent. À moins que l’ange trompettiste ne soit en train de satisfaire Une sorte d’écobuage pour annoncer l’apocalypse … ?
Ou bien… le ciel change de look et veut s’habiller à la mode Avec ses tenues excentriques en robes de pluies inondables. On raconte aussi chez les ploucs que ce dont le ciel s’incommode, C’est de l’effet héliocentrique du Soleil qui a pété un câble.
Ou bien c’est le ciel qui délire, lassé des discours triomphants Quand trop d’algorithmes l’auscultent et veulent borner son empire. Il vrille des lignes qu’on admire pour perdre exprès ses observants ; Il se replie, se cabre, occulte, et pleure tout autant qu’il transpire.
Il y a fatigue et fatigue. Celle ressentie après l’effort À qui il suffit d’une nuit, d’un bain, d’un thé ou d’un massage. Celle qui muscle et qui prodigue satisfaction et réconfort, Qui entretient et qui ne nuit en rien sauf s’il faut un sevrage.
Il y a la fatigue dans la routine, comme métro, boulot, dodo Que l’on répète quarante ans ou plus jusqu’à absolution. Celle-ci m’use et me ratatine car les oasis de libido Et de vacances, bien tentants, n’apportent pas de solution.
Enfin la fatigue de la vie qui nous a plongé dans son bain Et qu’elle fait chauffer peu à peu en disant que c’est ce qu’il faut. Alors on craint pour sa survie mais c’est trop tard car le turbin Qui fait hurler « SAUVE QUI PEUT ! » a rabattu son coup de faux.
Désormais partout en Provence, de Méditerranée jusqu’aux Alpes, Les plants de lavande s’étirent happés par un soleil ténu Avec un blues de connivence et de stress que l’horizon palpe Lorsque les heures se retirent et que la clarté s’atténue.
Les paysages éternels si chers à Van Gogh et Cézanne Ont pris la teinte de leurs toiles qui étaient donc prémonitoires. Le bleu lavande sempiternel rejoint les bandes partisanes Qui se regroupent sous les étoiles dans les contes endormitoires.
Alors ils s’en vont vers l’orient empruntant les routes de la soie Sur les traces de Marco Polo pensant retrouver leurs racines. Et vous les verrez coloriant le crépuscule qui reçoit Leur désidératas écolos dans des couleurs qui nous fascinent.
Se repose-t-elle sur ses lauriers une fois élue et approuvée ? Il est vrai qu’il est confortable de siéger sur le cuir de vache ! Mais au cas où vous l’ignoriez, sa tâche sera bien éprouvée Car elle devra se mettre à table ; heureusement, elle est multitâche !
Elle sait répondre à vos demandes en vous décrétant plusieurs lois Qui ne vous soulageront guère – elle fait toujours tout le contraire – Car ce n’est pas elle qui commande mais l’économie qui fait foi Et, comme on l’a connu naguère, à votre avis… qui va-t-on traire ?
Derrière la vache tranquille, il y a l’Europe, l’ingénue, À peine âgée de trente années, elle est encore bien coquette Avec cet esprit infantile, impertinent et malvenu, Avec l’envie de se pavaner comme une star sur la croisette.
Tableau de Maria Kholmogorova sur https:illustrators.rupostspohischenie-evropy .
Apparemment le feu des dieux que Prométhée nous a transmis, Nous a bien aidé à mûrir mais pas à nous parachever. Les dieux s’étant montré odieux, quant à leurs secrets compromis, Ont par la suite eu un fou rire de voir leur science inachevée.
Avouons-le ; les inventions censées nous aider à mieux vivre Ont transformé la société par un progrès bien insidieux. Toutes les bonnes intentions nous ont pavé la route à suivre Qui mène l’homme à satiété dans en enfer du feu des dieux.
Avoir voulu rivaliser avec les dieux nous a floués ; Nous sommes devenus ambitieux et nous sommes perdus en chemin. On a tout idéalisé sans penser qu’à force de jouer Avec un feu si malicieux on en oublierait d’être humain.
Un jour, peut-être, les idées claires, au bord des ruines de nos tours, Nous rendrons au feu son vrai rôle sans lui donner les pleins pouvoirs Car la flamme réchauffe et éclaire mais sans rien donner en retour Et quand le feu a la parole, il brûle tout sans s’émouvoir.
Vénus serait-elle exaltée lorsqu’elle se retrouve en Poissons ? L’astrologie nous le confirme, la mythologie ne dit mot. Les Cancer doivent exulter que l’amour trouble leurs boissons Comme un breuvage qui leur affirme des sentiments fortissimo.
Quant à Mars, se retrouver dans l’eau risque de rouiller son armure Ce qui expliquerait alors sa mystérieuse couleur rouge. Mercure… déjà qu’il est pâlot, il ne serait plus que murmure ; Dilué dans l’eau incolore, il virerait dans l’infrarouge.
Avec la Lune tout serait flou et les amours assez confuses Mais bon… si l’amour est aveugle, ça ne devrait pas l’inhiber. Quant à Neptune, ça le renfloue, lui dont les actions sont diffuses Avec ceux qui mènent le peuple avec pots-de-vin prohibés.
Et si le Soleil, tout là-haut, glissait un pied dans la marée, Il dorerait les illusions des cœurs qui voguent à tâtons. Jupiter soufflerait en duo un air propice pour se marrer Avec Vénus, en effusion, qui décocherait ses tétons
Comme celle qui parle aux oiseaux, il y a celle qui parle aux poissons Et se régale des potins qui se racontent au fil de l’eau. Car les poissons ont leurs réseaux auprès des débits de boissons Où se soulagent les popotins après les heures de boulot.
Si la carpe reste muette, on sait la dorade royale ; Le Saint-Pierre fait ses homélies tandis que les tsars dînent à l’huile. La sole meunière est fluette, les poissonnières déloyales, Certains sont des anomalies et d’autres des poissons d’avril.
Quand la nuit luit sous la margelle, on voit surgir des silhouettes Qui brassent l’eau comme une scène où se rejoue tout l’opéra. Le thon philosophe interpelle la perche aux rêveries discrètes Tandis qu’une grosse baleine danse devant les caméras.
Soupeser le pour et le contre, lorsqu’ils pèsent le même poids Revient à comparer ensemble un kilo de plume et de plomb. Même si cela va à l’encontre de la logique en contrepoids Avec une physique qui ressemble à une diablerie en doublon.
Pour faire court : le négatif pèse autant que le positif Et c’est tant mieux car l’équilibre demeure donc ainsi préservé. Imaginez l’applicatif d’un diabolique dispositif Qui ne me laisserait pas libre de choisir ce qui m’est réservé.
Car si j’avance sur la ligne où mes deux seaux se contredisent, Je sais bien que l’un comme l’autre peut m’attirer hors du chemin. Mais tant que mes choix s’enracinent au fond des valeurs qui m’aiguisent, Mon équilibre alors se vautre dans l’inconscience des lendemains.
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Soulevons le voile obscurci par nos pensées les plus nocturnes Pour apercevoir la lumière du fond du tunnel orbitaire… Ou bien trouvons un raccourci en suivant l’anneau de Saturne, La Lune en sa phase première, l’Étoile Polaire ou Jupiter.
Si jamais le rideau retombe ou que les couleurs se ternissent, D’un même geste je lèverai les difficultés du chemin. N’ayant pas un pied dans la tombe, si jamais cela s’éternise, Je prendrai et j’enlèverai cette maudite tenture des deux mains !
Et si l’horizon m’encourage au gré des nues qui s’amoncellent, Je tracerai dans la nuit brève la route ouverte de mes désirs. Nul fracas ne me décourage ; même lorsque les vents s’emmêlent, J’avance en sculptant dans mes rêves ce qui m’apprivoise l’avenir.
Car lorsque mon espoir chancelle et que l’ombre étouffe la lumière, Il suffit d’un geste imprécis pour que la toile se déchire. Alors surgit, une étincelle, de vérité douce et première Et cet éclat dans le récit suffira à m’en affranchir.
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Tous les matins le jour se lève mais ça, tout le monde le sait ; Mais ce que tout l’monde ne sait pas, c’est qu’il m’élève dans ma chaumière. Je suis fière d’être bonne élève et assidue à chaque essai Que le soleil transforme ou pas en lévitation de lumière.
Il m’attire par la fenêtre et je m’envole vers les nues, Tirée par les rayons solides sur lesquels je peux m’accrocher. Je sois être la seule à connaître cette invitation saugrenue Mais quel bonheur, tel un bolide, de franchir montagnes et rochers !
Dans ma cuisine aux dalles sages, la lumière joue son manège ; Elle découpe des silhouettes qui chavirent sur les carreaux. Et je deviens, dans cet ouvrage, un fil mouvant que rien n’assiège ; Comme un trait de craie qui souhaite devenir le mat du tarot !
Dans nos résidences modernes, tous les appartements s’emboîtent ; Mais pas les humains indociles qui se rassemblent rarement Mis à part les vieilles badernes et leurs réunions adéquates Et leurs escarmouches imbéciles qui provoquent maints égarements.
Dans les appartements high-techs, récupérés dans les usines Désaffectées mais pittoresques, la vie est pleine d’escaliers Comme des pyramides aztèques qui donneraient à leurs cuisines L’art culinaire picaresque des habitants fous à lier.
Illustrations de Cinta Vidal Agulló sur http:mondesetmerveilles.centerblog.net372-peintures-de-cinta-vidal-agull0 .
Louves-garoues et femmes-louves sont, par le féminin sacré, Unies lorsqu’elles sont enceintes et qu’elles ont besoin de caresses. Entre femelles on se retrouve dans un refuge consacré À partager l’étreinte sainte pendant un instant de paresse.
Moi, l’homme-loup, je les observe et je respire leur tendresse Je suis le père d’un louveteau dans la matrice de sa mère. Pour que la rencontre conserve béatitude et allégresse, Je me tiens devant le linteau comme protecteur de chimères.
Et moi, Déesse-Louve, altière, je veille au seuil de leur mystère ; Je sens la nuit battre en leur ventre comme un battement avant la lettre. Si la passion se fait lumière et fait danser l’ombre et la terre, Je garde grand-ouvert mon antre où leurs deux souffles peuvent naître.
Dès cet automne, la transhumance va s’appliquer à nos visages Dont une moitié seulement s’en ira vers les pâturages. L’autre moitié avec clémence restera car elle envisage Malgré le bouleversement, de faire plus que force ni que rage.
Confronté aux difficultés dressées dans notre paysage, Nos visages sans cesse attaqués ont pris une résolution Puisque nous sommes agressés par toutes sortes d’arrosages ; Des pluies acides détraquées aux particules en dilution.
Il est désormais inutile de s’énerver contre le progrès. Au contraire, il faut faire preuve de patience et ténacité. Aussi, comme il paraît aussi futile que tout aille bon gré mal gré, Le mieux contre toutes ces épreuves est de montrer sa pugnacité.
L’hiver les visages migrateurs partiront vers l’autre hémisphère ; L’autre moitié travaillera pour payer les frais du voyage. Dès le solstice, à l’équateur, on s’échangera les atmosphères Ainsi l’été accueillera ces blancs-becs pour l’autobronzage.
Arlequin est à la musique un compositeur qui combine Joie et tristesse, rire et colère et toutes sortes d’oxymores. Son habit fait de mosaïques patchworkées par sa Colombine Lui donne une allure de trouvère bon vivant et trompe-la-mort.
En ce moment, il a le blues ; ça lui arrive à chaque Lune Lorsque celle-ci est gibbeuse durant trois nuits interminables. Colombine en est très jalouse car dans ces périodes opportunes Il court après toutes les gueuses qui dansent nues, impressionnables.
Et quand revient l’aube pâlotte qui gratte aux vitres de sa chambre, Arlequin range sa bravade et replie ses humeurs fantasques. Colombine ôte sa culotte, s’étire alors de tous ses membres Et son cœur qui bat la chamade réclame de tomber le masque.
Mes rêves seraient musicaux mais j’en oublie la mélodie Sans doute à cause des oiseaux qui sifflent leurs petits airs charmants. Pourtant les troubles vésicaux ne laissent aucune rhapsodie Lorsqu’ils réveillent le roseau pensant que je suis en dormant.
Je me souviens bien des images et des dialogues échangés Mais ni le moindre triolet, ni chansonnette n’en émane. J’aimerais pourtant rendre hommage non pas aux chanteurs étrangers Mais à ceux qui ont affriolé toute ma jeunesse mélomane.
J’aimerais rêver de Brassens, de Ferré, de Ferrat, de Brel Et les chansons de flibustiers et tous leurs couplets fastidieux ! Refaire les accords qui parvinssent à complaire à Francis Cabrel Et Maxime Leforestier qui taquinaient comme des dieux !
Je rêve surtout d’échapper à la moderne dictature Des chansons nord-américaines qui déferlent partout dans les rues. J’en ai l’oreille handicapée à ouïr ces caricatures De blues d’origine africaine dont l’harmonie a disparu.
Tableaux de Mary Delave sur http:marydelave.blogspot.com .
Depuis qu’elle y avait goûté, elle retournait patiemment Là où elle m’avait rencontré tout en espérant me revoir. Or si je m’étais écouté, je l’aurais hélée galamment Et invitée pour lui montrer tout ce qu’elle souhaitait entrevoir.
Mais les papillons dans son ventre bourdonnaient trop discrètement Et s’envolaient évidemment dans la mauvaise direction. Parfois le cœur se déconcentre… son œil ouvert distraitement Devrait porter avidement plusieurs lentilles de correction…
Sans doute l’amour soufflera un jour lui soulevant la robe Et l’œil du cœur m’apercevra, entouré de ses papillons. Sans doute l’envie s’insufflera avant que je ne me dérobe Et la vestale me percevra comme un divin amphitryon.
Quand je serai dans mon royaume, coupé de tout réseau social, Comment vous recontacterai-je depuis mon paradis perdu ? Comme il n’existe aucun idiome, ni protocole interfacial, Comment alors m’adapterai-je à cette frontière distordue ?
Par le miroir évidemment, le maître de mes Reflets-Vers ! Je renverrai par son image comment j’existe désormais. Vous y verrez avidement tous les secrets de l’univers Que je mettrai dans mes messages télémiroités à jamais…
Si vous voyez en noir et blanc, c’est que je n’ai plus de douleur ; Ni cœur morose, ni bleus de l’âme, ni la moindre taciturnité, Je vis l’amour sans faux-semblants avec mes muses en couleur Qui m’ont toutes avoué leur flamme qui brûle pour l’éternité.
Était-ce Loreleï ou bien Laureline ? J’avoue, je les confonds souvent Mais je me souviens d’elle prostrée d’avoir failli à sa mission. Plongée dans l’eau qui dégouline elle priait – c’est émouvant – Un dieu quelconque idolâtré et en totale soumission.
Passant par-là, moi Lucifer, j’ai eu pitié de la fautive – Ne le répétez à personne, cela nuirait à mon image – Je déposai l’ardente sphère entre ses mains conservatives Et, avant qu’elle ne me soupçonne, j’ai disparu tel un mirage.
Alors la vestale s’est levée pensant la flamme retrouvée, L’offrit au temple de Vesta pour la pérennité de Rome. Tandis que le feu s’élevait, son petit cœur fort éprouvé Cette fois-là manifesta un méphistophélique syndrome.
Il est des rêves qui n’apparaissent que le soir entre chien et loup Quand tout se brouille et se confond, l’imaginaire prêt à jaillir. Je sens cette étrange paresse m’envahir d’un halo jaloux De la réalité qui fond peu à peu jusqu’à défaillir.
Puis la nuit tombe son rideau et pourtant le rêve persiste ; Je devrais dormir et pourtant je me réveille et il est là : Ce royaume dit « l’Eldorado » que l’on prétendrait utopiste M’ouvrir son portail envoûtant sur le miroir du Walhalla.
À l’aube, il reste ouvert une seconde et une seule seulement Avant de fondre dans l’écume et retourner dans le néant. Un jour, je quitterai ce monde, je quitterai mon élément Et plongerai droit dans la brume dans cet interstice béant.
Elle court, elle court, elle court, l’Europe toujours jolie mais toujours nue ! C’est à se demander pourquoi, passé le siècle des lumières, Passé les géniaux philanthropes que notre histoire a retenus, Passé ceux qui avaient ce « je-ne-sais-quoi » et qui l’ont sortie de l’ornière !
Est-ce qu’elle court après l’argent ? Le temps a passé sous les ponts ! Est-ce qu’elle court après l’amour ? Covid et Sida l’ont tué ! Est-ce qu’elle veut courir en chargeant ? Hélas il n’y a plus de Napoléon Et puis, la guerre, ce n’est pas glamour et n’est qu’un mal substitué.
Si je rencontre l’Europe nue courant à côté d’un bison Et que je le raconte en vers dans un pamphlet Freud-Nietzschéen, Qui donc croira au contenu de mon poème écrit… disons Le jour où ma tête à l’envers a cru au rêve européen ?
Tableau sur https:illustrators.rupostspohischenie-evropy .
Une fois que nous aurons franchi le point critique du numérique, Le retour sera impossible, happés par un progrès charmeur. Le courrier sera affranchi par une empreinte biométrique ; Tout sera rendu accessible au bon vouloir des programmeurs.
Adieu les pièces de cinq centimes égrenées chez la boulangère ; Adieu les timbres de collection qui nous ont fait tant voyager ; Adieu les sourires intimes qu’on échangeait l’humeur légère Contre un petit peu d’affection, un petit plaisir passager.
Le travail au noir clandestin devra aussi évoluer Avec un troc équivalent à quelque obscur cyber-trésor. On se rappellera le destin du Roi Midas éberlué De voir l’effet ambivalent de pouvoir tout changer en or.
Mais quand l’IA super-débile, ce clown secret du numérique, Viendra nous imposer son rythme à faire chuter les valeurs, Elle laissera dans nos sébiles un dernier clin d’œil poétique, Brisant l’miroir aux algorithmes pour sept fois sept ans de malheur.
Œuvre d’art visuel qui utilise une technique de hachures.
À l’instar du roi des abeilles ainsi que leur Reine pondeuse, Les sirènes ont élu leur sire au rang du grand héron qui pêche. Elles ont rempli leur corbeille d’offrandes les plus hasardeuses Selon les souhaits qu’on voit grossir et dessinés sur sa ventrèche.
Le roi des sardines est un thon né de sardines et thon germon Qui n’a jamais été pêché et donc n’arrête pas de grandir. C’est pourquoi il est de bon ton de ne pas faire de sermon Mais plutôt de lui dépêcher tout ce qui pourrait l’arrondir.
Cachalots, baleines bleues ou blanches sont aliments de premier choix Pour sa majesté aux dents creuses et au ventre démesuré. Mais surtout pas la moindre tanche ou le moindre petit anchois Car une allergie désastreuse lui donne des boutons azurés.
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La gentille nounou des poissons se trouve dans son élément Quand le matin elle ravitaille les poissons des gens en vacances. Elle part faire sa moisson de toutes sortes d’aliments Flocons et sticks selon leurs tailles et granulés en conséquence.
Petite particularité : sa mère étant une sirène Elle les nourrit toute nue, rapport à l’aquarium géant Qu’un vieux loup d’mer a hérité de son extravagante reine Qui dévorait le contenu des grands viviers de l’océan.
Mais la douce enfant de la mer, quand elle penche son front tranquille, Entend parfois un long appel qui vient vibrer dans les écailles. Un chœur ancien mais doux-amer monte en remuant les eaux subtiles Et fait frissonner la pucelle du fond des bulles qui rouscaillent.
Alors, d’un geste suspendu, elle croit revoir son héritage ; Des algues d’or, un ciel liquide, la grande houle aux reins profonds. Et même si ses jambes perdues restent captives de son rivage, Elle garde en elle, translucide, un océan et ses tréfonds.
Et quand revient le soir docile, qu’elle referme la maisonnée, Les poissons tournent en pédalier et dansent en guise d’alarme. Car dans ce monde trop fragile où tout s’efface sans raisonner, La nounou, douce et déliée, leur sert d’horizon… et de charme.
Qu’est-ce qu’elle était jolie, la boîte de Pandore Avec tous ses trésors et toute sa connaissance ! Mais une fois ouverte, d’emblée je subodore Qu’elle ne se ferme plus pour cause d’obsolescence.
Car l’acquis ne s’efface ni ne disparaît jamais À part une amnésie pas trop recommandée. D’où la mort nécessaire qui seule peut désormais Tout remettre à zéro bien que vilipendée.
Mais le regretterai-je si je n’ai pas le choix ? Puisque la boîte est là, alors autant l’ouvrir ! Je me dis que s’il n’y a pas de prochaine fois Alors la connaissance me reste à découvrir…
La boîte frémissait d’un éclat primitif, Gardant sous son couvercle un tourbillon de braise. Un souffle en émergea, si pur et si furtif, Qu’il me parla de mondes enfouis sous la glaise.
Je crus d’abord au piège, à l’ombre d’un vieux sort, Mais la lumière vive repoussa mes alarmes ; Elle montait en gerbes, elle grondait si fort Que j’en perdis le fil et puis baissai mes armes.
Car ouvrir une boîte, c’est briser l’ancien sceau, Laisser la vérité bondir hors de nos limites ; Si l’on s’y aventure, on finit comme un sot Transpercé d’un savoir aux flammes qui crépitent.
Alors j’ai relevé le couvercle aux remords Puisqu’il faut bien tomber pour que l’esprit respire. J’ai laissé la clarté aiguillonner la mort Et refermé la boîte pour le meilleur du pire.
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J’ai la femme en ligne de mire dans le viseur de mon cerveau Qui scanne et voit aux rayons X son corps entier déshabillé. C’est ainsi ; si je vous admire, c’est à cause de cet écheveau D’évolution toujours prolixe à l’envie de vous enquiller.
Mais il y a bienpire que moi notamment les chasseurs de femmes, Aussitôt qu’ils voient un jupon et qui ne peuvent pas s’empêcher Afin de calmer leurs émois à trouver tous les trucs infâmes Pour vous faire franchir le pont et tant pis si c’est un péché.
Quant à moi, dragueur de papier, je ne déshabille que mes vers D’où surgissent de jolis seins ainsi que des fesses admirables. Vénus en gémeaux me met l’pied à l’étrier, certes pervers, Pour vous faire du charme à dessein… hélas chez moi, impondérable.
Et sous les cercles qui l’encerclent, je vois surgir un univers Où l’interfrange me désarçonne car son calcul me prend de court. Or, la beauté sous le couvercle ne reste pas sous le couvert ; Elle traverse, elle rayonne et me transperce à chaque tour.
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Si l’auteur de cette image reconnaît son travail, je serai heureux de le créditer.
Sans doute qu’une eau cristalline ayant mémoire des cristaux Retransmet à l’eau de mon corps une foule de souvenirs. Chaque décharge d’adrénaline résonne son effet costaud Ou costal selon le rapport mémoire passée et à venir.
Mais tout ça n’est que théorie ; si mon eau vient des océans, Toutes les âmes précédentes, qui ont dû s’y jeter dedans, Ont vu toutes sortes d’allégories disparaître dans le néant Pour réapparaître obsédantes et se coller entre mes dents.
Ainsi mon ostéoporose résulterait des inepties Qui auraient fait grincer les dents à mes ancêtres au fil des ans. Je n’ai plus trop l’humeur morose après une telle prophétie Car j’en ai détruit l’excédent d’avec mon âme dès à présent.
Et si l’on boit la même eau vive que les saisons de l’univers, Peut-être qu’un jour on perçoit les cycles sous la peau qui tremble. Chaque cellule alors dérive sur les marées automne-hiver Et ma chair douce comme soie devient le fronton de mon Temple.
Les cafards sont tous différents selon les émotions qu’ils portent ; Bleus de chagrin, rouges de colère, verts de peur et violets de cœur. Ainsi chacun est afférent et correspond à une porte Bien précise, lunaire, solaire ou tout autre astre alambiqueur.
Chaque fois qu’elle a le cafard, elle joue avec les allumettes Pour les griller l’une après l’autre, les bleus, les rouges et les violets. D’où son teint aux reflets blafards qui évoquent une fantômette Qui craindrait un mal qui se vautre sur son âme bariolée.
C’était quand même dangereux de jouer ainsi avec le feu Car le cafard revient toujours même brûlé et calciné. L’acide étant trop sulfureux, elle m’a fait un jour cet aveu Égal au prix de son amour que je paie pour ma dulcinée.
Et sous les cendres du courage, un espoir minuscule dort, Truquant la peur qui se réveille à chaque transe douce-amère. Mais si l’on perce le nuage d’un trait de feu contre le sort, Les blattes fuient telle des bouteilles de messages jetés à la mer.
Tableau d’Édith Lebeau sur https:www.moderneden.comcollectionsedith-lebeaupainting .
Lorsque la chatte s’est retournée offrant son cul pour la fessée, Mon petit oiseau a mal compris le sens de cette dérobade. Alors les choses ont mal tourné les deux pieds se sont affaissés Et là, bien mal leur en a pris à cause de leurs rodomontades.
J’ai vu la nappe se soulever et puis me dévoiler sa lune Qui se levait dans la nuit noire dans un mouvement émouvant. L’occasion d’aller retrouver une telle occasion opportune Me rappela un trou de mémoire dans lequel je tombe souvent.
Et la table devint vivante et s’est mise à boire mon vin Puis des oiseaux sont accourus pour compléter l’absurdité. Cette rêverie captivante aurait pu continuer en vain Si l’on n’m’avait pas secouru par cette nuit d’ébriété.
Et l’on me dit d’un ton austère qu’il fallait plier les serviettes Mais la table en prit à son aise, filant vers l’aube clandestine. Je restai nu sur cette terre, accusant toutes les mouettes D’avoir troublé, par leurs fadaises, ma nappe à l’âme libertine.
Ariane est devenue pâlotte quand elle sut qu’elle était d’astreinte Devant la porte où débouchent éventuellement les concourants. Lorsqu’elle a donné sa pelote juste à l’entrée du labyrinthe Elle a mis le bout dans sa bouche pour être tenue au courant.
Elle a donc suivi en direct le match Thésée & Minotaure Avec stupeur et émotion mais ce n’était qu’une imposture Car bien que ce soit incorrect, elle a prévenu les centaures Que leur copain en commotion était en mauvaise posture.
On lui a dit de ne rien dire de ce qu’elle n’aurait pas dû entendre Mais malgré le poids du secret, elle avait juré de se taire. Chacun aurait pu le prédire et elle ne perd rien pour attendre… Quant à l’amende consacrée, ça lui forgera le caractère !
Et depuis ce jour, la fillette, pour éviter toute bévue, Range son fil dans sa besace qu’elle conserve jalousement. N’en donnant plus la moindre miette, selon ce qu’il était prévu, Personne n’a retrouvé la trace de la sortie évidemment.
Côté cœur, je m’tiens à carreau car les reines rôdent dans les couloirs ; Il y en a deux et le problème est que l’on ne sait jamais d’avance Si c’est celle sortant du fourreau l’épée qui tue sans le vouloir Ou celle portant la rose blême et qui vous tue de connivence.
Car l’une et l’autre tue d’amour soit par un trèfle soit par un pique ; Quelle que soit la carte jouée, elle coupe à cœur, c’est là son jeu. Déployez humeur et humour et jouez de façon atypique Gardez bien en vue qu’échouer serait très désavantageux !
Aïe ! C’est sur moi qu’elle est tombée brandissant la rose aux épines ; Je vais devoir me comporter comme un as pour être son roi. Être roi ou bien succomber, entre les deux mon cœur opine Pour tenter de la supporter dans un règne en plein désarroi.
Mon cœur prend son souffle et s’emballe, la partie est perdue d’avance… Mon trône est un château de cartes, fragile et prêt à se casser. Gravez sur ma pierre tombale : « ci-gît le roi de la malchance Qui raisonnait, comme Descartes, que le bon sens s’est fracassé. »
Finalement la rose effeuillée révèle ses pétales blessés, Ce n’était qu’un jeu de hasard et c’est devenu mon destin. « Me voici, ma Reine ! Accueillez celui qui ose s’empresser De vous offrir tout le bazar : la joie de l’amour libertin ! »
Je crois que mes mots lui ont plu car elle m’a embrassé goulue Entre son épée et sa rose, elle m’a accordé son cœur. Si en amour rien ne va plus lorsque le hasard l’a voulu, Il adviendra qu’un roi morose au début s’en sorte vainqueur.
Tableau de Jieyluong sur https:www.deviantart.comjieyluong .
J’ai une araignée au plafond mais pas de quoi devenir fou Sauf si, en cas de fin du monde, il vaut mieux que je les évite. Aussi, dans mes rêves profonds, je garde un œil, je vous l’avoue, Sur ces sales bestioles immondes qui surviennent à la va vite.
Il paraîtrait que j’en avale toutes les nuits dans mon sommeil ! J’ai peur qu’elles me tissent une toile de l’estomac jusqu’au rectum. Où faut-il donc que je cavale pour avoir un meilleur conseil À fournir à la belle étoile pour éviter l’ultimatum ?
Et si l’une d’elles me susurre que je suis l’intrus sur mon lit, Je devrai, pour sauver ma peau, me faire discret comme une ombre. Mais qu’une patte-à-fil de couture me frôle, je bondis d’un coup de folie Et l’araignée rit sous l’capot, voyant mon courage en décombres.
Elles sont expertes et se camouflent avec leurs pas d’illusionnistes ; Elles complotent dans des endroits à l’abri des yeux qui vacillent. Si leur fil, mince comme un souffle, las, me capture à l’improviste, Je deviendrai leur pauvre proie, prisonnier dans ses bas résille.
Tableau de Kremena Chipilova sur https:kremenachipilova.com .
Te voici donc enfin, dernier jour de novembre Avant la première aube du mois de décembre. J’eusses aimé emprunter les mots chers à Rimbaud Mais le maître aurait-il pu tenir le flambeau ?
J’ai donc cherché ailleurs le vrai mot qui achève, Le dernier mot marquant, celui qui parachève. Dans « Les Voix intérieures », j’ai relu tout de go Ce poème si cher à toi, Victor Hugo !
« Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites ! Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ; TOUT, la haine et le deuil ! Et ne m’objectez pas Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.
Écoutez bien ceci : tête-à-tête, en pantoufle, Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle, Vous dites à l’oreille du plus mystérieux De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire, Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre, Un mot désagréable à quelque individu. Ce MOT — que vous croyez qu’on n’a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre — Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ; Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ; Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ; Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle ! Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ; Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues, Et va, tout à travers un dédale de rues, Droit chez le citoyen dont vous avez parlé. Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,
Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, Entre, arrive et railleur, regardant l’homme en face Dit : « Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. » Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel. »
Les tatouages évolueront par les nouvelles technologies Et s’afficheront en couleurs qui varieront avec le temps. Au printemps ils nous salueront par de nouvelles morphologies Qui mettront une fin aux douleurs de nos vieux coloris d’antan.
L’été, des tatoos flamboyant pleins de soleil et de lumière, Lumineux en fin de soirée, fluorescents durant la nuit. Imaginez-vous renvoyant vos pensées en avant-première Par mots subliminaux moirés sur votre corps tout ébloui !
Les femmes ayant plus de surface pourront y raconter leurs vies, La vie en rose, les bleus de l’âme et les petits baisers violets. Quand on se trouvera face-à-face, Madame alors sera servie Comme une véritable oriflamme de délices affriolées.
Je n’ai pas besoin de Monet, ni de Van Gogh, ni de Cézanne Ni de boire du vin d’absinthe, ni de drogue hallucinogène Pour voir un tableau marmonner qu’il voudrait partir à Lausanne Pour retourner en terre sainte vers l’origine de ses gènes.
Car les tableaux parlent d’eux-mêmes ; inutile d’en lire le titre Pour connaître leurs intentions qui sourdent à travers la peinture. Les photos, du pareil au même ; les sous-verres fusent sous la vitre Et me dictent leurs prétentions ainsi que leurs envies d’aventure.
Sur internet, ça va plus vite ; un clic et un aréopage De liens et de sites en rapport me déversent leurs logorrhées. Parfois je biaise, je les évite mais aussitôt tourné la page Tout ce qui dans l’air s’évapore revient pour me revigorer.
Tiens ! Par exemple, pour celui-ci, l’image me paraissait bien plate Mais aussitôt une deuxième et deux autres sont accourues Pour dire qu’elles bénéficient d’un créateur que l’on relate Dans une expo philippinienne dans laquelle il a concouru.
Mais où va le cœur de l’Europe ? Plutôt à l’Est ou à l’Ouest ? Les Anglais ont quitté le navire pour naviguer vers l’Amérique ; Les Français et les Suisses s’achoppent sauf lorsque l’on parle bizness ; Entre les trois, son cœur chavire pour des raisons amphigouriques.
Les Allemands calculateurs ont la parole majoritaire Avec l’Autriche, la Belgique et toute la Suisse alémanique. Ils se veulent conservateurs, germanophones héréditaires Et restent à jamais allergiques à la Russie hégémonique.
Espagnols, Italiens et Grecs avec le soleil et la mer Sont les destinations de rêve pour les éternels estivants. Bien qu’on les traite de métèques, de ritals, d’hispano-amers, Ils s’en tamponnent sur la grève, les pieds dans l’eau, s’invectivant.
Tant pis ! Chacun reste chez soi et les vaches seront bien gardées ; Le cœur de l’Europe bat au rythme incertain de ses habitants. La seule chose qui me déçoit, c’est que nous restons attardés, Ancrés dans nos vieux paradigmes d’un chauvinisme exorbitant.
Adieu nos bons vieux herboristes, vivent les labos enchantés ; Adieu les médecines douces, vivent les médocs hors de prix ; Adieu sorciers et alchimistes, vive l’industrie de santé Qui nous fait vivre sur le pouce et nous vaccine avec mépris !
Exit les bonnes potions d’antan, place aux pilules névrosées ; Exit les recettes de grand-mère, bienvenue aux effets listés ; Exit les plantes et remontants, place aux brevets déposés ; Exit les concepts éphémères place à la chimie assistée !
Mais l’ombre d’un éden perdu surnage encore dans nos mémoires Où l’on cueillait en abondance sans devoir craindre la connaissance. Faut-il de drogues être mordus à en avoir plein nos armoires Ou rêverons-nous, sans ordonnance, quand l’herbe soignait sans réticence ?
Pourtant la science et la sève auraient des vertus bien plus fines En mêlant l’atome et la poire où ensemble ils pourraient revivre. Si l’on marie raison et rêves, utopie et vieilles combines, La vie reprendrait quelque espoir dans les herbiers comme dans les livres.
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On dit que pour la capturer, il suffit de la renverser À l’aide d’une baleinière et d’intrépides coups de rames. Seulement voilà ! Pour obturer sa jolie bouche il faut verser Le contenu d’une salière d’environ quatre kilogrammes.
Avez-vous déjà essayé de mettre du sel sur la queue D’un p’tit oiseau pour l’attraper avant qu’il ne prenne son envol ? C’est pareil ! Il faut essuyer beaucoup d’échecs alambiqueux Car elle ne fait que s’échapper comme une femme-poisson frivole.
Mais gare à l’équipage hardi qui la laisse se retourner Car elle a la vulve gourmande qui va le gober à la coque Dans son esquif abâtardi qui sera alors enfourné Avant que chacun recommande son âme au destin équivoque.
Illustration de Nicole Claveloux sur https:honesterotica.comportfolios1125 .
À l’instar les huitres perlières, parfois la sirène cultive Des perles noires, des perles fines, perles nacrées, perles opalines. Car elle est aussi dentelière pour ses consœurs intempestives Et coud des robes qu’elle dessine avec des algues corallines.
Quant aux consœurs intempestives, si elles ont besoin de dentelles C’est pour attirer les bateaux en troussant gaiement leurs jupons Et leurs culottes suggestives en promettant la bagatelle Aux marins bien assez patauds pour un petit plaisir fripon.
Tableau de Henry Clive sur https:americangallery.wordpress.com20120727henry-clive-1882-1960 .